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Bulletin Quotidien Europe N° 12870
INSTITUTIONNEL / Eu2022fr

Le choix de Paris d’utiliser le français comme principale langue de travail au Conseil de l'UE interpelle

La France a décidé de placer le français au cœur de la machinerie institutionnelle au cours des six mois de sa Présidence du Conseil de l’Union européenne. L’objectif est de promouvoir, aux côtés de l’anglais, l'autre langue de travail en usage au Conseil.Toutefois, cette approche interpelle certaines parties prenantes au sein de délégations nationales, pas toujours francophones, pour des raisons d’efficacité dans le travail diplomatique et législatif.

À l’instar de la Présidence française précédente du 2e semestre 2008 (année du dialogue interculturel et du multilinguisme – EUROPE 9737/35), la France souhaite que le travail législatif et de négociation se déroule en français au Conseil durant les six prochains mois.

Les documents discutés en groupe de travail, comme ceux obtenus par EUROPE (EUROPE 12868/14), sont ainsi entièrement rédigés en français. Même chose pour les ordres du jour des réunions qui sont ensuite traduits, parfois deux jours plus tard.

Pratique plus contraignante encore, la Présidence tient ses réunions en français, notamment au niveau préparatoire, comme au sein des groupes Mertens et Antici, pour préparer les réunions des ambassadeurs des États membres auprès de l'UE (Coreper I et II).

Problème : alors qu’au niveau du Coreper, l’interprétation est systématique, elle ne l’est pas toujours au niveau des groupes préparatoires, nous ont confirmé trois sources diplomatiques, en l’occurrence au niveau des groupes Mertens et Antici.

Une préparation en amont…

Certes, la Présidence française a pris ses dispositions. Il y a eu un « gros effort » pour renforcer l’offre de cours de français à Bruxelles en amont, et ce avec « un très grand succès », nous a assuré une autre source diplomatique. 600 personnes auraient ainsi été formées à Bruxelles, majoritairement au sein des Représentations permanentes des États membres.

« Il est naturel que la Présidence française s’exprime en français et diffuse des notes en français, qui, rappelons-le, est une langue de travail », a ajouté cette même source.

En outre, la Présidence semestrielle du Conseil s’assurerait que tout le monde « soit à l’aise » avec cette approche linguistique, en soumettant les textes législatifs et les projets de conclusions également en anglais.

Enfin, indépendamment des textes législatifs et de négociation, certaines notes de base particulièrement « sensibles ou importantes » seraient également disponibles en langue anglaise, a assuré cette même source. Les notes de cadrage, également en français, seraient expliquées en groupe où il y a « le plus souvent » interprétation, a-t-elle ajouté. Un autre interlocuteur a précisé en sus que de très nombreux diplomates comprennent le français de manière passive.

… avec ses limites et ses risques

Une autre source diplomatique a confirmé que la Présidence française parlait lentement et distinctement en français durant les réunions pour que tout le monde puisse comprendre. Cependant, celle-ci a ajouté que certains diplomates et experts allaient recouper leurs informations avec des délégations nationales francophones pour être sûrs d’avoir bien compris.

« Normalement, tout est traduit, mais ce n’est pas toujours vrai », a-t-elle ajouté.

Autre difficulté : même quand les réunions sont interprétées, il peut y avoir des incertitudes quant à la qualité de l’interprétation (EUROPE en a été parfois victime : EUROPE 12616/31). Or, alors que les interventions en anglais sont comprises par tous, le français l’étant moins, les vérifications et croisements d’information sont plus laborieux, nous dit-on.

Pour compenser les éventuelles incompréhensions, la Présidence française aurait, pour l’heure, organisé un très grand nombre de réunions en présentiel, ce qui poserait un risque sanitaire avec la pandémie de Covid-19, selon une source.

« On est entassé parfois à 60 dans une même pièce ! », a-t-elle pesté, rappelant qu’un plus grand nombre de réunions en présentiel signifie un recours à un plus grand nombre de salles de réunion, qui sont aussi plus petites. Une information qui a été confirmée par une autre source.

Ainsi, l’approche des autorités françaises pose la question de l’efficacité des travaux, d’autant plus que le semestre de la Présidence française se déroulera en parallèle des élections présidentielles d'avril et législatives de juin, même si la Représentation permanente de la France auprès de l’UE continuera de bénéficier de sa capacité d'action.

Une autre source diplomatique a néanmoins noté une très forte intensification, à partir de mars, des réunions de travail en amont des élections, puis « une forte baisse de régime » au mois d’avril. Un document de présentation de travail de la Présidence, vu par EUROPE, semblerait confirmer une telle situation.

La défense de la langue française au niveau européen est particulièrement importante pour Paris. Le secrétariat général français aux Affaires européennes (SGAE) a publié un vade-mecum à ce sujet.

S’appuyant sur les traités européens, mais aussi sur les règlements intérieurs des différentes institutions européennes, le document insiste sur la préférence du français en toute circonstance, que ce soit dans les réunions formelles comme informelles.

D’ailleurs, l'association Défense linguistique et de la langue française (DLF Bruxelles-Europe), qui vise à défendre le français à Bruxelles et dans les institutions européennes et dont les activités sont actuellement en sommeil, pourrait reprendre son activité en 2022, notamment pour promouvoir l’intercompréhension, nous a confirmé un membre.

Pour consulter le vade-mecum français : https://bit.ly/3KeHVtz (Pascal Hansens)

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