Le vice-premier ministre et ministre de la Réintégration des territoires temporairement occupés de l’Ukraine, Oleksii Reznikov, a mis en avant, vendredi 28 mai, l’idée du gouvernement de favoriser le développement économique du Donbass, notamment avec la mise en place d’un fonds de consortium (consortium fund) auquel les États membres de l’UE pourraient participer.
À Bruxelles, le ministre a expliqué à EUROPE, Politico et Reuters que son gouvernement voulait créer un « régime des territoires de développement prioritaire » afin de créer des « conditions attractives pour les investisseurs pour les régions souffrant de la guerre » et qui sont sous le contrôle de l’État ukrainien.
« Je veux créer une bande de succès le long de la ligne de contact et montrer aux personnes qui vivent sous l’occupation qu’une Ukraine pro-européenne et démocratique est meilleure pour eux », a-t-il expliqué.
L’objectif n’est pas d’obtenir des prêts, mais d’attirer les investisseurs, a expliqué le ministre, qui propose la mise en place d’un fonds de consortium. « Nous attendons des pays de l'UE qu'ils soient prêts à participer à ce fonds», a-t-il précisé. Rappelant que de nombreux États européens soutenaient l'Ukraine en tant que donateurs, M. Reznikov a souhaité que ces États participent au fonds, « qu'ils deviennent des partenaires et gagnent de l'argent dans ce projet ». De son côté, l’État ukrainien assurera le risque pour les investisseurs sur le plan politique et militaire.
Dans ces régions, le gouvernement propose d'utiliser un arbitrage international en cas de litige, en attendant que la justice ukrainienne soit pleinement réformée. Selon le ministre, les entreprises feront confiance aux juges internationaux et seront prêtes à prendre part à ce projet. L’aspect administratif sera aussi simplifié au maximum. Le régime serait valable pour 10 ans, jusqu’en 2030.
Le ministre a précisé qu'il y aurait trois catégories d'actions. La première concerne quinze communautés le long de la ligne de contact, les plus affectées par le conflit, qui bénéficieront d'un régime d'investissement attractif. « Elles auront la facilitation maximale en termes de taxation pour développer le budget des communautés locales », selon M. Reznikov. Des parcs industriels seront aussi créés dans les régions de Loughansk et Donetsk. Ces parcs pourraient être industriels ou agricoles, selon les demandes des investisseurs. Enfin, tout le territoire de Donetsk et Lougansk sous contrôle ukrainien aura une procédure simplifiée en termes de douane.
Rappelant les difficultés d’approvisionnement qu’avaient pu avoir les pays de l'UE au début de la crise de la Covid-19 pour se fournir en masques, par exemple, M. Reznikov a rappelé que son pays bénéficiait de travailleurs hautement qualifiés et qu’il avait avec l’UE un accord d’association et une zone de libre-échange complet et approfondi.
Selon l’Atlantic Council, le conflit a fait perdre 120 milliards de dollars à la région du Donbass, et la reconstruction et la reprise de la région coûteront, selon le Vienna Economic Institute, au minimum 21,7 milliards d’euros. (Camille-Cerise Gessant)