Le Parlement européen a adressé, jeudi 19 septembre, ses questions écrites aux commissaires désignés de la prochaine Commission. De nombreux points sont abordés par les eurodéputés, mais un sujet brille par son absence : celui portant sur les conflits d’intérêts dont sont soupçonnés certains commissaires.
Plusieurs commissaires désignés sont en effet concernés, à commencer par Sylvie Goulard, à qui devrait revenir le portefeuille du Marché intérieur. La candidate libérale avait en effet démissionné de son poste de ministre des Armées en 2017 en raison de soupçons d’emplois fictifs au Parlement européen. Surtout, la Française a été rétribuée par un centre de réflexion américain, l’institut Berggruen, pendant plusieurs années, alors qu'elle était eurodéputée (EUROPE 12315/1).
Le Belge libéral Didier Reynders, qui s’est vu attribuer le portefeuille de la Justice, est soupçonné d’avoir participé à un réseau de corruption et de blanchiment afin de remporter des marchés publics (notamment la construction de l’ambassade belge à Kinshasa). Le Parquet de Bruxelles a récemment ouvert une enquête préliminaire.
La sociale-démocrate Rovana Plumb, probable future commissaire aux Transports, est également suspectée de s’être compromise dans des affaires de corruption en Roumanie.
Quant au Hongrois László Trócsányi, commissaire désigné au Voisinage et à l’Élargissement, il serait en outre suspecté d’avoir privilégié son propre cabinet d’avocat dans la sous-traitance de plusieurs dossiers publics.
L'absence du sujet des conflits d'intérêts dans les questions des députés peut donc étonner. La raison pourrait être pourtant simple. Les questions ont été élaborées par les différents groupes politiques dans le cadre des commissions parlementaires compétentes et devaient faire consensus. Ces candidats appartenant aux trois grands groupes politiques, aborder ce sujet était par trop délicat politiquement. Il est à parier toutefois que les commissaires auront à répondre sur ces soupçons lors de leurs auditions au PE à la fin du mois (EUROPE 12331/2).
« Mode de vie européen »
Pourtant, les eurodéputés n’ont pas fait l’économie de certains sujets qui font l’actualité ces dernières semaines. Par exemple, est demandée à Margaritis Schinas sa vision de ce qu’est le « mode de vie européen » en référence à son portefeuille du même nom. László Trócsányi est, pour sa part, épinglé sur son action particulièrement controversée en tant que ministre de la Justice, un mandat pendant lequel il a fait passer plusieurs lois (dont la loi dite « anti-Soros ») qui ont défrayé la chronique ces derniers mois.
Les commissaires ont jusqu’à jeudi prochain, nous dit-on, pour répondre aux nombreuses questions, qui, mises bout à bout, constituent un document de près de 60 pages.
Pour consulter les questions: http://bit.ly/2mrIKst (Pascal Hansens)