Fraîchement intronisé à la tête d'un gouvernement de coalition formé par le Mouvement 5 étoiles se réclamant antisystème et le centre gauche proeuropéen du Partito democratico, le Président du Conseil italien, Giuseppe Conte, a proposé une sorte de 'paix des braves' à l'Europe, mercredi 11 septembre à Bruxelles, et de tourner ainsi la page de la précédente posture europhobe du premier gouvernement 'Conte' piloté par l'extrême droite.
« Je souhaiterais établir un pacte avec l'Europe. Nous avons devant nous une séquence de réformes qui n'aboutira pas en quelques mois. Nous avons besoin d'un peu de temps. Laissez-nous réaliser ces investissements et concrétiser ce projet », a déclaré M. Conte qui, pour son premier déplacement à l'étranger, a rencontré à Bruxelles la présidente élue, Ursula von der Leyen, ainsi que les présidents du Conseil européen, Donald Tusk, et du Parlement européen, David Sassoli.
Le Premier ministre italien a souligné que l'Italie ne demandait pas une dérogation qui permettrait d'accroître la dette publique proche de 2300 milliards d'euros, déjà la plus élevée en volume de tous les pays de la zone euro. Nous voulons maintenir des finances publiques saines et réduire la dette, mais nous voulons le faire en stimulant « la croissance » économique, a-t-il affirmé.
M. Conte a évoqué la situation spécifique du Mezzogiorno, qui englobe les régions du sud de l'Italie en retard chronique de développement malgré l'apport des fonds nationaux de péréquation et des fonds structurels européens.
Il faut tenir compte de l'existence de zones géographiques désavantagées sur le plan socio-économique et mettre en place « un régime, je voudrais dire de faveur, mais je ne voudrais pas être mal compris, pour le Mezzogiorno ». À ce titre, il faut créer « une ceinture de protection, un plan d'intervention extraordinaire », a-t-il ajouté.
La nomination en tant que ministre italien de l'Économie de Roberto Gualtieri, ancien président de la commission des affaires économiques du Parlement européen, et l'envoi à Bruxelles de l'ancien premier ministre, Paolo Gentiloni, font partie de ce virage des autorités italiennes destiné à retrouver une place de choix dans l'orientation du projet européen.
Mais les pays d'Europe du Nord ne voient pas forcément d'un bon œil une telle manœuvre qui viserait potentiellement à assouplir davantage les règles budgétaires européennes actuelles. C'est ce que souhaite la famille sociale-démocrate en réclamant que soient exonérées les dépenses publiques visant à faciliter la transition énergétique.
Migration. M. Conte a également évoqué la politique migratoire européenne, autre sujet de contentieux important avec les autorités italiennes.
Sur cette question, le dirigeant politique a fait état de la « disponibilité » de l'échelon européen à travailler à l'élaboration d'un mécanisme temporaire de répartition des migrants secourus en mer. Souhaitant en finir avec les situations d'urgence au cas par cas, il a redit que l'Italie souhaite qu'un tel mécanisme facilite la répartition des migrants, sans préciser si tous les migrants secourus seraient concernés ou simplement des demandeurs d'asile.
Conscient qu'il y aura des pays réticents, M. Conte a néanmoins prévenu : « Qui ne participe pas le ressentira grandement au niveau financier ». Une référence, peut-être, à l'établissement d'un lien entre soutien du budget de l'UE et solidarité dans la gestion du défi migratoire. (Mathieu Bion)