La composition de la future Commission européenne présentée par la présidente élue, Ursula von der Leyen, mardi 10 septembre (voir autre nouvelle), a semblé contenter les trois premiers groupes politiques du Parlement européen - PPE, S&D et Renew Europe - à en croire l’accueil positif réservé aux annonces de l’Allemande.
En revanche, le portefeuille de la politique migratoire consacré à la « Protection du mode de vie européen » et la nomination du Hongrois László Trócsányi provoquent inquiétudes et indignation parmi les Verts/ALE et la GUE/NGL.
Suite à son élection sur le fil du rasoir (EUROPE 12297/1), Mme von der Leyen a cherché à calibrer la composition de son équipe pour maximiser ses chances de remporter la majorité au Parlement européen fin octobre. Ainsi, les trois premiers groupes politiques, qui, à eux trois, représentent une majorité de 419 voix, n’ont pas tari d’éloges, saluant unanimement le respect de la parité des sexes, avant de mettre en avant leurs priorités respectives.
Le PPE (182 députés), qui obtient 9 portefeuilles, dont la présidence de la Commission, s’est ainsi félicité de la volonté de Mme von der Leyen de renforcer l’économie, de s’engager en faveur des accords de libre-échange ou encore « de la protection du mode de vie européen ».
« Avec 10 commissaires sur 27, les sociaux-démocrates sont désormais une force dominante au sein de la Commission, avec plus de postes que toute autre famille politique européenne », a déclaré pour sa part le groupe S&D (153 députés) dans un communiqué, persuadé que cette composition permettra de mettre en application son programme politique.
Renew Europe (108 députés), qui se voit attribuer six portefeuilles, dont deux vice-présidences, a également donné son coup de chapeau à la nouvelle Commission, insistant particulièrement sur l’importance du portefeuille de Margrethe Vestager, qui récupère la Concurrence et obtient l’Économie numérique.
Quelle politique migratoire ?
En revanche, les Verts/ALE (74 députés), dont seul Virginijus Sinkievičius pourrait s’apparenter à un commissaire vert, ont réservé un accueil bien moins enthousiaste à la nouvelle Commission européenne.
Tout en se félicitant de l’accent mis par la nouvelle Commission européenne sur le changement climatique, la coprésidente du groupe, l’Allemande Ska Keller, s’est émue sur son compte Twitter du portefeuille attribué à Margaritis Schinas, consacré à la « Protection du mode de vie européen ». « Nous espérons que la présidente von der Leyen ne voit pas de contradiction entre le soutien aux réfugiés et les valeurs européennes », a-t-elle écrit.
« On aurait aimé la nomination d'un commissaire pour l'accueil digne des réfugiés. Mme von der Leyen nous propose à la place un poste sur la 'Protection du mode de vie européen'. Les libéraux ne se cachent même plus pour reprendre à leur compte les mots et les thèses de l'extrême droite », a commenté auprès d’EUROPE la coprésidente de la GUE/NGL (41 députés), Manon Aubry.
Le cas hongrois. La nomination de László Trócsányi à l’Élargissement inquiète également sur le flanc gauche du PE. Le Hongrois est vivement critiqué pour son passif en tant que ministre de la Justice, dont de nombreuses lois sont à l’origine du déclenchement de l’article 7 du TUE par l'UE contre la Hongrie.
Les conservateurs et l’extrême droite muets. Que ce soit le CRE ou le groupe ID, aucun ne s’est fendu d’un communiqué de presse commentant la nouvelle Commission européenne. L’ancien Spitzenkandidat du groupe CRE, Jan Zahradil (tchèque), s’est félicité sur son compte Twitter de l’attribution à Phil Hogan du portefeuille du Commerce. Du côté du groupe d’extrême droite, le Belge Gerolf Annemans a fustigé le lien fait par la présidente von der Leyen entre immigration et main-d’œuvre qualifiée. (Pascal Hansens)