*** Politique étrangère. Institut français des relations internationales (Revues Armand Colin, Service clients, 11 rue Paul Bert, CS30024, 92247 Malakoff Cedex. Tél. : (33-1) 41236718 – fax : 41236730 – Courriel : david@ifri.org – Internet : http://www.revues.armand-colin.com ). 2018, 232 p., 23 €. Abonnement : 80 € pour les versions papier + numérique ou 65 € pour le numérique (France), 100 € pour version papier + numérique, 80 € pour le numérique (étranger).
Cette revue française de débats et d’analyses sur les grandes questions internationales a, dans cette livraison, une coloration tout particulièrement européenne, ce que justifient les rendez-vous avec l’actualité qui, dans les prochaines semaines, ne manqueront pas d’influencer le destin de l’Union européenne et de ses Etats membres. En couverture, l’accent est ainsi mis sur le dossier consacré au « Brexit dans tous ses états », cet événement toujours hypothétique à ce jour qui suscite doutes et craintes partout dans l’Union. Même s’il n’y est indiqué qu’en sous-titre, le second thème abordé, « la démocratie européenne au-delà des élections », retiendra tout autant, si pas plus encore, l’attention des citoyens européens désireux de comprendre certaines des raisons expliquant pourquoi la légitimité démocratique de l’Union reste encore et toujours bancale.
Pour ce qui est du Brexit, l’éditorialiste de la revue dirigée par Thierry de Montbrial pose en guise de toile de fond que « ce qui a été vendu à une opinion déboussolée, ce qui est encore revendiqué par une partie des élites politiques britanniques », c’est un « sentiment d’exceptionnalité que suggère une grande histoire (…) qui brouille la lucidité sur le présent ». Ayant été opportunément rappelé qu’il arrive parfois aussi à un certain nombre de Français de nourrir ce sentiment, les contributions consacrées à quatre dossiers clé pour les relations futures entre Londres et l’Union visent à vérifier que ce sentiment d’exceptionnalité ne relève pas du mirage. Elles ne rassurent pas sur ce point.
Ainsi, Pauline Schnapper (professeure de civilisation britannique contemporaine à l’Université de la Sorbonne-Nouvelle de Paris) montre que le Brexit, « présenté par les europhobes les plus ardents comme l’occasion pour le Royaume-Uni de (re)devenir un acteur global, risque au contraire d’affecter négativement le rôle et l’influence du pays » sur la scène internationale. Alors que le Commonwealth représente moins de 9% des échanges commerciaux britanniques, soit autant que la seule Allemagne, imaginer qu’il pourrait se substituer valablement à l’Union paraît, glisse-t-elle notamment, « relever davantage du fantasme que de la réalité ». S’employant à évaluer l’impact économique et financier d’un Brexit, Emmanuel Mourlon-Druol (notamment maître de conférences principal à l’Université de Glasgow) ne s’avère guère plus optimiste, lui qui juge que, dans un monde où « le débat multilatéral est inévitable », la souveraineté britannique sera – n’en déplaise aux partisans du Leave qui prétendent le contraire – « diminuée » quand le pays aura quitté une Union qu’il influençait avec une particulière efficacité. Le regard que la Pr. Marie-Claire Considère-Charon porte sur la question irlandaise en en rappelant utilement les fondements historiques confirme l’impasse dans laquelle s’engage Londres, le « deal ambigu » que le Pr. Jolyon Howorth (Université de Harvard) voit peut-être se dessiner pour ce qui est de la défense européenne n’étant pas de nature à contredire l’impression que personne ne gagnera quoi que ce soit dans ce divorce.
Le thème de la démocratie européenne est, quant à lui, abordé sous la forme d’une confrontation entre tenants de « deux logiques ‘européistes’ ». La plus instructive est celle qui voit Marie-Françoise Bechtel apporter des réponses à la question de savoir s’il peut y avoir une démocratie européenne, son propos amenant à mieux cerner le raisonnement de ceux qui en France depuis De Gaulle, politiques et intellectuels, ont pour le confédéralisme les yeux de Chimène, quitte à formuler des arguments qui laisseront plus d’un pantois. Ainsi, la vice-présidente de la Fondation Res Publica (qui siège aussi au sein du Conseil d’administration de l’Institut français des relations internationales…) assène d’emblée que « très tôt la Communauté économique européenne (CEE) a tourné le dos aux principes essentiels de la démocratie » lorsque, dès 1963, la Cour de justice a, avec l’arrêt Van Gend en Loos, érigé le droit européen en « ordre juridique souverain ». Depuis, le déficit démocratique qui en a découlé n’a cessé d’être amplifié et « la trilogie fondatrice de toute démocratie parlement/gouvernement/justice est (…) absente des institutions de l’Union », seul le Conseil échappant à cette critique. Comment, dès lors, combler ce « déficit démocratique fondamental » ? Ce serait possible en accordant plus de place au Conseil des ministres, mais aussi – accrochez-vous ! – en mettant « les pouvoirs de la Commission en matière de réglementation » sous le contrôle de ce dernier, et en faisant du Parlement européen non le représentant d’un « peuple européen inexistant », mais bien… « l’émanation des Parlements nationaux ». Pour cette proche de Jean-Pierre Chevènement, le modèle d’une Europe confédérale serait, par conséquent, « le plus sensé du point de vue du réalisme comme de l’ambition ». A ce plaidoyer qui montre que certains Français en sont restés au temps du général de Gaulle et continuent à faire de la résistance face aux évolutions qu’a connues l’Union, le diplomate Maxime Lefebvre oppose une analyse d’une plus grande ouverture d’esprit en rappelant qu’il s’agit bel et bien, depuis la Déclaration Schuman, de construire une fédération européenne, l’Union actuelle, insatisfaisante, devant être comprise comme une « fédération en devenir ». Professeur à ESCP Europe, il passe en revue ce qui permettrait de progresser dans ce sens, toutefois sans manifester d’ambitions démesurées à ce propos. Tant il est vrai que le « sentiment d’exceptionnalité que suggère une grande histoire » habite encore beaucoup d’esprits en France aussi…
Michel Theys
*** BERNARD SPITZ : Merci l’Europe ! Riposte aux sept mensonges populistes. Editions Grasset (61 rue des Saints-Pères, 75006 Paris, Tél : 01 44 39 22 00, Internet : http://www.grasset.fr ). 2019, 208 p.. ISBN : 978-2-246-82063-5)
« La maison Europe brûle », notamment sous le feu des populistes, alors que « les pompiers discutent du diamètre des tuyaux ». Tel est le constat de Bernard Spitz, président de la Fédération française de l’assurance et de la commission Europe et International du Medef, le patronat français. Publié au moment où l’Union est censée se ressaisir pour envisager son avenir à 27 après avoir traversé une multitude de crises, l’ouvrage « Merci l’Europe » s’attelle à donner la réplique aux populistes et à leurs affabulations, sans pour autant balayer les réalités de terrain, les peurs et les défis auxquels sont confrontés les Européens et qui ont permis l’émergence de cette menace. « Non l’Europe n’est pas une passoire ; non, Bruxelles n’est pas un enfer bureaucratique ; non, l’Europe n’ignore pas la vie quotidienne des gens ; non l’euro ne nous a pas nui ; non, la libre circulation des travailleurs n’est pas un drame… », enchaîne Bernard Spitz, par ailleurs président du think-tank Les Gracques. Mais « oui, l’Europe est imparfaite et perfectible ». Ainsi, si l’Union européenne n’a pas connu un tsunami migratoire, comme le soutiennent les populistes, elle se doit de prouver qu’elle serait prête à en affronter un à l’avenir, en rendant « la politique migratoire réellement européenne », avec une maîtrise et une gestion commune des frontières. Par ailleurs, les emplois dits du « plombier polonais » – au cœur des causes du Brexit – ne représentent en réalité que 0,9 % du total des emplois dans l’Union, et se concentrent surtout dans les secteurs où l’on a du mal à recruter, ce qui n’empêche pas toutefois « le social, parent pauvre de la construction européenne », d’être son « principal point de vulnérabilité ». Il y a urgence pour répondre aux populistes par une meilleure Europe, estime donc l’auteur. Si certaines de ses analyses peuvent surprendre – comme celle que le péché originel de l’Union serait l’élargissement, qui aurait dû être soumis au vote des peuples et qui aurait au contraire créé une Europe dans laquelle les citoyens ne se reconnaissent plus – reste une question à laquelle l’auteur, tout comme l’Union européenne, peine à répondre : comment parvenir à insuffler dans les esprits des dirigeants européens la volonté politique que Bernard Spitz appelle de ses vœux ? (MU)
*** Dokumente / Documents. Zeitschrift für den deutsch-französischen Dialog / Revue du dialogue franco-allemand. Verlag Dokumente (1 j Birker Strasse, D-53797 Lohmar. Tél. : (49-2246) 9499220 – fax : 9499222 – Courriel : aboservice@dokumente-documents.info – Internet : http://www.dokumente-documents.info ). 2018, n° 3, 12 €. Abonnement : 18,90 €.
La revue bilingue lancée au sortir de la Seconde Guerre mondiale par le jésuite Jean du Riveau afin qu’Allemands et Français apprennent à mieux se connaître et à dialoguer en vue de nouer un partenariat utile pour les uns comme pour les autres contient, dans ce numéro, un dossier éclairant consacré à la signification à donner au terme allemand de « Heimat » – soit, estime notamment l’auteure Nora Krug, « un sentiment qui est façonné par les lieux, l’expérience et le souvenir ». Il est toutefois à manipuler avec une infinie précaution, par exemple lorsque sont posées les questions de savoir combien un pays peut accueillir d’immigrants et quelle est la bonne manière de les intégrer. C’est particulièrement le cas en cette période où, selon Pascal Brice, directeur général de l’Office français de protection des réfugiés et des apatrides, observe à regret que les « valeurs européennes », autrefois incontestées, sont discréditées par les populistes de droite dans toute l’Europe en amont des élections européennes de mai prochain et que celles-ci seront, souligne le sociologue Claus Leggewie dans un entretien, utilisées pour une « progression de la droite au Parlement européen ». A noter aussi, entre autres, une contribution portant sur la question de savoir si l’islam a sa place en Europe de l’Est. (PBo)
*** PANAYIOTIS LIARGOVAS, CHRISTOS PAPAGEORGIOU : Le phénomène européen : histoire, institutions, politiques. Editions Tziola (91 rue Philippou, GR-54635 Thessalonique. Tél. : (30-231) 0247887 – fax : 0210712 – Courriel : info@tziola.gr – Internet : http://www.tziola.gr ). 2018, 696 p., 64,87 €. ISBN 978-960-418-776-8.
Cette étude porte sur l'histoire de la construction européenne depuis sa naissance jusqu'à aujourd'hui. Les économistes Panayiotis Liargovas et Christos Papageorgiou, tous deux enseignants à l'Université du Péloponnèse, y analysent de manière approfondie – les 696 pages du livre en attestent – les étapes qui ont conduit à la concrétisation de « l’idée européenne », des ruines de la Seconde Guerre mondiale comme genèse de la Nouvelle Europe (1945-1950) jusqu’au septième élargissement de l’Union européenne en passant par la Déclaration Schuman et la création des Communautés européennes (1950-1958), la première crise européenne ponctuée par le prétendu « compromis de Luxembourg », la période de stagnation entre 1958 et 1969, la Conférence de la Haye, les crises des années 70 accompagnées du premier élargissement, puis les élargissements au sud et l'Acte unique (1979-1986), l'objectif du marché unique et le traité de Maastricht (1986-1993), le traité d'Amsterdam (1993-1999), ceux ensuite de Nice et de Lisbonne… Sur cette base, les auteurs développent des approches théoriques de l'intégration européenne, analysant tour à tour les institutions de l'Union, les procédures législatives, le sentiment de « déficit démocratique » qui n’en finit pas de fleurir dans l'Union, la politique agricole, la politique économique et monétaire, les politiques régionale et sociale, la politique étrangère et la politique de défense, la politique environnementale… L’ouvrage est ponctué par une bibliographie complète (grecque et étrangère), un index des termes et un index de contenu enrichi. (AKa)
*** NAPOLEON MARAVEYIAS, THEODOROS SAKELLAROPOULOS (sous la dir. de) : La Grèce et l’intégration européenne. L'histoire d'une relation agitée (1962-2018). Editions Dionikos (9-13 rue Gravias, GR-10678 Athènes. Tél. : (30-210) 3801777 – fax : 3801777 – Courriel : info@dionicos.gr – Internet : http://www.dionicos.gr ). 2018, 384 p., 33,92 €. ISBN 978-960-6619-82-3.
Comme le relèvent Napoleon Maraveyias, professeur d'analyse macroéconomique et d'intégration économique européenne à la faculté de sciences politiques de l’Université d’Athènes, et Theodoros Sakellaropoulos, professeur de sociologie à l'Université Panteion d’Athènes, la relation qui a été nouée par la Grèce avec l’Europe – la Communauté, puis l’Union – depuis plus d’un demi-siècle, des accords d'Athènes de 1962 jusqu’à la crise économique et le temps des mémorandums, pose de multiples questions de recherche. Quel type d’impact l’Union a-t-elle eu dans les institutions et les politiques publiques du pays ? Par quels mécanismes l’influence européenne s’est-elle manifestée et concrétisée au niveau national ? Quelles politiques européennes ont-elles le plus influencé la Grèce et pour quelles raisons ? Les responsables grecs se sont-ils adaptés de manière efficace à ces inputs politiques européens ou seulement de manière superficielle ? Quel a été le résultat final, positif ou négatif, de l’influence européenne exercée en Grèce depuis l’adhésion du pays ? C’est à ces questions et à bien d’autres encore que les quatorze scientifiques réunis dans ces pages apportent des réponses. Une bibliographie sélective, un index des noms et des événements historiques et un lexique des termes ponctuent l’ouvrage. (AKa)