Le vote tant attendu du Royaume-Uni sur le Brexit va (enfin) avoir lieu, mais cette fois, même le gouvernement semble résigné à le perdre. Que se passera-t-il alors ?
Theresa May nourrit encore l’espoir de voir le Conseil européen et la Commission apporter des « clarifications » sur la solution de sécurité relative à la frontière nord-irlandaise et que ces nouveaux éléments puissent influencer les députés peu disposés à accepter l’accord.
Une lettre sera probablement envoyée lundi ou mardi, selon plusieurs sources.
Du côté de l’UE, une absence d’accord serait une « catastrophe », à en croire le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, qui a déclaré ce vendredi à Bucarest que M. Tusk et lui examinaient encore les « clarifications » qu’ils peuvent apporter à Mme May. Il a toutefois insisté sur le fait qu’aucune lettre ni aucun document émis par l’UE « ne devait être interprété comme une renégociation ».
Le Premier ministre britannique cherche également le soutien des syndicats, ce qui indique qu’elle pourrait avoir renoncé à essayer de convaincre les plus fervents partisans du Brexit et les unionistes démocrates, et qu’elle se tournerait plutôt vers les députés travaillistes.
En supposant qu’elle ne gagne pas, elle disposerait alors de trois jours pour présenter un « plan B » au Parlement britannique, selon une nouvelle condition adoptée cette semaine (au lieu des 21 jours préalablement définis dans la législation). Le Parlement devrait alors débattre et procéder à un vote sur cette motion, probablement au début du mois de février.
Cette semaine, les débats qui s’y sont tenus sur le Brexit ont eu lieu dans une atmosphère chaotique, alors que le président, John Bercow, a été fustigé pour avoir permis l’amendement relatif au « plan B » et que la députée conservatrice Anna Soubry a été malmenée sur le chemin la menant à Westminster. Le gouvernement a également été largement moqué pour un exercice sans intérêt destiné à simuler l’absence d’accord organisé sur un terrain d’aviation du Kent, auquel n’ont participé que quelques camionneurs.
En réalité, le temps manque pour préparer un Brexit, quel qu’il soit.
Au moins six textes législatifs, dont le projet de loi sur l’immigration, doivent être adoptés avant le jour du Brexit, à savoir le 29 mars, selon le journal Evening Standard.
Des responsables de l’UE ont abordé l’idée d’étendre la période de négociation fixée à l’article 50, mais sans une demande britannique (qui ne sera pas formulée, selon le gouvernement), ils se trouvent dans une impasse. En tout cas, une extension laisserait jusqu’à l’été à Mme May pour tenter de convaincre les députés les plus inflexibles.
Et la question fondamentale demeure : quel genre de relation UE/Royaume-Uni aura le soutien de toutes les parties et maintiendra l’ouverture de la frontière irlandaise ? Cette question n’a pas été assez réfléchie avant le référendum et a été étouffée depuis lors.
Pour citer Michel Barnier : « L’heure tourne. » (Version originale anglaise par Sarah Collins)