L’Eurogroupe a prôné la prudence vis-à-vis de la trajectoire budgétaire italienne sur la période 2019-2021, lundi 1er octobre à Luxembourg, même si plusieurs déclarations ministérielles et de la Commission européenne témoignent d'une certaine préoccupation vis-à-vis de l'impact sur la zone euro de la politique du gouvernement italien.
Les récentes annonces provenant de Rome ont suscité « des inquiétudes » sur la trajectoire budgétaire, « inquiétudes qui doivent trouver des réponses rapidement », a déclaré Mário Centeno, le président de l’Eurogroupe, à l'issue de la réunion des ministres des Finances de la zone euro. Il revient à l'Italie de démontrer qu'elle est en mesure de présenter des finances publiques « stables et durables », a ajouté le ministre portugais, pour qui les Dix-neuf sont interdépendants et au final, la stabilité de l'ensemble de la zone euro est en jeu.
Désireux d'appliquer les promesses de campagne des partis M5S et Lega au pouvoir, le gouvernement Conte a indiqué, jeudi 27 septembre, que le déficit public italien en termes nominaux remonterait à 2,4 % du PIB en 2019 et resterait à ce niveau les deux années suivantes (EUROPE 12106).
Cette annonce va à rebours des engagements budgétaires précédents. Le gouvernement Gentiloni avait effectivement fixé un objectif de déficit nominal à 1,7 % du PIB cette année et fait part de sa volonté de réduire le déficit structurel de 0,6 point de PIB l’an prochain en vertu des règles du bras préventif du Pacte de stabilité et de croissance.
Pierre Moscovici, le commissaire chargé des Affaires économiques et financières, s’est montré à la fois patient et dubitatif. La Commission doit certes d'abord recevoir le projet officiel de budget italien d'ici au 15 octobre avant de fournir « une analyse détaillée ». Mais, d'après M. Moscovici, un déficit nominal de 2,4 % du PIB en 2019 représenterait « une déviation très, très significative » par rapport à l’engagement initial, faisant de l’Italie le seul pays de la zone euro avec une « politique expansionniste ». Il en a d’ailleurs profité pour affirmer qu’il travaillait à l’origine avec Giovanni Tria, le ministre italien des Finances, sur une hypothèse de déficit nominal de 1,6 % du PIB en 2019.
À son arrivée, M. Tria avait dit à ses partenaires de ne pas s’inquiéter sur le projet de budget en préparation. Le ratio de dette publique par rapport au PIB diminuera l’an prochain, a-t-il notamment souligné.
M. Moscovici s’est montré pessimiste sur ce point. « C’était le cas à 1,6 %. Avec 2,4 %, il y a des chances que ce ne soit pas exactement la même chose », a-t-il déclaré. « À la fin, qui paie la facture ? C'est le gouvernement qui doit répondre à cette question », a-t-il ajouté, rappelant que les États demandent à la Commission de faire respecter les règles du Pacte. Faisant part d'un « état d'esprit tourné vers le dialogue », il a assuré qu'il ne s'agissait pas de brider les politiques sociales en Italie.
Avec un stock record de 2 300 milliards d'euros, la dette publique italienne est la deuxième plus élevée par rapport au PIB national (132 %) après la Grèce.
L'inquiétude de la Commission est partagée. Ne souhaitant pas donner de leçon, le Français Bruno Le Maire a rappelé que les règles budgétaires européennes étaient « les mêmes pour chaque État ». Qu'importe si le projet de trajectoire budgétaire française pour 2019 ne respecte pas non plus les règles du bras préventif du Pacte (EUROPE 12102).
« Personne ne bénéficiera d’une situation d’instabilité […] et en particulier l’Italie », a de son côté lâché Nadia Calviño, la ministre espagnole des Finances. (Lucas Tripoteau avec Mathieu Bion)