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Bulletin Quotidien Europe N° 12091
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The B-word : la newsletter d’Agence Europe sur le Brexit / The b-word

Confusion estivale

Les négociateurs du Brexit ont poursuivi leurs rencontres durant l’été, mais si vous étiez à l’étranger et que vous rattrapez seulement votre retard, ne vous inquiétez pas, vous n’avez pas raté grand-chose. 

Reconnaissons toutefois le travail assidu des fonctionnaires de Whitehall et du Berlaymont, qui ont finalisé 80 % du traité de sortie UE-Royaume-Uni. Outre les accords sur les droits des citoyens et le budget, convenus au cours de la première phase des discussions, les négociateurs ont réalisé des avancées durant l’été sur la manière de protéger les données et d’échanger des renseignements en matière de police et de criminalité au cours de la période de transition 2019-2021. 

Reste le double problème de l’Irlande et de la gouvernance, qui sont encore loin d’être résolus. À cela s’ajoute un troisième problème qui s’est présenté durant l’été : les indications géographiques. Les négociateurs britanniques avancent désormais qu’ils pourraient ne pas reconnaître des produits de l’UE tels que la Feta ou le Champagne, après le Brexit, ce que les diplomates assimilent à une tactique de négociation en vue d’obtenir un meilleur accès au marché unique. 

Le traité de sortie et la période de transition font toujours partie des principales priorités de l’UE, alors que le négociateur en chef, Michel Barnier, minimise les débats sur l’avenir. « Nous n’avons pas entamé les négociations sur la future relation », a-t-il déclaré à une commission du parlement britannique présente à Bruxelles cette semaine. Et tandis qu’il considérait sa remarque d’un point de vue technique (vous ne pouvez pas commencer les négociations sur le commerce avec l’UE avant d’avoir quitté l’UE), elle se ressent dans la pratique. 

Alors que le Royaume-Uni est toujours divisé quant au type de relation commerciale future qu’il souhaite entretenir avec l’UE, le bloc n’a pas modifié l’offre faite en mars, à savoir un accord commercial de libre-échange accompagné d’accords parallèles portant sur divers sujets comme l’aviation, la recherche, la criminalité et la défense. Les dirigeants de l’UE et les négociateurs de la Commission ont clairement affirmé qu’ils ne modifieront pas leur position à moins que le Royaume-Uni n’adhère au marché unique ou à l’union douanière, voire aux deux, et ce, malgré des déclarations positives formulées cet été par le président français, Emmanuel Macron. 

Cette position, qui prouve l’« inflexibilité » de l’UE, selon les Britanniques, a été affinée par M. Barnier lors de sa rencontre avec la commission du Parlement britannique. Il a précisé les craintes de l’UE au sujet de la concurrence déloyale exercée par un Royaume-Uni moins réglementé après le Brexit et a ajouté que seul un modèle « Norvège-plus » permettrait au pays d’obtenir l’accès qu’il souhaite au marché. 

« Ce que nous défendons, ce sont les intérêts économiques de nos entreprises et de nos citoyens », a déclaré M. Barnier. Selon lui, le plan du Royaume-Uni (en faveur d’une zone de libre-échange pour les biens et un accord douanier particulier) « affaiblirait le marché unique et mènerait à sa fin ». La transcription de la réunion vaut le coup d’œil, notamment pour les exemples précis donnés par la négociatrice en chef adjointe, Sabine Weyand, destinés à expliquer pourquoi la fin du marché unique représente un problème pour le bloc. 

Il est difficile de relever des avancées sur cette question, malgré les grands espoirs de réaliser une percée au cours d’un sommet informel des dirigeants de l’UE à Salzbourg, organisé plus tard ce mois-ci. Les deux parties ne sont toujours pas sur la même longueur d’onde. 

Et ces divergences sont les plus palpables dans les discussions relatives à la frontière irlandaise. 

Dans une lettre adressée cette semaine à Lord Adonis, pair partisan du maintien, le conservateur Jacob Rees-Mogg, défenseur en chef du Brexit, qualifie l’UE de « modèle économique défaillant » et précise que le Royaume-Uni est « persécuté » par le bloc au sujet de la frontière irlandaise. Cette accusation aurait été formulée, de manière plus polie, par le ministre en charge du Brexit, Dominic Raab, lorsqu’il a rencontré M. Barnier la semaine dernière (selon le Daily Telegraph, EUROPE 12086). 

Les partisans du retrait avancent que l’UE oblige l’Irlande à imposer des contrôles à sa frontière avec l’Irlande du Nord, alors que Londres a proposé de laisser son côté ouvert. 

Mais cet argument passe à côté de l’essentiel. Indépendamment de ses obligations légales en tant que membre de l’UE et de l’Organisation mondiale du commerce, le Royaume-Uni demande à l’Irlande de se détourner du commerce mondial pour privilégier une dépendance commerciale vis-à-vis de son voisin. Il s’agit d’une position contraire à la stratégie britannique « Global Britain », qui n’est pas très bien accueillie dans un pays qui fêtera prochainement le 100e anniversaire de son indépendance. 

Il semble donc que nous nous orientions vers une crise politique cette saison, selon plusieurs sources que The B-Word a interrogées cet été. L’hiver s’annonce d’ores et déjà rude. (Version originale anglaise par Sarah Collins)

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