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Bulletin Quotidien Europe N° 11898
Sommaire Publication complète Par article 28 / 28
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 1198

*** ERIC BERR : L’intégrisme économique. Editions Les liens qui libèrent (2 impasse de Conti, F-75006 Paris. Tél. : (33-1) 42011836 – Internet : http://www.editionslesliensquiliberent.fr ). 2017, 176 p., 15,50 €. ISBN 979-10-209-0473-76.

Membre du collectif des Economistes atterrés, Eric Berr dénonce avec verve et allégresse, dans ces pages, l’intégrisme économique qui, nettement moins circonscrit que l’intégrisme religieux, s’est abattu sur le monde et « rythme nos vies au nom du marché ». La plume élégante plantée en guise de baïonnette au fusil, ce maître de conférences en économie à l’Université de Bordeaux part du constat que cet intégrisme « vénère un dieu, le Marché en l’occurrence, et défend une tradition, celle de l’économie néolibérale, avec les dogmes sur lesquels elle repose – austérité, concurrence, libéralisation, etc. –, et ne tolère aucune remise en question ». Tout son propos vise, dans un premier temps, à montrer d’où viennent les « dérives sectaires » auxquelles ont succombé les servants de cet intégrisme qui, « devenus les oracles des temps modernes, interprètent le réel, livrent leurs prophéties – sous forme de prévisions économiques – et promettent de nous conduire vers la Terre promise de l’abondance ». On l’aura compris, cet auteur refuse le registre de la retenue, ce qui ne veut pas dire pour autant que les anathèmes qu’il lance ou certaines accusations qu’il porte puissent être tous écartés d’un simple revers de la main. Par exemple, lorsqu’il explique que « l’Ordre apostolique néolibéral » s’est appuyé au départ sur l’idéologie du laisser-faire inspirée par Milton Friedman mais aussi sur l’ordolibéralisme qui, en Allemagne, a placé « la justice sociale au cœur de ses préoccupations », ce qui a influencé la construction européenne et son évolution monétaire, il incite plus à la réflexion et aux questionnements qu’à une réaction simplement outrée...

Après avoir aussi soutenu, arguments à l’appui, que, face au problème de la dette, c’est la cigale qui a raison, pas la fourmi, il présente ensuite, avant de les commenter un à un, les « dix commandements » figurant sur les tables de la loi de la révélation néolibérale : « (1) L’austérité budgétaire tu prôneras. (2) La dépense publique tu diminueras. (3) Plutôt que les plus riches, les pauvres tu taxeras. (4) La libéralisation financière tu assureras. (5) Une banque centrale indépendante tu chériras. (6) Le Marché tu vénéreras. (7) La compétitivité tu promouvras. (8) La privatisation de l’économie tu organiseras. (9) La déréglementation tu favoriseras. (10) Le caractère objectif de tes recommandations tu affirmeras. » Certains pourraient être tentés de rire de cette énumération, mais Eric Berr ne met-il pas de la sorte, en réalité, des mots sur ce que de plus en plus de citoyens européens en arrivent à ressentir comme la source de maux qu’ils subissent ? Pour le dire autrement, ne vit-on pas réellement dans un monde – et dans une Union européenne – où l’Etat-providence est sur la défensive depuis trois décennies ? L’auteur commet-il une réelle erreur en relevant que les pays mettent plus d’ardeur à s’attaquer aux « fraudeurs » aux prestations sociales plutôt qu’aux grands prédateurs fiscaux ? Et pourquoi en est-il ainsi si son présupposé d’un complot, en faveur des classes les plus riches et les plus puissantes, relève d’une imagination malade ?

En réalité, ce livre érudit et incendiaire suscite beaucoup plus de questions qu’il ne règle de problèmes. L’auteur fait s’en poser quand, passant en revue les « disciples » qui propagent la foi néolibérale, il s’en prend à « l’inquisition européenne » découlant du fait que, « au nom de la préservation de la paix en Europe, les intégristes économiques ont imposé la guerre économique entre les pays membres ». S’il se trompe, pourquoi et comment le dumping fiscal et social de plus en plus dénoncé par les citoyens de nos jours a-t-il vu le jour ? Aux yeux d’Éric Berr, les citoyens européens « des classes moyenne et inférieure » cèdent trop souvent à la tentation de rejeter purement et simplement l’Europe telle qu’elle a été construite et de favoriser le retour au nationalisme et au repli sur soi. A eux de se battre, suggère-t-il, pour qu’elle soit « réorientée dans un sens plus démocratique ». Il n’a pas tort sur ce point. Mais est-il crédible lorsqu’il glisse que « la classe supérieure » ne veut rien qui puisse remettre en question son pouvoir, le traité de Lisbonne en ayant apporté la preuve puisqu’il a remplacé le traité constitutionnel refusé par référendum ? Sa démonstration, là, laissera largement sur sa faim le citoyen européen convaincu que rendre l’Union européenne plus démocratique demandera avant tout de l’émanciper des gouvernements nationaux... Michel Theys

*** PANOS PANAGIOTOU : Le tango des marchés et la grande astuce. Editions Livanis (98 rue Solonos, GR-10680 Athènes. Tél. : (30-210) 3661200 – fax : 3617791 – Courriel : webmaster@livanis.gr – Internet : http://www.livanis.gr ). 2016, 416 p., 15 €. ISBN 978-960-14-2496-5.

Trois « forces » sont les principales responsables de la crise : l'élite bancaire et les agences de notation de crédit, mais aussi les gouvernements des Etats, y compris le grec : sans l’aide de ces derniers, les « Dieux du marché » auraient pu perdre une grande partie de leur pouvoir. C’est ce qu’explique dans ce livre Panos Panagiotou, analyste reconnu du marché boursier. Il raconte combien le monde entier vit désormais dans l'ombre de la dette, comment les économies et les sociétés changent, sont touchées par une guerre économique qui, en quelques années à peine, a façonné pour longtemps la scène politique et économique internationale. Avec l'éclatement de la crise grecque, le message selon lequel le principal responsable de la tragédie économique sont des « peuples prodigues » n’a plus jamais cessé d’être propagé. La morale qui en découle, c’est que ces peuples doivent impérativement subir les conséquences de leurs actions en souffrant une austérité sévère. Les données rassemblées dans ce livre offrent une image très différente : elles révèlent un passé très différent, analysent le présent et donnent une idée de l'avenir de la crise en dissipant ce qui est présenté comme des mythes, des idées délirantes et des hallucinations. Ainsi se révèle un triangle d'intérêts qui, par ses mauvais choix, assombrit le destin économique du monde. Ce livre a été conçu comme un électrochoc en misant sur la puissance rédemptrice de la connaissance. Son auteur n’hésite pas à aborder des sujets aussi chauds et sensibles que les responsabilités cachées des États-Unis et de la Suisse, de l'Allemagne et de la France aussi, le projet de sauvetage global des banques d'élite au détriment des citoyens, la manie de l’austérité budgétaire, la restructuration, les faillites, les chantages des Etats, les faux dilemmes, les politiciens et les spéculateurs financiers, le nouvel ordre financier... Il y décrit aussi de manière simple et compréhensible quelques moyens réalistes pour réduire de façon permanente le « nœud gordien » de la crise. (AKa)

*** GEORGIOS CHATZIMARKAKIS : Le journal d'un euro grec. Editions Diametros (11 rue Mavromichali, GR-10679 Athènes. Tél. :  (30-210) 3637555 – Internet : http://www.diametrosbooks.com ). 2017, 204 p., 13 €. ISBN 978-618-82444-8-1.

Le politologue Georgios Chatzimarkakis a été membre du Parlement européen pendant une décennie, en tant qu’élu sur les listes du Parti libéral allemand (FDP). Depuis, il est le fondateur du parti politique grec « Grecs citoyens européens ». C’est donc en tant que responsable politique ayant des liens à la fois avec l'Allemagne et la Grèce qu’il a subi et affronté la tourmente de la crise européenne des dernières années. Pendant des années président de l’Association de la chambre du commerce gréco-allemande, il connaît aussi mieux que quiconque les relations entre ses deux patries et leurs forces et faiblesses. Rien d’étonnant dès lors s’il s’est passionné pour le débat sur la monnaie unique et s’il a consacré à celle-ci de nombreux, livres, articles et conférences. Devenu par la force des choses un spécialiste de la manière dont l’euro a été sauvé, il offre avec cet ouvrage une vision très originale de l’histoire politico-économique des derniers mois et années. Il part d’une pièce d’un euro circulant en Grèce qui, au fil des pages du calendrier, se retrouve bien vite au cœur des développements dramatiques et qui, surtout, entre très vite en désaccord avec la pièce d’un euro allemande. C’est que l’euro grec porte le poids du passé de la drachme et qu’il a à passer entre beaucoup de mains, celles des oligarques, des politiciens, des gens ordinaires, des manifestants indignés, des immigrés, des sans-abris, des filles amoureuses... Cette petite pièce d’un euro nous raconte des aventures pleines d'événements inattendus, des tensions et des compromis, des victoires et des défaites, des espoirs et des déceptions. De manière parfois grave, parfois satirique, Georgios Chatzimarkakis prend ainsi le lecteur dans les coulisses de la scène européenne et il lui permet de mieux comprendre la politique des initiés, l'économie, les médias, les protagonistes et les moments dramatiques de la crise grecque-européenne. Une histoire originale. (AKa)

*** Etudier ou enseigner à l'étranger. Wallonie-Bruxelles International (2 place Sainctelette, B-1080 Bruxelles. Tél. : (32-2) 4218205 – fax : 4218787 – Courriel : bourses@wbi.be – Internet : http://www.wbi.be  ). 2013, 188 p..

Destiné aux jeunes francophones de Belgique, ce guide des échanges internationaux dans les domaines de l’enseignement, de la formation et de la recherche publié par un département de la Communauté française Wallonie-Bruxelles est de nature à donner des idées à tous les jeunes d'Europe tentés par la mobilité. Consultable sur Internet (http://www.wbi.be/etudierouenseigner ), il présente différentes bourses d'études et postes d’enseignants disponibles en Europe et ailleurs dans le monde. Outre les programmes nationaux, des informations utiles sont données sur différents programmes des institutions européennes ainsi que sur les facilités offertes par d'autres institutions internationales. (PBo)

*** KATALIN LIGETI, MICHELE SIMONATO (sous la dir. de) : Chasing Criminal Money. Challenges and Perspectives on Asset Recovery in the EU. Hart Publishing (Kemp House, Chawley Park, Cumnor Hill, Oxford, OX2 9PH, UK. Tél. : (44-1865) 517530 – fax : 510710 – Courriel : mail@hartpub.co.uk – Internet: http://www.hartpub.co.uk ). Collection “Hart Studies in European Criminal Law”, n° 3. 2017, 378 p., 80 £. ISBN 978-1-5099-1207-0.

La lutte contre l’argent sale n’est pas un phénomène nouveau, mais il a pris une dimension nettement plus importante en raison de la complexité croissante des compétences et réseaux criminels, de la dimension de plus en plus mondiale des activités des criminels, de la crise financière née en 2008 et, en fin de compte, des résultats plutôt mitigés engrangés jusqu’à présent. Le temps était donc venu, ont jugé des spécialistes du monde académique, de se pencher sur la validité des moyens mis en œuvre afin, entre autres, de recouvrer les avoirs délictueux. C’est la mission que se sont assignée les vingt-et-un experts réunis dans ces pages après l’avoir été lors d’une conférence internationale organisée à Luxembourg en juin 2015. Sous la coordination du Pr. Katalin Ligeti (qui enseigne le droit pénal et international à l’Université de Luxembourg) et du chercheur Simonato (Université d’Utrecht), ils ont abordé une vaste série de questions relatives aux objectifs et à la portée des stratégies nationales et supranationales ciblant l’argent criminel, leur but étant aussi de voir quelles mesures concrètes pourraient permettre de surmonter les obstacles observés jusqu’à présent dans le cadre de cette lutte. Leur principal objectif a été de voir précisément où en est l’Union européenne en matière de recouvrement d’avoirs criminels et quelles mesures pourraient lui permettre d’être plus efficace en la matière, ces enseignements pouvant naturellement être aussi profitables hors de l’Union. L’ouvrage est divisé en deux parties. La première traite des aspects fondamentaux du recouvrement des avoirs, c’est-à-dire entre autres des pouvoirs accordés aux autorités chargées de l’application de la loi pour prendre possession des biens délictueux, ainsi que des dilemmes suscités par ces actions. Ainsi que le résume le Pr. Ligeti, il y est « en particulier question de savoir si les ordonnances de confiscation » (par exemple de biens appartenant à des mafieux...) « doivent être prolongées ou si, dans certains cas, les garanties traditionnelles prévues par le droit pénal et la procédure pénale doivent être supprimés » – ce qui, en d’autres mots, est une manière de se demander si le combat contre l’argent d’origine criminelle doit ou non être détaché du combat contre les criminels. Dans la deuxième partie, les experts s’intéressent aux caractéristiques qui font la complexité du recouvrement des avoirs délictueux. Ils éclairent ainsi non seulement plusieurs pratiques nationales qui peuvent prétendre au statut de modèle, mais aussi un large éventail de défis globaux tels que le rôle des unités d’investigation financière, les difficultés liées aux monnaies virtuelles et l’utilisation sociale des biens récupérés. Le tout compose un ouvrage de référence. (PBo)

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