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Bulletin Quotidien Europe N° 11869
Sommaire Publication complète Par article 30 / 30
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque europénne

N° 1192

***    MAXIMOS ALIGISAKIS : Pouvoir et société en Europe : essai critique sur l’intégration européenne. Editions Academia (29 Grand’Place, B-1348 Louvain-la-Neuve. Tél. : (32-10) 452395 – fax : 454480 – Internet : http://www.editions-academia.be ). Collection « Publications du Global Studies Institute de l’Université de Genève », n° 15. 2017, 267 p., 26,50 €. ISBN 978-2-8061-0315-4.

C’est une sorte de bombe à fragmentation que lance Maximos Aligisakis avec cet ouvrage qui le voit traiter de la « nature du pouvoir » émanant du processus de l’intégration européenne. Plus fondamentalement, sa quête intellectuelle tourne autour d’une question simple : « à qui profite l’Europe ? » Si cette question est effectivement simple, elle est aussi explosive lorsqu’elle est maniée par un scientifique qui confesse d’emblée sa volonté « d’engagement critique » et idéologiquement marqué afin de débusquer ce qu’il perçoit comme les « impasses de la construction européenne » et d’imaginer des voies en vue d’y remédier. Il ne prétend pas à la vérité absolue mais convie ses lecteurs à partager ses questionnements ouverts, ses hypothèses de travail qui ne manqueront pas d’en irriter certains, reflets d’une position éthique qu’il veut fondée sur le vieil adage chrétien « qui aime bien, châtie bien ».

Dans une première partie plutôt théorique où il entrecroise la science politique et la sociologie, mais aussi le droit, l’économie, l’histoire et la philosophie, il examine minutieusement de quoi est faite la nature de l’intégration européenne telle que matérialisée dans l’Union, l’appréhendant comme pouvoir économique : « capitaliste économiquement, oligarchique politiquement et institutionnellement, (néo)impérialiste dans une version soft power en matière de relations internationales ». Et celui qui enseigne aux Universités de Genève et de Fribourg d’enfoncer le clou : « Sans réduire l’UE à une simple machine au service des multinationales (productives ou financières) et des lobbies, il est incontestable que les grandes orientations politiques prises à Bruxelles vont dans le sens des intérêts du capital plutôt que du monde du travail ». On le voit, l’approche est politiquement orientée ; elle ne peut toutefois occulter les réflexions concomitantes du scientifique lorsqu’il aborde les dimensions politiques et institutionnelles de la construction européenne, à savoir la manière dont l’Union a, sur cette base économique, restructuré le pouvoir politique (la médiation, la gouvernance et l’Etat au niveau européen), le tout étant consolidé par un pouvoir idéologique et symbolique, à savoir la démocratie et la légitimité. Du coup, avance-t-il, les théories sur la souveraineté ou la citoyenneté se verraient transformées, « l’étaticité » européenne – terme qu’il utilise pour signifier l’existence d’ores et déjà d’une « qualité d’Etat » et d’un processus d’étatisation – créant un contexte où la société européenne est gardée sous tutelle.

La deuxième partie de l’étude est davantage orientée sur les aspects sociologiques de la construction européenne, l’auteur avançant notamment l’hypothèse qu’il existera une société européenne quand il y aura une société civile européenne, un espace public européen et une politique commune de solidarité, la question fondamentale étant à ses yeux : « quel est le moteur de l’histoire de l’intégration européenne ». Après s’être aussi interrogé sur les thématiques des valeurs partagées, de l’identité, de la confiance intereuropéenne, des forces politiques, des politiques sociales, ainsi que sur la gestion de l’altérité, Maximos Aligisakis confirme dans ses conclusions que l’Union européenne est « un Etat, certes partiel et faible, mais bien réel, un appareil idéologique à hégémonie variable, un projet social incertain, un lieu de conflit larvé ». A l’évidence, certaines de ses analyses seront contestées, voire dénigrées car empreinte de parti pris idéologique. Toutes peuvent-elles l’être toutefois ? Par exemple, a-t-il tort d’avancer le postulat « qu’il n’y a toujours pas de société européenne, car la médiation politique européenne se fait loin des citoyens » ? Non, même s’il eut été préférable qu’il précise aussi que ce sont les Etats membres qui font écran, l’Union européenne en tant que telle n’y étant pour rien. A-t-il toutefois tort aussi lorsqu’il estime que la « gouvernance européenne pose problème, car elle oublie bien souvent la démocratie, voire la contourne » ? Jusqu’à preuve du contraire, personne ne contrôle le Conseil européen... Se trompe-t-il enfin tout à fait lorsqu’il estime que « l’Europe en construction est asociale faute de solidarité » et de volonté de corriger le tir ? Peut-être, en effet, se trompe-t-il, mais l’essentiel n’est-il pas de poser les bonnes questions, celles qui taraudent des millions de citoyens européens ? Michel Theys

***    DIMITRIS TSIODRAS : Euro-patriotisme ou ethnocentrismes. Les rivalités internes, les menaces extérieures et les niveaux de coopération dans l'UE. Editions Minoas (34 rue Korinthou, GR-14451 Metamorphosi. Tél. : (30-210) 2711222 – fax : 2776818 – Courriel : info@minoas.gr – Internet : http://www.minoas.gr ). 2017, 276 p., 16,99 €. ISBN 978-618-02-0875-7.

Quel rôle a joué la peur française de l'Allemagne dans la formation de ce qui allait devenir l'Union européenne ? Celle-ci est-elle un creuset de la coopération entre des Etats ou, plutôt, une nouvelle zone d'antagonismes nationaux ? Faut-il désormais parler d'une Europe allemande ? Dans l’affirmative, celle-ci fait-elle courir la menace d’une dissolution de l'Union et d’un retour aux Etats nationaux ? L’Europe peut-elle aussi avancer sans une nouvelle alliance franco-allemande ? Telles sont quelques-unes des questions auxquelles le journaliste et éditorialiste Dimitris Tsiodras apporte des réponses dans ce livre. Elles sont d’autant plus intéressantes que ce spécialiste des relations internationales est aussi la voix pour la presse du parti politique de centre-gauche « To Potami » (La Rivière). Dans ces pages, il observe la mise en œuvre de « l'idée européenne » à la lumière de diverses crises : le rejet de la Communauté européenne de défense par l’Assemblée nationale française, la crise de la « chaise vide » sous De Gaulle, le controverse au sujet de la nature de l'union monétaire, les problèmes ayant entouré la réunification de l'Allemagne, la concurrence dans la zone euro... Armé des outils d'analyse qu’offrent l'histoire et la théorie des relations internationales, il dissèque certaines décisions cruciales de dirigeants des pays de l'Union tels qu’Adenauer, Churchill, De Gaulle, Kohl, Mitterrand, Thatcher, Merkel. De la sorte, il analyse finement la concurrence entre les Etats membres, leur position dans le système mondial et les limites de la coopération en appelant à la barre... Thucydide et des penseurs tels que Kant, Morgenthau ou Haas. Le tout lui permet de dire quelles sont, à ses yeux, les limites de l’Etat-nation et d’expliquer pourquoi la nécessité de l’intégration politique de l’Union est grande. (AKa)

 ***    IOANNIS VASSILIOU : Les questions de l'allocation et de la redistribution des ressources dans l'UE. Editions Infoquest (66 rue Chrisidos, GR-13122 Ilion. Tél. : (30-210) 2611832 – fax : 2611832 – Courriel : info@historical-quest.com – Internet : http://www.historical-quest.com ).  2017, 80 p., 9 €. ISBN 978-618-5088-28-6.

Le budget de l'Union européenne est la « colonne vertébrale » et le nerf de la guerre pour l'ensemble des politiques, programmes et stratégies européens. La manière dont il est arrêté et distribué influence directement les objectifs et les résultats de l'Union. Spécialiste de la politique régionale européenne, Yannis Vassiliou rappelle dans cet ouvrage que de nombreux débats ont déjà porté sur la rationalité de la confection et de la ventilation du budget. Il souligne l’'importance d’affecter les moyens là où le besoin est énorme, surtout cette période de crise. Par ce livre, il s’emploie à expliquer en termes simples les principaux aspects du cheminement du budget européen, son objectif étant d’amener de la sorte son lecteur à voir par lui-même où le bât blesse. Dans un premier chapitre, il offre un aperçu historique et analyse de façon critique les principaux événements politiques et changements qui ont affecté le budget européen à partir des années 60. Dans le chapitre suivant, l'auteur met l'accent sur l'importance de ce budget et de la manière dont il est confectionné, ce en termes d’une très grande clarté, ce qui est utile lorsqu’il aborde des thèmes tels que le Cadre financier pluriannuel, les « ressources propres » ou le processus de « décharge ». Dans le troisième chapitre, c’est la répartition du budget qui est abordée. Ce sont des observations résumant les développements des politiques et des activités de l'Union à la lumière de l’évolution budgétaire qui sont enfin formulées. (AKa)

*** LEONOR ROSSI, PATRICIA VINAGRE E SILVA : Public Access to Documents in the EU. Hart Publishing (Kemp House, Chawley Park, Cumnor Hill, Oxford, OX2 9PH, UK. Tél. : (44-1865) 517530 – fax : 510710 – Courriel : mail@hartpub.co.uk – Internet: http://www.hartpub.co.uk ). 2017, 340 p., 70 £, 140 $. ISBN 978-1-5099-0533-1.

Selon José Luis da Cruz Vilaça, juge à la Cour européenne de justice, ce livre s’avèrera providentiel pour tous ceux qui, à un titre ou à un autre, ont à avoir accès à des documents des institutions européennes. Il leur servira de guide, glisse en substance le préfacier. C’est effectivement une boîte à outils très complète qui se trouve offerte par deux avocates, Leonor Rossi étant en outre professeur de droit européen à la Nova School of Business and Economics de Lisbonne. Leur premier chapitre revient sur les différentes étapes qui ont mené au Règlement ’Transparence’ 1049/2001 et explique, à la satisfaction du juge préfacier, que « la justice de l’Union n’est pas habilitée à adresser des injonctions positives ou des ordres aux institutions », ce qui réduit la portée pratique du droit à l’accès aux documents. Ensuite, les auteures s’intéressent aux demandeurs et aux exigences quant à la personnalité juridique et à la représentation de toute personne par un avocat. Le troisième chapitre décrit les particularités du passage d’un modèle conçu à l’origine uniquement pour le Conseil et la Commission à un modèle de responsabilité institutionnelle valant également pour le Parlement européen et tous les autres organes et agences. La question des documents à prendre en compte est ensuite approfondie, les auteurs proposant notamment que la question de l’accès aux bases de données soit traitée de manière séparée. Viennent ensuite des regards éclairés sur la signification d’un « non » à une demande d’accès à un documents, sur « l’importance du silence négatif » éventuel d’une institution et sur le rôle que peuvent jouer les Etats membres dans le cadre d’une procédure de ce type. Finalement, une analyse est offerte de la manière dont les juges de Luxembourg se saisissent de ce type d’affaires, les auteurs procédant à une analyse de la jurisprudence en la matière de 1995 à 2015. (PBo)

*** LEONIDAS VATIKIOTIS, VANGELIO INTZEGIANNI : Pour le présent et l'avenir de la gauche. Le communisme et les révolutions du 21ème siècle. Editions Topos (2 rue Plapouta, GR-11473 Athènes. Tél. : (30-210) 822283 – fax : 8222684 – Courriel : info@motibo.com – Internet : http://www.toposbooks.gr ). 2017, 144p., 7 €. ISBN 978-960-499-216-4.

Est-il encore permis d’envisager autrement le monde ? Y a-t-il une histoire pour le peuple ou a-t-elle pris fin en 1989 avec l'effondrement de l'Union soviétique ? Le spectre du communisme ne hante-t-il pas partout dans le monde ? Que faire pour que l’humanité cesse de condamner l’immense majorité des personnes à être exploitées, parfois de manière honteuse ? Quelle est aujourd’hui la marge de manœuvre des hommes qui sont anxieux et progressistes ? C’est à ces questions idéologiquement marquées et à bien d’autres encore que sont apportées, dans ces pages, des réponses qui ne le sont pas moins. Elles sont le fait d’une vingtaine d’auteurs, tous universitaires et spécialistes de la gauche en Grèce et en Europe, réunis par Leonidas Vatikiotis, directeur du revue La gauche aujourd’hui, et du Pr. Vangelio Ingegianni (Université Aristote de Thessalonique). Il est à noter que ce travail politiquement très orienté est ponctué par une très riche bibliographie.(AKa)

 

*** THANOS VEREMIS : Andreas Papandreou : les grandes attentes. Editions Patakis (38 Panayi Tsaldari, GR-10437 Athènes. Tél. : (30-210) 3650000 – fax : 3811940 – Courriel : bookstore@patakis.gr – Internet : http://www.patakis.gr ). Collection « Sciences sociales et politiques ». 2017, 266 p., 12,20 €. ISBN 978-960-16-7206-9.

Premier ministre grec dans les années 1980-1990, Andreas Papandreou a marqué durablement la société grecque, à tel point qu’il reste toujours un sujet de conversation et de débats chez ses amis comme chez ses adversaires politiques. Comme l’explique Thanos Veremis, professeur d'histoire politique à l'Université d'Athènes, sa personnalité largement imprévisible n’y est pas pour rien, sachant d’ailleurs qu’elle a été aussi l’un des défis qu’il lui a fallu tenter de relever pendant sa carrière. Cette appréciation est-elle liée au fait que l’auteur occupe aussi la chaire Konstantinos Karamanlis de la Fletcher School of Law and Diplomacy à Boston ? Peut-être, mais pas de manière excessive car il est aussi chercheur à l'Institut international d'études stratégiques de Londres et enseigne encore à l'Université de Harvard (Princeton) et au St. Antony's College d’Oxford. Ces titres académiques assoient sa crédibilité quand il rappelle le parcours d’un homme venu de la gauche libérale au cours de son service militaire aux Etats-Unis et passé à une gauche radicale et tiers-mondiste lorsqu'il a ciblé le pouvoir et l’a atteint en tant que Premier ministre grec au long cours. A en croire l’auteur, l'extrémisme et le déni étaient inscrits dans son psychisme, l’homme ayant connu nombre de tempêtes internes. Il reste avant tout dans l’histoire politique de son pays – mais aussi, un peu, en Europe – comme l’auteur de manœuvres aussi inattendues que délibérées qui restent la marque de son radicalisme social et de son charisme. Andreas Papandreou a été à l’évidence une expérience nouvelle pour les électeurs grecs. Fils d’un père plusieurs fois Premier ministre lui aussi et d’une mère très instruite, ce professeur d’économie aux États-Unis doit sans doute, comme le glisse l’auteur, à sa rébellion contre son père en 1965 son parcours politique et personnel chahuté. (AKa)

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