Depuis juin 2016, la Banque centrale européenne (BCE) a acquis presque 113 milliards d'euros de titres d'entreprises privées non bancaires dans le cadre du programme CSPP de rachat de titres de sociétés privées, a indiqué son président, Mario Draghi, lundi 25 septembre.
« Jusqu'à présent, près de 110 milliards d'euros de titres d'entreprises émis par près de 200 émetteurs issus de 20 pays et actifs dans tous les secteurs ont été émis », a déclaré M. Draghi. Il a noté que, grâce à ce programme, les conditions de financement s'étaient améliorées non seulement pour les sociétés privées dont les titres ont été acquis, mais aussi pour d'autres non éligibles.
Sous la pression d'une quarantaine d'eurodéputés, qui craignaient un financement détourné d'entreprises susceptible d'entraîner des distorsions de concurrence à travers la politique monétaire, le Conseil des gouverneurs de l'institution européenne avait accepté d'insuffler plus de transparence concernant la nature des titres d'entreprises acquis dans le cadre du programme CSPP de rachat de titres de sociétés privées (EUROPE 11800).
Souhaitant que la BCE investisse moins dans des entreprises ayant recours aux énergies fossiles, Molly Scott Cato (Verts/ALE, britannique) a demandé à M. Draghi dans quelle mesure la BCE prenait en compte les exigences de durabilité environnementale dans ces acquisitions. Le président de la BCE a indiqué que les critères d'éligibilité au programme CSPP étaient suffisamment larges pour inclure aussi des sociétés actives dans la protection de l'environnement.
Selon son site Internet, la BCE a investi dans des titres tels que ceux émis par les groupes Shell, Daimler ou Autoroutes du Sud de la France.
L'élu du parti d'extrême droite Alternativ für Deutschland, Bernd Lucke (CRE, allemand), a interpellé l'ancien gouverneur de Banca d'Italia sur l'existence d'une limite dans les volumes d'achat au titre du programme CSPP. Selon lui, ce type d'opération monétaire n'est pas conforme avec les traités. M. Draghi s'est limité à constater qu'il existait une limite maximale à la détention par la BCE de titres émis par une seule entreprise.
QE. Le président de la BCE n'a, par contre, rien dit sur une sortie progressive de l'opération 'quantitative easing' de rachat massif de titres surtout publics. C'est jeudi 26 octobre que le Conseil des gouverneurs prendra les décisions principales dans ce domaine, a-t-il rappelé (EUROPE 11857).
M. Draghi a accueilli d'un bon œil la révision de l'architecture européenne de supervision financière qu'a présentée la Commission européenne la semaine dernière. C'est parce que cette architecture a été renforcée après la crise de 2008, avec la création des trois autorités européennes de supervision (ESMA, EBA, EIOPA), que la politique accommodante de la BCE a pu tenir si longtemps, a-t-il estimé.
Sur la reprise économique qui s'affermit dans la zone euro, M. Draghi a rappelé les prévisions de croissance de la BCE : 2,2% du PIB en 2017, 1,8% en 2018 et 1,7% en 2019. Quant à l'inflation, elle devrait rester modérée pour atteindre 1,5% en 2017, 1,2% en 2018 et 1,5% en 2019. (Mathieu Bion)