Les organisations et les coopératives agricoles de l'UE (Copa et Cogeca) ont demandé à la Commission européenne, lundi 25 septembre, d'examiner en procédure accélérée le recours en appel de l'industrie européenne du biodiesel contre la décision de l'UE de réduire les droits antidumping frappant depuis 2013 les importations de biodiesel argentin dans l'UE. Le Copa-Cogeca préconise d'introduire des droits compensatoires pour protéger la filière européenne du biodiesel.
Cette initiative intervient après la publication, le 18 septembre, du règlement d'exécution de la Commission qui fixe les taxes antidumping contre les importations dans l'UE de biodiesel argentin dans une fourchette comprise entre 4,5% et 8,1% contre la fourchette précédente située entre 22% à 25,7%.
Début septembre, les États membres de l'UE ne s'étaient pas opposés à la proposition de la Commission de réduire ces droits afin que l'UE se mette en conformité avec le verdict rendu par l'OMC au printemps 2014 et confirmé par son organe d'appel en octobre 2016 dans la plainte de l'Argentine contre les droits antidumping de l'UE visant ses exportations de biodiesel (EUROPE 11836, 11857).
Le Copa-Cogepa juge « évident » que l'industrie européenne du biodiesel sera « gravement touchée » par cette réduction « significative » des taxes antidumping qui se traduira par une réduction brutale de sa production et une hausse des importations de biodiesel en provenance de régions où les règles sur la déforestation et la reconversion des terres font défaut.
« Principaux fournisseurs de colza et de tournesol pour l'industrie européenne du biodiesel, les agriculteurs européens seront directement touchés, subissant une perte de revenus substantielle et éprouvant des difficultés majeures à vendre leurs produits oléagineux. La perte globale de rentabilité aura un impact énorme sur la durabilité et la viabilité des agriculteurs de cultures arables, qui perdront un moyen de diversifier leurs cultures pour rester en activité », a insisté le Copa-Cogeca.
« Le démantèlement des droits de douane aura un effet négatif sur la capacité de l'UE à produire des sous-produits riches en protéines, ce qui est particulièrement préoccupant étant donné que l'UE est déjà confrontée à des incertitudes majeures concernant l'importation de farine de soja en raison des règles d'autorisation des OGM et de la demande croissante en provenance d'Asie », conclut-il.
Instaurées en novembre 2013, initialement pour cinq ans, les taxes antidumping de l'UE contre le biodiesel argentin (et indonésien) visent à rétablir une situation de concurrence face au dumping issu d'un système de taxe différentielle à l'exportation instauré par l'Argentine (et l'Indonésie) pour favoriser son (leur) biodiesel. Ce système repose sur une taxe plus élevée pour les matières premières (soja argentin et huile de palme indonésienne) que pour les produits transformés à base de ces matières premières. (Emmanuel Hagry)