Le ministre turc des Affaires européennes, Ömer Çelik, a estimé, vendredi 8 septembre, que l’Allemagne utilisait l’Union européenne pour régler des problèmes bilatéraux.
Certains États membres profitent du contexte actuel, pour « essayer d’utiliser l’UE pour aborder des problèmes bilatéraux », a-t-il expliqué devant quelques médias en marge de la réunion informelle des ministres des Affaires étrangères des Vingt-huit et des pays candidats, à Tallinn. « L’UE ne doit pas être utilisée pour régler les problèmes bilatéraux », a-t-il ajouté, estimant que cela « portait atteinte au prestige de l’UE ».
Si l’Allemagne est une « alliée » de la Turquie, « nous sommes vraiment très mal à l'aise en ce qui concerne les arguments avancés par certains hommes politiques allemands », a insisté le ministre turc. Il a souhaité que le « cercle vicieux » des remarques contre la Turquie soit « brisé » « pour se concentrer sur l’avenir ».
« Vous ne pouvez pas parler d'arrêter ou suspendre les négociations d'adhésion, puis les redémarrer six mois plus tard », a prévenu M. Çelik, soulignant qu’il n’y avait pas « d’entrain » entre les États membres pour suspendre ces négociations. Ces discussions sont de facto gelées, car les Européens ne veulent pas ouvrir de nouveaux chapitres de négociations, une posture que M. Çelik a une nouvelle fois dénoncée. « L’UE critique les droits fondamentaux et l’indépendance de la justice (en Turquie), alors ouvrons les chapitres de négociations qui s’y rapportent. Commençons à négocier, c’est pour cela qu’il y a des chapitres, pour travailler ensemble », a-t-il expliqué. Le ministre fait référence aux chapitres de négociations 23 (justice et droits fondamentaux) et 24 (liberté, sécurité, justice). « Sur chacun des sujets sur lesquels nous sommes critiqués, nous sommes prêts à discuter, à travailler ensemble », a-t-il ajouté. Il s’est étonné que, dans le cas de la Pologne ou pour le Brexit, des discussions aient été ouvertes pour aborder les problèmes, mais que ce ne soit pas le cas avec un pays candidat.
Si de nombreux ministres européens ont rappelé que la Turquie était un partenaire important dans la lutte contre le terrorisme et la gestion de la crise migratoire, leur homologue turc a refusé de limiter les relations UE-Turquie à ces questions. « Nous avons bien plus à offrir à l’UE. La colonne vertébrale (des relations) est une adhésion pleine et entière à l’UE », a-t-il rappelé.
Selon lui, la décision que prendra l’UE sera « bien plus une décision concernant le futur de l’UE que celui de la Turquie ».
La Commission doit clarifier la position européenne selon M. Reynders
Pour sa part, le ministre belge, Didier Reynders, a appelé la Commission européenne à clarifier la position européenne sur les négociations d’adhésion. « La Commission européenne doit dire quelle initiative prendre », a-t-il expliqué, ajoutant que le commissaire aux Négociations d’élargissement, Johannes Hahn, devrait « acter officiellement la position de l’UE ». « On ne peut pas faire comme si on allait relancer » les négociations, alors que, « tant qu’il n’y aura pas d’évolutions positives, il ne sera pas question de bouger », a-t-il prévenu.
Selon une source européenne, la Turquie pourrait faire l'objet d'une discussion au Conseil Affaires étrangères du 16 octobre à Luxembourg. (Camille-Cerise Gessant)