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Bulletin Quotidien Europe N° 11811
INSTITUTIONNEL / Royaume-uni

David Davis et Michel Barnier lancent les pourparlers du Brexit et s'accordent sur le séquençage des discussions

L’Union européenne et le Royaume-Uni ont officiellement entamé, lundi 19 juin, les négociations devant conduire à la sortie du Royaume-Uni de l’UE, en principe à la fin mars 2019.

Les négociateurs des deux parties, le Français Michel Barnier pour l’UE et le ministre du Brexit David Davis pour le gouvernement britannique, ont lancé ces pourparlers lundi matin à 11h et ont annoncé lundi soir, lors d’une conférence de presse commune, s’être entendus sur la structure des pourparlers ainsi que sur les sujets prioritaires à régler, notamment la question des droits des citoyens européens et britanniques.

Une « première session utile », a résumé Michel Barnier qu'ils s’étaient entendus avec son homologue sur « les dates, l’organisation et les priorités pour les négociations ». Le Français a ainsi entamé la conférence de presse en affirmant que David Davis avait également accepté l’idée de régler au plus vite les incertitudes provoquées par le Brexit et de régler les questions liées aux citoyens, aux aspects financiers ainsi que celles liées à la question irlandaise le plus vite possible, avant de passer à la définition de la future relation avec Londres.

David Davis a confirmé que la priorité de son gouvernement serait en effet de remédier au plus vite aux incertitudes, en particulier sur les droits des citoyens, dossier sur lequel il pense possible d’avancer rapidement ; mais le négociateur britannique a aussi souligné que le retrait ne pourrait pas être conclu sans avoir discuté et tenu compte de la future relation. Le Britannique a ainsi écarté toute contradiction avec l’UE et les orientations adoptées par les 27 et écarté également le fait que Londres ait pu, sur ce point, échouer à faire entendre sa position. Dans les faits, les négociations commenceront toutefois dans l'ordre voulu par l'UE qui voulait un séquençage précis.

Sur les termes de la sortie de l’UE, le Britannique a en tout cas été très clair, rappelant qu’en dépit des divergences de vues au sein de l’actuel gouvernement, Londres n’avait pas l’intention de rester dans le marché intérieur ou l’Union douanière et solliciterait, comme prévu, un accord de libre-échange. 

Pour sa part, le négociateur de l’UE a réaffirmé qu’un accord équilibré et juste était possible et que ce serait bien mieux « qu’un no deal ».  Pour autant, si le ton,  lundi, était à la courtoisie entre les deux hommes, Michel Barnier n’a pas l’intention de se mettre dans l’esprit de faire des concessions. « C’est le Royaume-Uni qui quitte l’UE » et non l'inverse. « Il faut que chacun assume ses responsabilités et les conséquences », a-t-il assuré.

Concrètement, les négociations se dérouleront une semaine par mois, puis le reste du mois sera consacré à travailler sur les propositions et à informer les parties concernées. Trois groupes de travail seront mis en place : sur les citoyens, sur les aspects financiers ainsi que sur les autres dossiers. Mais il n’y aura pas de groupe de travail sur l’Irlande, ce dossier très sensible devant être négocié au plus haut niveau. En ce qui concerne les dates, le prochain round de négociations est prévu autour du 17 juillet, puis le 28 août. Michel Barnier a aussi promis lundi une « transparence » tout à fait « inhabituelle » en direction du public et des médias sur le contenu de ces discussions. 

Dans une déclaration lundi matin, Michel Barnier avait rappelé que l’objectif des négociations était de lever en priorité les « incertitudes causées par le Brexit, d’abord pour les citoyens, les bénéficiaires des politiques européennes et sur les frontières », en l’occurrence celles de l’Irlande.

David Davis avait, lui, rappelé que l’objectif de Londres était de construire un partenariat fort et spécial avec l’UE. Intervenant au lendemain d’une nouvelle attaque de nature terroriste à Londres, le négociateur britannique avait aussi affirmé que « c’est dans des moments comme ceux-ci qu’on se rappelle les valeurs et résolutions que nous partageons avec nos alliés les plus proches d'Europe ». « Il y a plus qui nous unit qu’il n’y a qui nous divise ».

Les négociations se sont ouvertes lundi alors que l’UE était encore ces derniers jours dans le doute quant aux intentions réelles du gouvernement britannique et à sa fragilité actuelle. Répondant à la presse, Michel Barnier a en tout cas assuré qu’il n’avait pour le moment pas d’autre interlocuteur en vue que David Davis.

Michel Barnier a plusieurs fois mis en garde Londres contre les risques de ne pas parvenir à un accord dans les temps, l’objectif du négociateur de l’UE étant que les aspects du divorce concernant les droits des citoyens européens et britanniques, les aspects financiers ainsi que la question de la frontière nord-irlandaise soient suffisamment avancés d’ici à l’automne 2017 pour pouvoir passer à la phase suivante, c’est-à-dire la relation future entre l’UE et Londres. Selon le calendrier de l’article 50 du Traité de l'UE, tout doit, en théorie, avoir été négocié pour octobre 2018 afin de permettre les ratifications nécessaires et une sortie du Royaume-Uni de l’UE juste avant les élections européennes de 2019.

Vigilance au PE

Au Parlement européen, le président Antonio Tajani, et le coordinateur du PE pour le Brexit, le libéral belge Guy Verhofstadt, ont souligné « la nécessité de protéger les citoyens ».

« La position du Parlement européen est claire. Préserver les droits de millions de citoyens européens concernés par le Brexit, garantir les conclusions du Good Friday Agreement pour l’Irlande du Nord et honorer les engagements financiers pris par le gouvernement britannique seront des éléments indispensables pour que le Parlement européen donne son approbation à un éventuel accord de sortie », a affirmé le président Tajani. Tout accord sur la sortie du Royaume-Uni nécessitera l’approbation du Parlement européen pour entrer en vigueur.

M. Verhofstadt s'est félicité que le calendrier des négociations, qui est déjà « assez serré », soit respecté.

Pour le groupe CRE, Syed Kamall, le chef des conservateurs britanniques, qui avait milité pour le retrait de l’UE, a estimé important que ces pourparlers débutent. « Une approche calme, constructive et coopérative des pourparlers est ce qui entraînera le plus de progrès dans les prochaines semaines et mois », a-t-il commenté dans un communiqué. (Solenn Paulic)

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