Les ministres des Affaires étrangères des États membres de l'UE ont insisté, lundi 6 février, sur l’importance d’unifier la Libye et souligné qu’ils étaient prêts à aider.
« Nous sommes prêts à accompagner tout processus (…) qui pourrait aider à unifier le pays », a expliqué la Haute Représentante pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, à l’issue du Conseil des Affaires étrangères, ajoutant que l’UE n’était pas là pour imposer une solution, alors que la question de la souveraineté est très importante pour les Libyens.
La Haute Représentante a d’ailleurs annoncé que l’UE acceptait l’invitation de l’ONU, de l’Union africaine et de la Ligue arabe – la troïka - à les rejoindre pour former un Quartet et essayer d’accompagner le processus politique libyen. Dans leurs conclusions, les ministres se félicitent d’ailleurs de la volonté des pays voisins de la Libye et des organisations régionales, d’accompagner et faciliter le processus politique libyen, soulignant qu’il était « de la responsabilité de tous les voisins de la Libye de jouer un rôle constructif dans le règlement de la crise ». En plus, l’UE « mobilisera ses instruments de soutien et elle se tient également prête à modifier ses mesures restrictives, au besoin pour contribuer à la paix, la stabilité et la sécurité en Libye », ajoutent les ministres, qui précisent aussi que l’UE se tient prête à accroître sa coopération économique avec la Libye.
Il faut unifier l'est et l'ouest
Mais rien ne peut se faire sans les Libyens. Ainsi, dans leurs conclusions, qui ne citent jamais le général Khalifa Haftar et rappellent que le Conseil de la présidence et le gouvernement d’entente nationale sont les « seules autorités gouvernementales légitimes au titre de l’accord politique libyen », les ministres appellent à un dialogue entre les parties. « Tous les acteurs libyens doivent mener, dans un esprit constructif, un véritable dialogue », expliquent les ministres, qui soulignent que « la Libye est maître du processus politique et qu'il importe que celui-ci soit ouvert à tous ».
« On voudrait bien faire en sorte que les négociations reprennent, très fortement pour avoir vraiment cette unité dans l’ensemble du pays », a expliqué le ministre belge, Didier Reynders, à son arrivée au Conseil 'Affaires étrangères'. « Il faut unifier l’est et l’ouest (…) Il faut construire sur l’accord politique libyen et créer un véritable partenariat entre l‘est et l’ouest du pays ; c’est la question cruciale : comment faire en sorte que le Général Khalifa Haftar soit d’une certaine manière intégré dans le gouvernement de Libye », a expliqué le Britannique Boris Johnson, alors que son homologue luxembourgeois, Jean Asselborn, bien qu'estimant que « sans M. Haftar, il n’y aurait pas de stabilité », s’est demandé si donner la stabilité aux mains des militaires était une bonne option.
Les ministres appellent d’ailleurs, dans leurs conclusions, à une force armée unique. « Il importe de toute urgence de fédérer l’ensemble des forces armées sous le contrôle des autorités civiles légitimes, comme le prévoit l’accord politique libyen », exhortent les ministres, rappelant qu’il n’y a pas de solution militaire au conflit. La Chambre des représentants a nommé le général Khalifa Haftar comme chef des armées, mais il refuse de travailler sous une autorité civile. Selon une source diplomatique, son armée compterait de 3 à 4000 hommes. Saluant la création de la garde présidentielle et le déploiement récent des premières unités, ce qui est « une mesure décisive pour protéger les institutions créées par l’accord politique (…) et les missions diplomatiques à Tripoli », les ministres ont annoncé que l’UE était « disposée à étudier la possibilité d’apporter son soutien à la garde présidentielle ». Selon une source européenne, l’UE pourrait former, par le biais de sa mission EUBAM Libye, la garde présidentielle, pour les missions de police. Actuellement, l’Italie et la France mènent des actions de formation concernant la partie militaire de la garde. 150 hommes de la garde ont été formés et la garde devrait, à terme, compter 3000 hommes. Saluant « le courage et la détermination » des Libyens dans la lutte contre le terrorisme, les ministres exhortent tous les Libyens à s’unir dans cette lutte.
L’UE condamne les violations contre les migrants
Par ailleurs, les ministres ont condamné les violations des droits de l’homme commises contre les migrants et demandé instamment aux autorités de redoubler d’efforts pour améliorer la protection et la promotion des droits de l’homme « en particulier dans les centres de détention pour migrants ». Des sources européennes ont qualifié la situation dans ces centres de « déplorables et inacceptables, loin des normes internationales ». Ils ont aussi appelé toutes les parties à garantir aux travailleurs humanitaires un accès sans entrave et sûr aux centres, soulignant la nécessité de respecter le droit humanitaire. Les ministres ont aussi discuté de la situation migratoire en Libye. (Camille-Cerise Gessant)