*** ROMAN HAUSER, MAREK ZIRK-SADOWSKI, BARTOSZ WOJCIECHOWSKI (sous la dir. de) : The Common European Constitutional Culture. Its sources, Limits and Identity. Peter Lang (42-50 Eschborner Landstraße, D-60489 Francfort. Tél. : (49-69) 780700 – fax : 78070550 – Courriel : frankfurt@peterlang.com – Internet :http://www.peterlang.com ). Collection « Dia-Logos », n° 21. 2016, 208 p., 49,50 €, 40 £, 64,95 $. ISBN 978-3-631-65991-5.
Cet ouvrage est l’œuvre de personnalités du monde académique qui jonglent avec les concepts de la théorie et de la philosophie du droit ; inutile de préciser qu’il n’est pas à la portée des profanes. Par contre, il ravira ceux qui se préoccupent de l’avenir constitutionnel de l’Union européenne et de ses Etats membres tout en le conciliant avec le respect des identités nationales. Il amènera en tout cas ceux qui le lisent à s’ouvrir à des réflexions est-européennes suscitant des remises en question.
Dans leur introduction, Roman Hauser (professeur de procédure administrative à l’Université Adam Mickiewicz, président de la Cour administrative suprême de Pologne), Marek Zirk-Sadowski (professeur de théorie et de philosophie du droit à l’Université de Lodz et vice-président de la même Cour) et Bartosz Wojciechowski (professeur à la Faculté de droit de l’Université de Lodz et juge dans cette Cour) rappellent d’emblée que le Traité de Lisbonne a pour visée fondamentale de réaliser « une union sans cesse plus étroite entre les peuples européens » et de permettre à ses citoyens de participer à ce processus, tant il est vrai que la primauté du droit et le principe démocratique tirent l’un et l’autre leur légitimité des sphères publiques. Dans les faits, observent-ils, c’est pourtant par le biais juridique que l’européanisation n’a cessé de gagner du terrain, à savoir que la Cour européenne de justice a joué un « rôle de premier plan » dans ce processus aux côtés de « la prise de décision intergouvernementale ». Par conséquent, si l’Union est bel et bien fondée sur le droit et une entité visant à résoudre des problème, force est de constater que « l’émergence de la communauté fondée sur les valeurs a été bloquée » et que l’apport des « sphères publiques transnationales est plutôt tenu ». Rien d’étonnant, dès lors, si la fibre éthique s’est effilochée dans l’aventure au fil du temps, la gouvernance intergouvernementale ayant fait le lit du déficit démocratique et conduit à ce que certains perçoivent l’Union européenne comme une entité politique post-démocratique. En tout état de cause, considèrent les coordinateurs de l’ouvrage, l’évidence est que « les Eurocitoyens, dans leurs Etats post-souverains, ont perdu, en termes hégéliens extrêmes, des droits universels formels (…) et des intérêts individuels, ce qui les a particulièrement exposés aux chocs de la crise économique ».
C’est sur cette toile de fond peu réjouissante que les auteurs réunis dans ces pages se lancent en quête d’un nouveau paradigme pour le droit européen, à savoir d’une culture juridique européenne commune qui permette de concilier « le sens de l’identité individuelle et le sens de l’identité nationale » sous le couvert de l’Union. Voilà qui devrait notamment passer par un renforcement du concept de citoyenneté européenne, celui-ci pouvant conférer une légitimation supplémentaire au système juridique de l’Union, tout en donnant aussi au citoyen une reconnaissance nouvelle dans le cadre étatique. Par contre, Roman Hauser, Marek Zirk-Sadowski et Bartosz Wojciechowski avouent ne pas discerner d’avenir fédéral pour l’Union, laquelle devrait rester, à les en croire, « une forme de coopération entre Etats indépendants unis pour traiter conjointement des questions sélectionnées », cette coopération n’ayant même pas de « caractère supranational » car le Conseil européen et le Conseil des ministres sont les enceintes institutionnelles « les plus importantes » aux côtés de la Commission – le Parlement européen n’étant, lui, même pas cité… Voilà qui, du coup, nuit à une représentation maximale des citoyens et de leurs intérêts spécifiques, réalité qui justifie, selon les auteurs, ce travail et ce livre visant à ce qu’une véritable communauté de valeurs puisse voir le jour. Pierre Bouvier
*** MATEVZ TOMSIC : Elites in the New Democracies. Peter Lang GmbH (42-50 Eschborner Landstraße, D-60489 Francfort. Tél. : (49-69) 780700 – fax : 78070550 – Courriel : frankfurt@peterlang.com – Internet : http://www.peterlang.com ). 2016, 140 p., 32,70 €, 26 £, 42,95 $. ISBN 978-3-631-67504-5.
Lorsque les pays d’Europe centrale et orientale ont pu se libérer de la tutelle soviétique imposée par les dirigeants communistes du cru, quels ont été les acteurs principaux de la mise en place rapide de systèmes institutionnels démocratiques de type occidental ? Quelles ont été les personnes et milieux qui se sont révélé capables d’influencer la nature du changement social ? C’est notamment à ces questions que le sociologue slovène Matevz Tomsic apporte des réponses dans ce livre qui le voit analyser scientifiquement le processus de formation des élites dans ces pays ainsi que leur position et leur rôle dans le contexte de la transition post-communiste, en particulier leur impact sur le cours des changements systémiques et sur les caractéristiques du nouveau cadre sociétal. Même si la transition a aussi bouleversé les systèmes économiques et sociaux, l’auteur – qui enseigne notamment à l’Ecole d’études sociales avancées de Nova Gorica et à la Faculté des médias de Ljubljana – se focalise dans ces pages sur les élites politiques dans la mesure où elles ont joué un rôle essentiel dans ces changements de paradigme. La première partie de l’ouvrage est précisément consacrée à distinguer les différentes catégories de personnes que recouvre le terme générique « élites » et en quoi les élites politiques ne pouvaient qu’être des acteurs majeurs en un temps de profond changement social, allant jusqu’à pouvoir déterminer le caractère des nouveaux régimes en chantier. Dans la deuxième partie, l’auteur analyse plus spécifiquement quel a été leur rôle dans le processus qui a conduit des pays ayant appartenu au camp communiste à devenir des sociétés bâties sur le modèle du système institutionnel occidental. Enfin, la troisième partie voit Matevz Tomsic décrypter la manière dont les différentes élites ont été formées dans des sociétés post-communistes et dont elles ont noué des relations entre elles et avec les autres segments de la société, ce qui l’amène bien entendu à s’intéresser à l’héritage historique communiste et pré-communiste qui a pu influencer les comportements. A cet égard, observe-t-il, les ex-pays communistes sont très différents les uns des autres, ce qui explique que la reproduction et la circulation des élites y soient désormais très différentes aussi. L’auteur montre également que dans la marche de ces pays vers l’adhésion à l’Union européenne, les élites politiques ont été à la fois des représentantes des intérêts nationaux en même temps que des vecteurs de l’européanisation des sociétés. (PBo)
*** FRANCOISE PONS : Hongrie. L’angoisse de la disparition. Editions Nevicata (42 av. du Général de Gaulle, B-1020 Bruxelles. Tél. : (32-2) 6270961 – Courriel : info@editionsnevicata.be – Internet : http://www.editionsnevicata.be ). Collection « L’âme des peuples ». 2016, 90 p., 9 €. ISBN 978-2-87523-085-0.
Cette collection de petits livres au format empreint d’originalité se propose d’aller à la rencontre des citoyens qui peuplent l’un ou l’autre pays afin de décoder l’histoire ancienne et présente qui explique ce qu’ils sont, et leur pays avec eux. Mission parfaitement accomplie avec celui-ci, la journaliste Françoise Pons amenant en quelques dizaines de pages élégantes sur la forme comme sur le fond à saisir et comprendre la Hongrie et ses citoyens au-delà des portraits négatifs qui sont brossés du pays de Viktor Orban. Avant tout, l’auteure a le talent d’expliquer, en mots simples et justes, pourquoi « le peuple hongrois vit dans une solitude existentielle », lui qui cultive depuis toujours « l’angoisse de la disparition » de sa langue, unique en Europe, et celle aussi de sa disparition avec le Traité de Trianon qui, en 1921, a démantelé « la Grande Hongrie » et dont, aujourd’hui toujours, « bien des foyers, sinon peut-être tous, ont une carte (…) cachée dans un tiroir ou même suspendue à un mur ». C’est ce pays aussi qui s’est voulu « l’élève modèle de l’Europe » lorsqu’il en est devenu membre mais qui a connu « l’humiliation » de progresser économiquement moins vite que des pays comme la Pologne et cette Slovaquie qui a même réussi à entrer dans la zone euro. Du coup, observe la journaliste, « le rapport d’élève à professeur a volé en éclats » avec la crise de 2008, ouvrant toutes grandes les portes aux propos de Viktor Orban invitant les Hongrois à ne plus confier leur défense à « une Europe à croissance zéro, en crise économique et démocratique, incapable de se réformer, et qui doute d’elle-même ».
Cette analyse fine et mesurée est complétée par des entretiens avec des intellectuels : l’historien Balázs Ablonczy revient sur le Traité de Trianon, « bouc émissaire de nos fautes et de nos insuffisances », tandis que l’écrivain János Lackfi approfondit les raison pour lesquelles les Hongrois cultivent leur pessimisme et que la politologue Eszter Petronella Soós explique pourquoi Orban est considéré non pas comme un mystère ou un danger, mais bien comme « un stratège » au service de la défense de l’identité et de l’indépendance nationales. A l’évidence, un livre à lire d’urgence par les citoyens de la « vieille Europe » pour mieux comprendre ce pays complexe ! (MT)
*** ALEXANDER MALLIAS : Visions et chimères. Les parcours d'un diplomate. Editions Sideris (116 rue Solonos, GR-10681 Athènes. Tél. : (30-210) 3833434 – fax : 3832294 – Courriel : contact@isideris.gr). 2016, 418 p., 20 €. ISBN 978-960-08-0730-1.
Alexander Mallias a servi comme ambassadeur de Grèce pendant plus de trente ans, ayant notamment été en poste à Washington de septembre 2005 à juin 2009. Dans ce livre, il analyse les causes de la crise profonde qui frappe son pays en assumant les responsabilités lourdes de sa génération par rapport à celle qui la suivra. « Jamais une génération n’avait auparavant sacrifié ses enfants et ses petits-enfants pour se sauver », se désole-t-il avant de proposer quelques changements institutionnels et constitutionnels qu’il perçoit comme de possibles antidotes à l’actuel état de déliquescence. Considérant que la consultation des forces politiques et leur consensus sur les questions fondamentales sont les vecteurs de la puissance et, partant, indispensables, il suggère ainsi la création d'un Conseil national de sécurité. Il met aussi en évidence le caractère décevant de l’Europe divisée d’aujourd’hui, jugeant que le manque de volonté politique dont l’Union a témoigné pour diagnostiquer de manière correcte et en temps opportun les changements tectoniques et fondamentaux au Moyen-Orient et en Afrique du Nord l’ont amené une fois de trop à se contenter de « plus petit dénominateur commun ». Tout atteste, à ses yeux, qu’il faut procéder d’urgence à une révision des traités de l'Union. A propos de la « boîte de Pandore » qu’est le Moyen-Orient, il observe que le chaos syrien est principalement la conséquence d’un conflit entre les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'Onu, même si l'intérêt et l'implication des acteurs régionaux (Iran, Turquie, Arabie saoudite, Egypte) a encore compliqué les choses. Du son mandat en Libye, il retient le souhait d’Athènes, à l’époque, de faire ami-ami avec le régime de Kadhafi. Le diplomate s’intéresse encore aux tensions qui prévalent dans les relations entre la Grèce et l’Albanie, jugeant qu’elles n’ont rien d’inéluctable. Il consacre enfin quelques pages aux relations d’Athènes avant l’ancienne République yougoslave de Macédoine, ainsi qu’à des notes prises lors de déplacements en Turquie et à Chypre. (AKa)
*** GEORGIOS PAGOULATOS : L’île qui part. 121+1 textes pour la crise grecque. Editions Papadopoulos (9 Kapodistriou, GR-14452 Metamorphosi, Grèce. Tél. : (30-210) 2846074-5 – fax : 2817127 – Courriel : info@epbooks.gr – Internet : http://www.epbooks.gr ). 2016, 352 p., 16 €. ISBN 978-960-569-632-0.
Pourquoi la Grèce endure-t-elle la crise économique la plus profonde qu’elle ait eu à connaître dans l'après-guerre ? Pourquoi cette crise l’a-t-elle conduite à la faillite et l’a-t-elle condamnée à être « sauvée » avec des Mémorandums ? Comment est-il possible que les défaillances de l'Etat et de l'économie, mais aussi du système politique de l'Union européenne, aient finalement conduit à une Grande Dépression ? Y avait-il une alternative ? Pourquoi le parti Syriza de Tsipras a-t-il manqué son pari d’éviter au pays un troisième mémorandum ? Quels enseignements sont à tirer de ce désastre ? C’est à ces questions et à bien d’autres encore que l'un des principaux analystes de la crise grecque apporte des réponses dans ce livre. Professeur de politique européenne et d’économie à l’Université d’Athènes et professeur invité au Collège d’Europe à Bruges, George Pagoulatos y réunit des articles publiés dans la presse entre 2007 et 2015, en particulier dans le journal Kathimerini où il écrit régulièrement. Le livre est divisé en cinq sections qui résument les structures, les chemins et les options qui ont caractérisé les années dramatiques d’après le déclenchement de la crise financière mondiale qui, à partir des États-Unis en 2007 et en passant en Europe, est venue dévoiler au grand jour la fausse prospérité du maillon le plus faible, la Grèce. Par une analyse approfondie servie par un plume enlevée, l'auteur met en lumière les maux innombrables qui minaient l'État grec, ainsi que l'économie et la société. Son propos est une invitation à ne pas céder aux sirènes du populisme, mais il ne manque pas de critiquer durement les échecs des gouvernements grecs comme les insuffisances de la zone euro. Ce livre conduit le lecteur à prendre conscience de toutes les tares qui ont voué le pays à connaître ce parcours douloureux, mais il est aussi une invitation à ne pas perdre espoir. (AKa)
*** ANASTASIOS-IOANNIS METAXAS (sous la dir. de) : La science politique, enquête interdisciplinaire et transversale sur le fonctionnement de la politique. La méthodologie politique : les délimitations et les déverrouillages (Vol 9). Editions Sideris (116 rue Solonos, GR-10681 Athènes. Tél. : (30-210) 3833434 – fax : 3832294 – Courriel : contact@isideris.gr). 2016, 358 p., 25 €. ISBN 978-960-08-0723-3.
Ce neuvième tome d’une étude qui en compte dix, tous coordonnés par Anastasios Metaxas, professeur émérite des Universités d’Athènes et du Péloponnèse, voit pas moins de quinze spécialistes du monde académique décrypter de manière approfondie les ressorts et les limites de la méthodologie politique. Ils évaluent de manière critique les catégories conceptuelles organisées en normes à partir desquelles le fait politique est le plus souvent appréhendé, même si ce ne sont que des structures secondaires. Un ouvrage qui, comme les autres de la série, ne s’adresse évidemment qu’aux politologues pointus. (AKa)