L’Algérie affiche son intention d’accélérer la révision déjà réclamée de son accord d’association avec l'Union européenne et sa demande s’ajoute à des appels internes qui insistent à presser le pas sur les réformes, sur un fond de marchés pétroliers déprimés et de réduction des recettes du pays avec un impact social préoccupant.
Le gouvernement algérien a ainsi annoncé, en fin de semaine dernière, qu’il a « achevé », avec l’UE, l'évaluation de l'accord d'association entre les deux parties. « Le document final » de cette évaluation sera « validé prochainement à Bruxelles », selon Ali Mokrani, directeur de la Coopération avec l'UE au ministère des Affaires étrangères. Un Conseil d’association devrait se réunir à moyenne échéance et, dans cette perspective, les travaux se poursuivent d’arrache-pied, selon l’ambassadeur à Bruxelles, Amar Belani, qui prévoit une rencontre conclusive en mars.
L’ambassadeur fait état d’un deuxième document opérationnel qui retrace le déroulement des cinq priorités de partenariat définies conjointement avec l'UE. Le 7 décembre dernier, le comité d’association avait en effet adopté « 21 recommandations » en vue de créer un « partenariat économique » vers la « diversification de l'économie, la promotion des exportations hors hydrocarbures (à peine 4 à 5% du commerce extérieur algérien, NDLR), du savoir-faire, de l'économie numérique et d'une économie inclusive à caractère social ». En vue également de la prochaine programmation financière 2018-2020, indique l’ambassadeur Belani.
Le cadre des « relations d'investissements et de partenariat entre les entreprises européennes et algériennes » demeure central et est constamment pointé du doigt par l’UE. L’Algérie a fini par assouplir sa législation sur les sociétés étrangères en limitant l’usage de la règle ‘51/49’ qui réservait la majorité du capital des sociétés algériennes aux nationaux, et décourageait les investisseurs extérieurs, qu'ils soient européens ou binationaux de la diaspora.
Pour l’essentiel, le rapport d’évaluation souligne l’intérêt de dynamiser le commerce hors hydrocarbures et d’en corriger le déséquilibre. La même intention est affichée dans les discussions en cours, mais très lentement à l’OMC, avec laquelle les négociations butent sur les mêmes obstacles.
L’économiste algérien, le Pr Abderrahman Mebtoul, affirme, dans une analyse remise à EUROPE, le besoin de redresser l’économie du pays, affectée par la baisse des prix du pétrole et par un surcroît d’endettement : « le manque à gagner en droits de douane, du fait de l’accord d’association (libre-échange) avec l’UE pour l’année 2016 (…) est évalué à 1,09 milliard de dollars » (1,27 milliard de dollars en 2015). M. Mebtoul se dit farouchement partisan d’une remise en ordre préalable de l’économie et de la gouvernance afin de « négocier dans un rapport de forces favorable ». Il estime aussi que « la politique gouvernementale se trouve ballottée entre deux forces sociales antagonistes, la logique rentière épaulée par les tenants de l’import et de la sphère informelle malheureusement dominante et la logique entrepreneuriale (qui serait) minoritaire. Cela explique pourquoi l’Algérie est dans cette interminable transition, ni économie de marché concurrentielle à vocation sociale, ni économie administrée, l’avancée des réformes étant inversement proportionnelle au cours du pétrole et au cours du dollar ».
Le Professeur Mebtoul estime dans son analyse que « la solution réside, non seulement pour l’Algérie, mais pour l’ensemble du Maghreb et du continent africain, en des réformes structurelles, nécessitant une nouvelle gouvernance tant locale que centrale et une large cohésion sociale ». Il en appelle à l’effort commun : « avec le terrorisme à nos frontières, une entente régionale entre les pays du Maghreb, les riverains africains et une entente internationale sont vitales pour sécuriser à la fois nos frontières et nos pays et lutter contre les trafics d’armes et de drogue qui financent en partie le terrorisme ». (Fathi B’Chir)