Définir le niveau d’ambition de départ d’ici à la mi-novembre pour développer davantage l’Europe de la défense est la principale difficulté à laquelle devra faire face la Haute Représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Federica Mogherini, après avoir consulté, mardi 27 septembre à Bratislava, les ministres de la Défense des États membres de l’UE sur leurs idées pour concrétiser le volet 'sécurité et défense' de la stratégie globale de l’UE (EUROPE 11581).
Ils ont été plusieurs à développer dans des documents informels leurs idées pour traduire en projets concrets l’idée de faire évoluer l’Europe de la défense et la Politique de sécurité et de défense commune (PSDC). Mais, ce sont les propositions développées conjointement par la France et l’Allemagne (EUROPE 11623) - dont les deux ministres ont souhaité afficher à Bratislava leur cohésion et leur volonté d’être le moteur des changements à venir en matière de défense européenne - qui ont été au centre de l’attention de cette réunion informelle présidée par Mme Mogherini. Une réunion qui a été « exceptionnelle », a-t-elle souligné, probablement du fait qu’elle a été plus riche en idées qu’à l’accoutumée.
Les idées franco-allemandes, dont la plus emblématique est la création d’un quartier général (QG) permanent à Bruxelles pour toutes les opérations et missions de l’UE, n’ont peut-être pas recueilli l’unanimité, mais il y a un consensus pour avancer. La possibilité que certains recourent à la Coopération structurée permanente (CSP), c’est-à-dire à cet instrument qui leur permettrait d’avancer ensemble, mais en cercle restreint, n'en reste pas moins sur la table. Une telle option pourrait être utilisée pour certains projets, mais pas à vingt-sept pour uniquement contourner le Royaume-Uni, a souligné Mme Mogherini, à l’issue de la réunion.
L’idée d’un QG permanent est emblématique, d’une part, parce qu’elle a toujours suscité le veto britannique. À son arrivée à Bratislava, le ministre Michael Fallon a réitéré son opposition. Il a dit craindre un « doublon » inutile avec l’OTAN. Mais, cette position traditionnelle du Royaume-Uni n’a plus le même poids qu’auparavant avec la perspective du ‘Brexit’. Elle s’appuie aussi sur une crainte qui ne semble pas justifiée, et c’est le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, en personne qui l’a répété à Bratislava, en insistant sur le fait qu’une Europe de la défense forte ne pourrait être que bénéfique pour son organisation et le lien transatlantique.
D’autre part, cette idée est à l’image du reste des propositions, qui ont toutes ce point en commun de s’inscrire dans ce que le Traité de Lisbonne prévoit déjà. Car utiliser les outils et instruments existants, du moins sur le papier, sera le point de départ du travail que doit mener maintenant la Haute Représentante pour concevoir un plan de mise en œuvre, une feuille de route avec des projets concrets prioritaires. L’objectif est que ce plan soit validé par les ministres lors de leur réunion formelle, qui aura lieu le 15 novembre, avant de recevoir l’impulsion politique nécessaire du Conseil européen, en décembre.
L’insistance avec laquelle est rappelé le souhait que les discussions actuelles ne sortent pas du cadre des Traités existants a un double objectif. Il s’agit de faciliter les avancées voulues pour la défense européenne en rappelant aussi que l’ambition ne va pas au-delà de ce que les États membres avaient déjà prévu il y a presque 10 ans. En même temps, le souhait est de mettre un terme à ce fantasme récurrent, porté aussi bien par une partie de la presse que par Londres, de l’imminence de la création d’une armée européenne qui sonnerait le glas des capacités de défense nationales. (Jan Kordys)