Bruxelles, 27/07/2016 (Agence Europe) - L'Agence européenne des médicaments (EMA) recommande aux États membres de l'UE de réduire drastiquement l'utilisation de la colistine chez les animaux sur leur territoire. Dans un avis publié mercredi 27 juillet, elle va même jusqu'à préconiser une diminution des ventes de deux tiers.
La colistine est une molécule utilisée en dernier recours en cas d'infection bactérienne récalcitrante. Elle a été autorisée à la fin des années 1950 pour le traitement des infections aiguës et chroniques provoquées par certaines souches de bactérie ne prenant pas la coloration de Gram. Depuis la fin des années 70, elle est utilisée presque exclusivement pour soigner les animaux en raison des lésions rénales qu'elle provoque. Fin 2015, des chercheurs ont toutefois découvert un nouveau mécanisme de résistance des bactéries à la colistine (causée par le gène mcr-1). Le gène - identifié initialement en Chine du Sud et trouvé depuis dans d'autres régions, y compris la région européenne - peut être transféré entre différents types de bactéries, ce qui pourrait causer un développement rapide de la résistance.
Dans ce contexte et après avoir mené une consultation publique jusqu'au 26 juin, le groupe d'experts ad hoc sur les antimicrobiens (AMEG) de l'Agence recommande de réduire au maximum l'utilisation de la colistine. Plus particulièrement, elle préconise aux États membres de réduire l'utilisation de la colistine chez les animaux à un niveau de 5 mg de colistine par unité de correction de la population (soit le poids estimé de l'élevage vivant et abattu). D'après les calculs de l'AMEG, de telles mesures devraient se traduire par une réduction globale d'environ 65% dans les ventes actuelles de colistine à usage vétérinaire au niveau de l'UE.
Les États membres sont également encouragés à fixer des objectifs nationaux plus stricts, idéalement en dessous de 1 mg de colistine/UCP. Dans son avis, le groupe d'experts souligne que la réduction des ventes de colistine ne devrait pas être compensée par l'utilisation d'autres types d'antimicrobiens, mais devrait être atteint grâce à d'autres mesures telles que l'amélioration des conditions d'élevage, la biosécurité entre les cycles de production et la vaccination du bétail. En outre, la colistine devrait être reclassée et ajoutée à la catégorie 2 du système de classification AMEG, qui comprend des médicaments réservés pour traiter les infections chez les animaux et pour lesquels aucun des traitements alternatifs efficaces n'existe. En raison du risque que représente leur usage vétérinaire pour la santé publique, ces médicaments sont en effet soumis à des restrictions spécifiques.
Ces recommandations, qui mettent à jour des lignes directrices de 2013, ont été validées par le comité des médicaments à usage vétérinaire (CVMP) et le comité des médicaments à usage humain (CHMP) de l'Agence. Elles répondent à une demande spécifique de la Commission européenne. (Sophie Petitjean)