Bruxelles, 26/07/2016 (Agence Europe) - Le groupe d'expert de l'Union européenne mis en place pour contrer la propagande russe, la « east stratcom task force », va fêter, en septembre prochain, sa première année d'existence. C'est l'occasion pour EUROPE de faire un premier bilan de son action, qui s'avère plutôt positif.
Ce groupe a été créé sous l'impulsion du Conseil européen, en mars 2015 (EUROPE 11279). Il avait alors demandé à la Haute Représentante pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité, Federica Mogherini, de soumettre, en coopération avec les institutions européennes et les États membres, un plan d'action sur la communication stratégique afin de répondre à des campagnes de désinformation russes. Opérationnel depuis septembre 2015 (EUROPE 11377), le groupe se compose aujourd'hui de neuf fonctionnaires. Il accueillera deux membres supplémentaires, après l'été. La quasi-totalité de l'équipe parle russe.
« Nous avons vraiment comblé les lacunes », a affirmé à EUROPE un fonctionnaire européen. Il a souhaité souligner que le soutien des États membres, du Parlement européen et de la communauté d'experts était « positif et large ». Si des évaluations mensuelles sont réalisées sur le travail réalisé par le groupe et les audiences atteintes auprès du public, il manque toutefois encore des sondages qui permettraient d'identifier précisément l'impact engendré. « La pièce manquante, qui va venir, concerne les sondages, pour voir si nous parvenons à changer les opinions, à éduquer et à informer plus », a-t-il dit, précisant que cela devrait être réalisé sous un an. Cette première année d'existence a déjà permis de concevoir la stratégie de communication et de lancer quelques projets pilotes. En 2017, « nous allons vraiment commencer à intégrer une stratégie de communication différente et voir si elle fonctionne ».
Le groupe est surtout connu pour avoir la tâche de contrer la propagande russe. Depuis octobre 2015, 1649 informations fausses ou inexactes, en 18 langues différentes, ont été identifiées, dont 936 en langue russe. Deux bulletins sont publiés par le groupe chaque semaine. L'un a un caractère général sur ce type de désinformation, appelé « desinformation review » et l'autre porte plus spécifiquement sur la propagande russe, le « desinformation digest ». Sur les réseaux sociaux, comme Facebook et Twitter (@EUvsDisinfo), le groupe poste des exemples de désinformation et tente de rétablir la vérité. Le nombre de messages générés « augmente vraiment bien » et nous avons « des 'followers' (des personnes qui suivent automatiquement l'activité du groupe) de haut niveau », a-t-il assuré. Le compte Twitter du groupe compte, par exemple, plus de 8300 abonnés. La majorité de l'audience provient des États membres, mais aussi de la Fédération de Russie et des pays du partenariat oriental (Arménie, Azerbaïdjan, Belarus, Moldavie, Géorgie, Ukraine). La version anglaise des messages reste plus lue que celle en russe.
Jusqu'à présent, un seul membre du groupe se consacre à temps plein pour répondre à la désinformation. Mais, il est aidé en cela par des contributions volontaires de la part de diplomates, de fonctionnaires, de responsables d'organisations non gouvernementales, d'universitaires ou de journalistes, qui font tous remonter au groupe des exemples de désinformation.
Les sept autres membres de l'équipe travaillent principalement sur la « communication positive ». Ils tentent ainsi de favoriser une meilleure communication de l'UE dans les pays du partenariat oriental sur les politiques européennes et à mieux expliquer ce que fait l'Union dans ces pays. Selon lui, les actions entreprises ont fait « une réelle différence ». Les délégations de l'UE dans les pays du Partenariat oriental sont assistées en particulier dans leur stratégie de communication. L'idée est de communiquer sur des sujets plus simples, plus clairs et qui sont au plus près des citoyens. « Les statistiques sont bonnes. Par exemple, en Moldavie, nous avons augmenté notre présence sur Facebook par 20 », a-t-il donné en exemple. La communication est adaptée à chaque pays du voisinage, pour ne pas non plus froisser les autorités locales.
Par ailleurs, une version russe du site internet du Service européen pour l'action extérieure (SEAE) a été mise en service en février 2016. Et c'est un vrai succès. Il représente environ 20% du trafic total sur le site du SEAE. D'ailleurs, le communiqué le plus lu de la Haute Représentante est un communiqué en langue russe. C'est celui sur le deuxième anniversaire de l'annexion de la Crimée par la Fédération de Russie.
Enfin, concernant sa troisième mission, sur l'amélioration du professionnalisme des médias en langue russe, le groupe est plus en retrait, ayant effectué quelques tâches de conseil. Les premiers résultats sont pourtant déjà visibles, a assuré ce fonctionnaire. (Camille-Cerise Gessant)