Bruxelles, 10/05/2016 (Agence Europe) - De nombreux députés européens ont de nouveau mis en garde, lors d'un débat en plénière avec le commissaire à l'Énergie, Miguel Arias Cañete, lundi 9 mai, sur les risques géopolitiques pour l'unité de l'UE et la menace pour la sécurité énergétique de certains de ses États membres que constitue le projet germano-russe de doublement du gazoduc Nord Stream, Nord Stream-2.
« C'est un sujet de préoccupation pour les États membres d'Europe centrale et orientale, comme le souligne la lettre que neuf d'entre eux ont adressée en mars au président Juncker (EUROPE 11515). Leurs craintes sont juridiques, géopolitiques ou économiques », a reconnu d'emblée M. Cañete. « Au plan juridique, Nord Stream-2, s'il est construit, devra respecter le droit de l'UE applicable à l'énergie et à l'environnement. Ce projet ne peut être géré uniquement d'après le droit russe, il doit respecter un cadre juridique qui tienne dûment compte des grands principes et de nos règles en matière du marché de l'énergie », a-t-il souligné.
« Pour les pays d'Europe centrale et orientale, l'impact de ce projet sur le marché du gaz a une importance particulière, puisque la plupart de ces marchés dépendent en grande partie de Gazprom. Nord Stream-2 va changer le paysage du gaz en Europe. Il va donc falloir peser ses incidences au niveau de la sécurité d'approvisionnement, de la diversification et de la concurrence pour ces pays », a poursuivi M. Cañete. « Ce projet impliquera une capacité excédentaire de la Russie vers l'UE et réduira les itinéraires de transit du gaz russe vers l'UE de trois à deux. De même, l'approvisionnement vers la Pologne pourrait être menacé. Faisons en sorte qu'aucun opérateur de marché ne puisse exercer sa position dominante. C'est dans l'intérêt de toutes les parties que l'Ukraine reste un corridor de transit important », a-t-il ajouté.
« Ce projet présente une menace pour la solidarité et l'unité européennes. Il suscite des tensions entre États membres, beaucoup de réserves et d'incertitudes politiques qui pourraient menacer ce projet en tant que tel. Nord Stream-2 favorise la position concurrentielle d'un fournisseur unique et va donc à l'encontre du principe de diversification de l'approvisionnement. Il y a aussi des doutes sur l'impact environnemental en mer Baltique et par rapport à nos obligations vis-à-vis de l'Ukraine. Nord Stream-2 ne devrait pas obtenir de soutien de l'UE et devra respecter la législation européenne », a estimé, au nom du groupe PPE, le président de la commission de l'énergie du PE, le Polonais Jerzy Buzek.
« Nous avons besoin de plus d'infrastructures. Mais je suis tout à fait d'accord avec M. Buzek. Le projet Nord Stream-2 représente un recul vis-à-vis de la coordination des politiques énergétiques et du projet d'Union de l'énergie. Il va accroître notre dépendance à un fournisseur unique et créer des conditions pour la mise en place d'une position dominante sur le marché. Le doublement de Nord Stream n'a pas de sens puisqu'il fonctionne en dessous de ses capacités. En outre, Nord Stream-2 concerne des acteurs en provenance d'un seul État membre, c'est-à-dire correspondant seulement à certains intérêts nationaux et pas aux intérêts généraux. Cela crée un précédent faisant qu'un seul État membre aura les mains libre pour décider de la stratégique énergétique qui devrait en fait impliquer tous les pays européens », a estimé l'Italien Flavio Zanonato, au nom du groupe S&D.
« Ce projet est une épreuve pour l'UE. Qui peut croire que le projet Nord Stream-2 est une entreprise purement commerciale et pas politique alors que nous savons que la Russie utilise ces mécanismes pour défendre ses intérêts politiques ? Ce gazoduc impliquerait que l'Europe deviendrait entièrement dépendante de la Russie. Il ne ferait qu'accroître les divisions entre l'Est et l'Ouest et l'Ukraine ne serait plus un pays de transit et perdrait près de 2 milliards d'euros de ressources par an provenant du transit du gaz, alors que nous avons investi tant d'efforts pour la rapprocher de notre marché. Nord Stream-2 va à l'encontre des idéaux européens », a commenté le polonais Zdzislaw Krasnodebski, pour le groupe CRE.
« Il ne faut pas dépendre du gaz de M. Poutine. Nord Stream -2 ne s'intègre absolument pas dans le projet d'Union de l'énergie. Le gazoduc Nord Stream ne travaille qu'à 50% de sa capacité aujourd'hui. J'ai donc du mal à trouver des arguments politiques et économiques qui militent en faveur de ce projet. Je ne vois aucun gagnant si ce n'est M. Poutine dans cette affaire. Il faut une étude géopolitique sur les conséquences du projet Nord Stream-2. Nous risquons de mettre en péril toute l'Union de l'énergie », a commenté le Danois Morten Helveg Petersen au nom du groupe ADLE.
Pour le groupe GUE/NGL, Neoklis Sylikiotis a appelé l'UE à exploiter le potentiel gazier découvert en en Méditerranée orientale et soutenir les investissements dans la région et promouvoir l'essor du GNL.
Au nom du groupe Verts/ALE, le Suédois Peter Eriksson a aussi jugé que Nord Stream-2 allait à l'encontre du projet d'Union de l'énergie. « Les règles du '3ème paquet' doivent s'appliquer à ce projet. Si nous voulons respecter ces règles, il serait ridicule de rendre ce projet compatible à notre vision car un fournisseur unique aurait un contrôle total sur toute l'infrastructure », a-t-il averti. (Emmanuel Hagry)