Bruxelles, 31/03/2016 (Agence Europe) - Bien que l'Europe ait accompli des avancées considérables dans la réduction de la mortalité routière et qu'elle affiche le taux de mortalité le plus faible du monde, des progrès restent à accomplir.
Une étude de la Commission européenne, publiée jeudi 31 mars, montre qu'entre 2001 et 2010 le nombre de morts sur les routes européennes a reculé de 43%. Depuis 2010, ce chiffre a encore diminué de 17%. L'Europe n'a rien à envier aux autres régions du monde: pour 1 million d'habitants, il y a 51,5 tués contre 106 aux États-Unis et 174 au niveau mondial. Pour Szabolcs Schmidt, chef de l'unité de la Commission européenne en charge de la sécurité routière, « nous sommes dans une situation où il est difficile de faire mieux ». Néanmoins, l'étude pointe le fait que le nombre de morts a stagné entre 2013 et 2014 et les chiffres - qualifiés de « décevants » par la commissaire chargée des Transports, Violeta Bulc - restent inchangés pour l'année 2015 où 26 000 personnes ont perdu la vie.
Ce ralentissement actuel des progrès signifie qu'il faut redoubler d'efforts si l'on veut atteindre l'objectif stratégique d'une réduction de moitié du nombre de tués sur les routes à l'horizon 2020.
Même si les États membres sont tous parvenus depuis 2010 à des améliorations dans le domaine de la sécurité routière, ils affichent néanmoins des résultats assez disparates. Parmi les bons élèves, on compte la Suède (27 tués par million d'habitants), les Pays-Bas (28) et Malte (26). À l'inverse, la Roumanie et la Bulgarie (95) et la Lettonie (94) sont les moins bons élèves. À noter que l'ensemble des tués (55%) meurent dans un accident en zone rurale ; 38% en zone urbaine et, enfin, 7% seulement des victimes perdent la vie sur une autoroute.
Un ralentissement des progrès ces trois dernières années. Les causes principales sont au nombre de six: - l'interaction plus forte dans nos villes entre usagers de la route non protégés et usagers motorisés ; - l'augmentation constante du nombre de personnes âgées dans la circulation routière ; - l'augmentation du nombre d'usagers vulnérables (piétons, cyclistes, conducteurs de deux-roues motorisés) ; - une densification du trafic au cours des hivers plus doux en Europe ; - la baisse des ressources consacrées à l'entretien de la voirie et des véhicules en raison de la crise économique ; - l'apparition de nouvelles tendances caractérisant le comportement des usagers (par exemple, la distraction provoquée par les téléphones mobiles).
Outre les décès, d'après les estimations de la Commission, 135 000 personnes - pour la plupart des usagers vulnérables - ont été gravement blessées sur les routes européennes en 2015. Pour la commissaire chargée des Transports, Violeta Bulc, « les accidents de la route nous rappellent la fragilité de la vie humaine qui peut être abrégée sans préavis ». Mme Bulc rappelle également que, derrière chaque décès, chaque blessé, « il n'y a pas que des chiffres et des pourcentages, mais aussi la famille, des amis et des voisins ».
Les différentes mesures. Le nombre important d'accidents (135 000) a un coût. La Commission estime à au moins 100 milliards d'euros le coût social (réhabilitation, soins médicaux, dommages matériels, etc.) des accidents entraînant des décès ou des blessures graves. Consciente du coût onéreux des futures mesures à prendre, « la vie a-t-elle un prix ? », a interrogé Mme Bulc.
Afin de parvenir à l'objectif que s'est fixé l'Union européenne (réduire de moitié le nombre de tués sur les routes à l'horizon 2020), des efforts supplémentaires doivent être mis en oeuvre. La commissaire Bulc fait appel aux «États membres [qui] doivent s'orienter vers un changement ». Selon elle, les États membres sont les « principaux acteurs » de ce changement, l'action quotidienne dans le domaine de la sécurité routière se déroulant principalement au niveau national et local. Ils sont donc appelés à renforcer les mesures suivantes: - faire appliquer le code de la route ; - développer et entretenir les infrastructures ; - mener des campagnes d'éducation et de sensibilisation. La Commission européenne intervient, elle, lorsqu'elle peut réellement apporter une plus-value, en proposant, par exemple, une législation permettant la poursuite transfrontalière des infractions routières ou encore en fixant des normes techniques de sécurité.
Les pistes d'avenir. Des avancées technologiques, comme les voitures connectées ou semi-autonomes (qui permettraient par exemple une meilleure anticipation des dangers), pourraient également s'avérer être très efficaces pour améliorer la sécurité routière, même si des questions telles que 'la responsabilité du conducteur' se posent alors. Dans ce domaine, le chemin est encore long à parcourir. Pour Szabolcs Schmidt, « il faut encore construire cet avenir et je ne pense pas que, d'ici 2020, on puisse s'attendre à quelque chose de concret ; ce sera pour après ». (Maëlle Didion, stag)