Bruxelles, 31/03/2016 (Agence Europe) - Chypre est arrivée, jeudi 31 mars, au terme de trois années de programme d'ajustement économique.
L'île « est parvenue à restaurer la croissance économique et à consolider ses finances publiques bien plus vite que prévu. Le secteur financier, qui était la source principale de la crise, a été restructuré, recapitalisé et réduit de taille, et le cadre juridique et de supervision a été modernisé », a déclaré, par communiqué, le directeur général du Mécanisme européen de stabilité (MES), Klaus Regling.
Le MES avait initialement engagé une enveloppe allant jusqu'à neuf milliards d'euros d'assistance. Grâce aux meilleurs résultats que prévu, l'île n'a pas eu besoin de la totalité de cette enveloppe, recevant un total de 6,3 milliards d'euros. De cette somme, seul 1,5 milliard d'euros a servi à la recapitalisation des banques coopératives.
La Popular Bank (Laiki) a été démantelée immédiatement et scindée en deux. Les actionnaires, les créanciers 'seniors' et les déposants non assurés au-delà du seuil de 100 000 euros de Laiki et de la Bank of Cyprus ont essuyé de lourdes pertes (EUROPE 10814). Cette situation avait obligé les autorités chypriotes à instaurer des mesures inédites de restriction du mouvement des capitaux, petit à petit relaxées et intégralement levées en avril 2015, soit deux ans après leur mise en place.
« La fin du programme n'est pas la fin de l'agenda de réformes à Chypre. Davantage d'efforts sont nécessaires pour réduire le ratio des prêts toxiques » détenus par les banques, a toutefois précisé M. Regling. Quelques jours auparavant, dans une interview à la presse chypriote, il avait souligné que ce taux de prêts toxiques, atteignant 47% du total des encours de prêts, demeurait le plus élevé d'Europe. Les outils ayant été mis en place afin de lutter contre ce phénomène, il faut en faire usage, avait dit M. Regling.
Lors du dernier Eurogroupe, le 7 mars dernier, les ministres des Finances de l'Eurozone avaient relevé qu'une action préalable requise par le plan d'aide chypriote - la privatisation de l'opérateur de télécommunication - n'avait pas été mise en oeuvre (EUROPE 11506). Les autorités chypriotes y viendront probablement après les élections législatives. Le 7 mars, elles avaient par ailleurs informé le FMI qu'elles désiraient quitter immédiatement le programme d'ajustement économique, alors que le plan d'aide de l'institution de Washington devait courir jusqu'au 14 mai. Le FMI a prêté un milliard d'euros à Chypre.
L'île a renoué avec la croissance économique en 2015 (1,6% du PIB), qui sera un peu plus robuste en 2017 (2%). Le déficit public est passé de 6% du PIB en 2012 à 1% en 2015. L'île se refinance sur les marchés (un rendement sur 10 ans se situait à 3,8% fin 2015) et dispose d'un coussin de liquidités d'un milliard d'euros. Les 'institutions' (Commission, BCE, FMI, MES) soutenaient d'ailleurs la décision chypriote de quitter le programme sans filet de sécurité via une ligne de crédit préventive du MES.
Le vice-président de la Commission, Valdis Dombrovskis, a estimé que Chypre avait mis en oeuvre son programme avec une détermination claire. « Nous sommes confiants que Chypre sera capable de faire face à tout défi restant », a ajouté le commissaire aux Affaires économiques et financières, Pierre Moscovici.
L'île, autonome sur le plan financier, fera l'objet d'un suivi post-programme jusqu'à ce qu'elle ait remboursé 75% des prêts reçus. L'île remboursera le principal du prêt du MES entre 2025 et 2031.
Au 1er avril, Chypre ne sera par ailleurs plus éligible au programme ('quantitative easing') de rachat de titres principalement publics de la BCE. (Elodie Lamer)