Bruxelles, 22/03/2016 (Agence Europe) - Deux attentats coordonnés ont frappé Bruxelles, capitale belge et siège des institutions européennes, mardi 22 mars dans la matinée, à une heure d'intervalle. Revendiqués par l'organisation terroriste Daech, ils ont touché coup sur coup l'aéroport international de Zaventem et la station Maelbeek du métro bruxellois et fait, selon des bilans encore provisoires, au moins 34 victimes et 200 blessés.
Ces attentats ont unanimement été dénoncés par les responsables européens qui ont appelé notamment à renforcer encore davantage la coopération européenne contre le terrorisme. Dénonçant « une attaque contre nos sociétés ouvertes démocratiques », les vingt-huit leaders européens ont assuré que ces attaques allaient renforcer leur « unité dans la lutte contre la haine, l'extrémisme violent et le terrorisme » ainsi que leur « détermination à défendre les valeurs européennes », dans un communiqué conjoint.
La Belgique a été frappée par deux attentats « aveugles, violents et lâches », a dénoncé le Premier ministre belge, Charles Michel. « Des mesures de sécurités additionnelles seront mises en place: restriction des transports en commun et contrôles aux frontières », a-t-il ajouté. « Nous redoutions un attentat et c'est arrivé », a dit M. Michel. Le pays a décrété trois jours de deuil national.
Ces attaques « touchent aujourd'hui Bruxelles. L'Europe dans son entièreté est visée. L'Union européenne et les Institutions doivent et resteront unies face à la terreur », a réagi Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne. « Ces événements nous touchent, mais ne nous effrayent pas. Nous continuons notre travail pour faire face ensemble à la menace terroriste et pour apporter des solutions européennes aux questions qui nous concernent tous », a-t-il ajouté, assurant faire le maximum pour garantir la sécurité du personnel de la Commission.
M. Juncker s'est entretenu sur ces attentats, mardi, avec M. Michel, le ministre belge de l'Intérieur, Jan Jambon, ainsi que le président du Parlement européen, Martin Schulz, la chancelière allemande, Angela Merkel, et le chef de l'État français, François Hollande. Ce dernier a estimé, lors d'une conférence de presse, qu'à travers les attentats de Bruxelles, « c'est toute l'Europe qui est frappée ».
Touchées en novembre 2015 par une vague d'attentats terroristes, la France, dont le Premier ministre, Manuel Valls, effectuera une visite auprès de la Commission européenne mercredi, a décidé de renforcer son dispositif de sécurité dans ses infrastructures de transport et au niveau de ses frontières. Des mesures similaires ont été décidées dans plusieurs pays, notamment dans les aéroports londoniens ou danois, ont fait savoir les autorités de ces pays.
En Allemagne, à l'aéroport de Francfort, l'un des plus importants en Europe en termes de trafic international, des mesures de sécurité supplémentaires ont également été prises.
Au Parlement européen, où le niveau de sécurité a été renforcé, M. Schulz s'est dit « horrifié » par « ces attentats lâches et odieux ». Ces actes « prennent leurs racines dans la barbarie et la haine et aucune cause ne pourra jamais les justifier », a-t-il réagi. Plusieurs groupes politiques du PE ont également fait part de leur solidarité envers les victimes. Ainsi le président du groupe PPE, l'Allemand Manfred Weber, a assuré que tout sera fait « pour protéger les valeurs fondamentales de notre société ».
Le Secrétariat général de l'Union pour la Méditerranée (UPM) a également condamné « vigoureusement les actes terroristes barbares perpétrés à Bruxelles ».
Appels à adopter le PNR européen au plus vite
À côté de ces condamnations, certains responsables ont aussi appelé à renforcer la lutte contre le terrorisme au niveau européen, à l'image du ministre français de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, qui a exhorté le Parlement européen à valider « en urgence » le 'PNR européen' visant à collecter les données personnelles des passagers aériens afin de tracer les déplacements des djihadistes européens revenant dans l'UE. Adopté par les ministres de l'Intérieur en décembre 2015, à la suite des attentats parisiens du 13 novembre, et par la commission 'Libertés civiles' du PE (EUROPE 11450), ce dossier n'a pas encore été entériné définitivement en session plénière. Plusieurs groupes politiques du PE attendent en effet que soit voté en même temps le paquet sur la réforme de la protection des données personnelles.
M. Cazeneuve a également exhorté les États membres à entamer le contrôle systématique de tous les voyageurs dans les aéroports européens, alors que les ministres de l'Intérieur viennent juste d'adopter la réforme amendant le Code Frontières Schengen qui permet ces contrôles systématiques aux frontières extérieures sur toutes les personnes, y compris les ressortissants européens (EUROPE 11499).
« Il faut renforcer encore la coordination et la lutte contre terrorisme » à l'échelle européenne et internationale, a dit le ministre, rappelant aussi qu'une task force européenne a été créée pour lutter contre le trafic de faux documents.
Les Européens ont tenté de renforcer leurs outils contre le terrorisme au cours des trois dernières années, notamment après la tuerie perpétrée au Musée juif de Bruxelles le 24 mai 2014 par le Français Mehdi Nemmouche. Les travaux se sont accélérés après les attentats de janvier 2015 à Paris contre l'hebdomadaire Charlie Hebdo et le supermarché Hypercasher, puis l'attentat de Copenhague, en février de la même année. Un attentat avorté avait ensuite été déjoué dans le Thalys à l'été 2015, entraînant des décisions sur le renforcement de certaines mesures de sécurité dans les trains. Les ministres avaient alors convenu d'insérer de manière systématique dans le système d'informations SIS le nom des personnes suspectées d'être djihadistes, une lacune qui avait déjà été détectée au moment des attentats précédents. Puis sont intervenues, en novembre 2015, les attaques de Paris et Saint-Denis, notamment au Bataclan, qui ont fait 130 victimes.
Les ministres de l'Intérieur européens ont travaillé, outre sur la collecte des données des passagers aériens dans le cadre du 'PNR européen', sur le renforcement de l'échange d'informations entre eux quant au déplacement des combattants étrangers dans les zones tenues par Daech. Ils ont aussi agi en vue d'améliorer l'échange de données avec Europol. Une unité renforcée contre le terrorisme a d'ailleurs vu le jour en janvier 2016 au sein d'Europol pour tenter de mutualiser les ressources des États membres et de rassembler les informations. Les services de renseignement nationaux ont eux été incités à s'échanger davantage d'informations sur une base volontaire.
L'UE a aussi entamé un dialogue avec les géants du web, notamment les réseaux sociaux, pour les inciter à traquer davantage la radicalisation ou l'incitation au terrorisme. Elle s'est aussi récemment dotée d'une nouvelle directive qui criminalise partout dans l'UE l'aide à la préparation au départ dans les zones d'entraînement, le PE devant encore valider sa position (EUROPE 11510).
Enfin, la Commission européenne a également adopté, début février, un plan d'action sur la lutte contre le financement du terrorisme (EUROPE 11481). (Solenn Paulic)