Bruxelles, 16/03/2016 (Agence Europe) - La commission des Libertés civiles du Parlement européen prône la mise sur pied d'un système centralisé au niveau européen qui permette de rassembler, traiter et répartir les demandes d'asile, dans un projet de résolution adopté mercredi 16 mars visant à affronter toutes les composantes du défi migratoire auquel l'Union européenne est actuellement confrontée (EUROPE 11471).
Ce système centralisé pourrait inclure un quota de réfugiés pour chaque pays de l'UE et il fonctionnerait sur la base de points d'accès tels que les centres 'hotspots' d'enregistrement et de traitement des demandes d'asile des personnes entrées en Europe via l'Italie et la Grèce, selon un communiqué du PE. L'objectif est de faire évoluer les règles afin que les États membres soient en mesure de faire face aux pressions migratoires auxquelles ils sont confrontés aux frontières externes de l'UE.
« La situation est extrêmement grave. En 2015, 3 771 personnes se sont noyées dans nos mers. Cette année, plus de 450 autres, dont 77 enfants, y ont déjà perdu la vie. (…) Nous avons le devoir que ces victimes ne soient pas seulement des statistiques anonymes », a déclaré Roberta Metsola (PPE, maltaise), co-auteur du rapport avec Kashetu Kyenge (S&D, italienne). Selon cette dernière, la commission parlementaire préconise, tout d'abord, des « opérations permanentes » de sauvetage en mer afin d'éviter les tragédies en mer et, ensuite, le remplacement des règles de Dublin par un « système européen centralisé » grâce auquel les réfugiés seraient répartis au sein de l'UE sur la base de « critères justes et objectifs ».
Le projet de résolution ne se prononce pas sur l'accord que l'UE et la Turquie tenteront de finaliser, jeudi 17 et vendredi 18 mars, et qui vise à tarir définitivement les arrivées de migrants irréguliers depuis la Turquie vers les îles grecques (voir autre nouvelle).
Les députés invitent néanmoins les États membres à respecter leurs engagements en matière de relocalisation dans l'UE de réfugiés déjà présents en Italie et en Grèce. En matière de réinstallation de réfugiés depuis les pays tiers vers l'UE, ils sont d'avis que l'Europe a besoin d'un dispositif législatif « contraignant et obligatoire », le nombre de réfugiés réinstallés devant être « significatif » par rapport au nombre total de demandeurs d'asile dans l'Union. Par ailleurs, les députés préconisent des accords à l'échelle européenne de réadmission des migrants ne pouvant prétendre à une protection internationale. Selon eux, le retour de migrants devrait uniquement être effectué si le pays tiers de réadmission est « sûr », une question au coeur de l'accord en cours de négociation avec la Turquie. « En 2014, seuls 36% des personnes auxquelles l'ordre a été intimé de quitter l'UE ont en réalité été expulsés », a souligné Mme Metsola. Enfin, le groupe S&D a souligné la requête faite à la Commission d'étudier la faisabilité de créer « un visa humanitaire européen » que délivreraient directement des ambassades et des consulats d'États membres situés dans les pays tiers. Ce visa en poche, un réfugié serait en mesure d'entrer dans le pays concerné dans le seul but de faire une demande d'asile en bonne et due forme.
« Ce rapport et la façon dont il a été négocié montrent la division franche qui parcourt l'Europe sur la façon de résoudre cette crise. Sur l'échiquier politique, la droite - y compris le groupe CRE - veut parler d'abord de contrôles aux frontières, tandis que la gauche veut qu'on se penche sur la création immédiate de nouvelles routes légales d'immigration. Ce rapport représente le plus petit dénominateur commun (…) qui reprend quelques idées des deux camps, mais il ne contient rien d'exhaustif ni de plausible pour résoudre la crise », a critiqué Helga Stevens (CRE, belge), refusant de soutenir le projet de résolution.
La résolution sera soumise aux voix de la session plénière du PE, mercredi 13 avril. (Mathieu Bion)