Bruxelles, 16/03/2016 (Agence Europe) - Les chefs d'État ou de gouvernement européens vont devoir trouver, jeudi 17 et vendredi 18 mars, un juste équilibre entre les demandes turques, actées le 7 mars, d'une relance des négociations d'adhésion avec l'UE, et la position ferme de Chypre de ne pas accepter l'ouverture de chapitres d'adhésion si Ankara ne respecte pas ses obligations (EUROPE 11512).
« C'est une question difficile », a reconnu un diplomate européen mercredi 16 mars. « La seule façon pour avancer est d'essayer et de trouver une solution acceptable pour Chypre et pour la Turquie », a-t-il ajouté. Et la tâche s'avère ardue. Ankara souhaite l'ouverture de cinq chapitres de négociations, respectivement sur: l'énergie (15), les droits fondamentaux et l'appareil judiciaire (23), la sécurité, liberté et justice (24), l'éducation (26) et la politique étrangère (31). Ces chapitres, sur lesquels la Commission vise à finaliser tous les documents préparatoires au printemps en vue de les soumettre au Conseil, sans préjudice des positions des États membres et du cadre de négociation, sont tous bloqués par Nicosie. « Personne ne pense imposer à Chypre l'ouverture de chapitres », a expliqué une source européenne. L'ouverture d'un chapitre nécessite que les critères nécessaires soient remplis et qu'il y ait une unanimité des États membres.
« Si les Turcs continuent d'insister sur l'ouverture des cinq chapitres vendredi, nous aurons un problème », a prévenu une source européenne. Et les Turcs ne semblent pas prêts à renoncer à ces chapitres. « Quand une étape a été franchie vers une solution, quand un accord a été conclu sur un paquet, toute la structure ne doit pas être autorisée à être ruinée seulement à cause du ... caprice d'un pays membre de l'UE », a expliqué le ministre turc des affaires européennes, Volkan Bozkir, à la télévision turque NTV.
La période dans laquelle se déroulent les discussions avec la Turquie n'est pas la plus favorable. Les dirigeants chypriotes grecs et turcs sont actuellement en négociation pour une réunification de l'île. Et certains Européens, dont le président chypriote, Nicos Anastasiades, craignent qu'un geste envers Ankara puisse faire dérailler le processus. « Les négociations sont prometteuses et l'irruption de la problématique de l'ouverture des chapitres dans des négociations difficiles pourrait compromettre la conclusion des négociations », a expliqué une source européenne. « Nous pouvons faire de la revigoration de la relation UE/Turquie, dont la relance du processus d'adhésion, un outil pour soutenir la résolution du problème chypriote et non pas pour la faire dérailler», a expliqué le diplomate européen, ajoutant que l'idée d'ouvrir des chapitres d'adhésion pourrait être utilisée comme un outil pour soutenir le processus chypriote.
Dans sa lettre d'invitation aux dirigeants européens, le président du Conseil européen a précisé que « concernant le processus d'adhésion », il fallait trouver une façon d'utiliser le processus de redynamisation des relations UE-Turquie « de sorte à que ce processus devienne aussi l'occasion de soutenir les pourparlers » de règlement de la question chypriote. « Seulement si cela est possible, nous pourrons avancer » sur le processus d'adhésion, a-t-il prévenu.
Par ailleurs, les députés de la commission des affaires étrangères du Parlement européen ont souligné, mardi 15 mars, qu'il ne fallait pas lier les questions d'adhésion avec celles de la gestion de la crise migratoire, en adoptant le rapport sur les progrès de la Turquie de la Néerlandaise Kati Piri (S&D). « La coopération UE-Turquie en matière de migration ne devrait pas être liée au calendrier, au contenu et aux conditions du processus de négociation », ont-ils mis en garde.
Sur le dossier de la libéralisation des visas pour les ressortissants turcs, les Européens devraient rappeler aux autorités turques que, s'ils sont prêts à accélérer l'octroi de ce régime, ils attendent qu'Ankara remplisse strictement les 72 critères qui lui ont été demandés. La Turquie en a rempli 10 à ce stade et une vingtaine de critères est en cours de réalisation. Ankara s'étant engagée à faire des réformes en ce sens, une source européenne a jugé « réaliste » l'objectif d'octroyer ce régime à la Turquie pour la fin du mois de juin. (Camille-Cerise Gessant, Solenn Paulic et Sophie Petitjean)