Bruxelles, 26/02/2016 (Agence Europe) - Le gouvernement marocain a officiellement « réitéré son rejet total de l'arrêt du Tribunal de l'Union européenne du 10 décembre 2015 » (EUROPE 11450) et « décidé de suspendre tout contact avec les institutions européennes, à l'exception des échanges attendus sur ce dossier ». L'ambassadeur de l'UE à Rabat, Joy Rupert, a été aussitôt convoqué et a reçu notification de cette décision.
Le ministre de la Communication a lu, jeudi 25 février, à l'issue d'une session du Conseil du gouvernement, une longue déclaration qui serait en fait plus un plaidoyer qu'une annonce de rupture. Ébranlé par l'arrêt du Tribunal, qui touche un pilier de sa politique générale, interne et externe, sur le Sahara occidental, dont la souveraineté lui est contestée, il « dénonce le caractère hautement politique de cette décision, ses arguments infondés, sa logique biaisée et ses conclusions contraires au droit international et en désaccord avec les résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU ».
« Tout en prenant note de la réaction rapide et unanime du Conseil de l'UE contre cet arrêt, le gouvernement exprime sa profonde déception à l'égard de la gestion opaque que certains services de l'UE ont faite de cette question ». Il rappelle le rôle qu'il joue et, ainsi, il « ne saurait accepter d'être traité en simple objet d'une procédure judiciaire, ni réduit à être ballotté entre les différents services et institutions de l'UE. La poursuite d'une telle attitude risque de compromettre durablement la confiance mutuelle et la pérennité du Partenariat. Le Royaume est en droit d'exiger de l'UE une interaction loyale et responsable, dans les prochaines phases de la procédure ». Donc, « en attendant de recevoir les explications et les assurances nécessaires de la partie européenne, le gouvernement a décidé de geler tout contact, y compris avec la délégation européenne sur place ».
Le Service européen pour l'action extérieure a réagi, vendredi midi, assurant que « l'UE restera en relation avec les autorités marocaines dans les prochains jours », ajoutant: « nous sommes prêts à fournir les clarifications et assurances complémentaires pour répondre aux préoccupations du Maroc, afin que les contacts et la coopération puissent être pleinement rétablis dès que possible ». Rappel est fait que le Conseil « a réagi rapidement à la décision du Tribunal de l'UE du 10 décembre 2015 concernant l'application de l'accord agricole avec le Maroc (EUROPE 11453), en décidant unanimement de faire appel de cette décision ». La réaction européenne tend aussi à rassurer les Marocains: « L'UE et le Maroc ont développé, depuis de longues années, un partenariat durable (...) Notre conviction est qu'un véritable partenariat implique l'écoute, le partage, la solidarité et le respect mutuels entre partenaires. De nombreux contacts ont été effectués à tous les niveaux entre l'UE et le Maroc sur cette question depuis le mois de décembre et le Maroc a été tenu pleinement informé tout au long du processus, dans le cadre des contraintes juridiques qui s'appliquent ». En conclusion, le service d'action extérieure déclare: « Nous évaluerons aussi rapidement que possible les implications de la situation actuelle pour nos programmes de coopération existants ». L'affaire pourrait se compliquer davantage car le Tribunal reste saisi d'une plainte similaire, sur l'accord de pêche cette fois. Le dossier, aussi difficile, de l'accès des fruits et légumes marocains, en particulier les tomates, reste également marqué du sceau de la haute sensibilité. (Fathi B'Chir)