Bruxelles, 26/02/2016 (Agence Europe) - Le commissaire européen à l'Agriculture, Phil Hogan, a déclaré, jeudi 25 février à Paris, que la Commission était « déterminée à trouver des solutions qui reflètent la difficulté de la situation » sur les marchés agricoles.
M. Hogan est l'une des 'bêtes noires' des agriculteurs français en colère. Le commissaire a tenté de rassurer le monde paysan lors de sa visite jeudi à Paris, où il a brièvement rencontré le Premier ministre, Manuel Valls, et le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll.
« Nous sommes conscients des graves difficultés que rencontrent les producteurs français et européens dans un certain nombre de secteurs et nous sommes convenus de la nécessité d'adopter toutes les mesures appropriées pour remédier à la situation actuelle, qui se caractérise par un déséquilibre accru entre l'offre et la demande et la durée de ce déséquilibre », peut-on lire dans une déclaration de M. Hogan, après sa réunion avec MM. Valls et Le Foll.
En préparation du Conseil Agriculture du 14 mars, « nous avons examiné plusieurs propositions faites par la France, que la Commission européenne est en train d'évaluer ». La réponse de la Commission sera donnée lors du Conseil du 14 mars.
Le gouvernement français et la Commission européenne ont une volonté commune de faire en sorte que les agriculteurs européens bénéficient d'un soutien « le plus large possible », souligne M. Hogan, même si la marge de manoeuvre budgétaire de la Commission est limitée, et que pas mal des mesures suggérées par la France font débat au Conseil.
Des annonces fortes souhaitées
« La Commission doit prendre pleinement toutes ses responsabilités. Elle doit jouer de son pouvoir d'initiative et faire maintenant des annonces fortes, prendre des décisions, ne pas perdre de temps. Elle doit pouvoir le faire lors du prochain Conseil, le 14 mars », a déclaré Manuel Valls, après sa rencontre avec Phil Hogan. Le Premier ministre a évoqué le besoin de lancer les outils de gestion de crise. La France a répété ses propositions au commissaire, en particulier la limitation de l'offre en lait et la réouverture des débouchés.
Stéphane Le Foll a précisé que la Commission « doit proposer des solutions face à la crise lors du Conseil de mars. Les termes du débat sont un excédent d'offre. Il faut donc donner un signal au marché pour dire stop, on ne peut pas continuer à augmenter la production européenne ».
Selon le ministre français, la Commission a « remis à l'ordre du jour les articles 219, 221 et 222 » de l'organisation commune des marchés (OCM), qui sont des clauses de dérogation au droit européen de la concurrence en cas d'urgence, a précisé le ministre de l'Agriculture. Également au menu, selon M. Le Foll, une extension des aides au stockage privé pour le porc et un travail diplomatique pour la levée de l'embargo sanitaire russe sur le porc. Par ailleurs, Phil Hogan se serait déclaré favorable à un étiquetage de l'origine des viandes, selon M. Le Foll.
Or, dans son communiqué, M. Hogan ne s'engage pas sur les mesures de gestion de crise ou de régulation des marchés. Et pour cause, il sait très bien que leur utilité est contestée au sein de la Commission et du Conseil. Il convient aussi de préciser que seulement 25% du paquet d'aide de 420 millions annoncé en septembre, ciblé sur les secteurs du lait et du porc et réparti entre les Vingt-huit (dont 69,2 millions € pour l'Allemagne et 62,9 millions € pour la France), ont été versés par les autorités nationales à ce jour, du fait de retards. Les États membres ont jusqu'à fin juin pour verser ces soutiens et jusqu'au 30 septembre pour notifier à la Commission le total des montants payés ainsi que le nombre et le type de bénéficiaires.
Accords commerciaux. M. Hogan et les autorités françaises ont évoqué les négociations sur les accords commerciaux bilatéraux, tels que le TTIP (Partenariat transatlantique de commerce et d'investissement) et celui avec les pays du Mercosur. « Ils revêtent une importance capitale pour l'agriculture européenne et doivent rester ambitieux et équilibrés pour les deux parties », déclare M. Hogan. Ils ont aussi convenu que tout résultat final concernant le TTIP devra « tenir compte de nos intérêts offensifs clés, tels qu'une meilleure protection des indications géographiques et une réduction des barrières non tarifaires ». Ils sont d'accord sur le fait que, bien que les sensibilités des deux parties doivent être respectées, « l'Union européenne veillera à ce que les secteurs sensibles pour l'agriculture européenne soient protégés ».
Viande porcine. L'embargo sanitaire russe sur la viande porcine est toujours en vigueur et pose problème. « Nous avons réaffirmé notre volonté de discuter avec la Russie d'une reprise rapide des exportations européennes », souligne le commissaire à l'Agriculture. Il a en outre réitéré l'engagement de la Commission à trouver « de manière urgente » une solution à la longue liste des interdictions en matière de mesures sanitaires et phytosanitaires dans les pays tiers.
Le 53ème sommet salon de l'agriculture s'ouvre samedi 27 février à Paris, jusqu'au 6 mars, sur fond de fortes tensions entre le gouvernement et des agriculteurs. M. Hogan rencontrera encore M. Le Foll durant cet événement. (Lionel Changeur)