Bruxelles, 26/02/2016 (Agence Europe) - La Commission européenne a publié, vendredi 26 février, son analyse annuelle des déséquilibres macro-économiques observés dans dix-huit États membres.
« Si l'analyse de la Commission montre que des réformes sont mises en oeuvre dans un certain nombre de domaines, les efforts consentis ne sont toutefois pas uniformes. Plusieurs pays doivent se montrer plus déterminés dans leur lutte contre les vulnérabilités persistantes, notamment le niveau élevé de dette publique et privée », a déclaré le commissaire chargé de l'Euro, Valdis Dombrovskis, dans un communiqué.
Sur la base de ces rapports, l'institution européenne va initier un dialogue avec les États concernés. Elle décidera, en mars, dans quelle catégorie de la procédure pour déséquilibres macro-économiques elle les placera. Pour la première fois, des procédures d'infractions pourraient être formellement lancées, étape qu'elle n'a pas encore franchie depuis la dernière réforme du Pacte de stabilité et de croissance.
Dans son rapport sur le mécanisme d'alerte sur les déséquilibres macro-économiques présenté fin novembre, la Commission avait inclus l'Autriche et l'Estonie dans le groupe des pays faisant déjà l'objet d'une surveillance (EUROPE 11439). Selon elle, les déséquilibres observés en Bulgarie, en France, en Croatie, en Italie et au Portugal requièrent des actions décisives et un suivi spécifique, tandis que ceux observés en Belgique, Allemagne, Espagne, Finlande, Hongrie, Irlande, Pays-Bas, Roumanie, Slovénie, Suède et au Royaume-Uni requièrent une action différenciée.
Pour la France, la Commission constate que, malgré l'amélioration récente des performances à l'exportation, la croissance potentielle du PIB français a reculé depuis le début de la crise, en dépit d'un fort dynamisme démographique. Selon elle, la récente modération salariale, dans un contexte de faible inflation et de chômage élevé, demeure insuffisante pour permettre au pays de renouer avec la compétitivité. En outre, une dette publique élevée et en augmentation, conjuguée à un fléchissement de la compétitivité et de la croissance de la productivité, pourrait constituer une source de risques non négligeables pour l'avenir. Et la Commission de recommander « des efforts d'assainissement importants (…) dans les prochaines années pour réduire le déficit et le niveau élevé de la dette publique ».
L'Italie, où le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, était en mission vendredi (voir autre nouvelle), a réformé son marché du travail, l'éducation et le système bancaire. Pour la Commission, « une croissance plus forte de la compétitivité constitue l'élément clé » du redémarrage de l'économie italienne. L'institution européenne note d'ailleurs que le niveau élevé de dette publique italienne (pic à 133% du PIB national en 2015), combiné à une compétitivité et à une croissance de la productivité détériorées, « demeure une source de vulnérabilité ».
Vendredi à Rome, le Premier ministre italien, Matteo Renzi, a assuré que la réduction de la dette était une priorité pour son gouvernement en place depuis deux ans. Il a aussi plaidé pour la responsabilité budgétaire tout en requérant le recours aux flexibilités qu'offre le Pacte de stabilité (EUROPE 11488).
Le Portugal, dont le budget 2016 risque de ne pas être conforme aux règles budgétaires européennes (EUROPE 11488), continue de faire face à une série de vulnérabilités, selon la Commission: un niveau élevé d'endettement public et privé, un niveau généralement faible de la main-d'oeuvre, un environnement réglementaire rigide et une administration faiblement performante. Une des clés de la reprise au Portugal passe par la relance de l'investissement qui a, depuis 2009, baissé dans le pays plus que la moyenne européenne.
La Commission s'intéresse aussi aux excédents de la balance de comptes courants observés dans plusieurs États membres, surtout l'Allemagne. Étant donné la position centrale de la première économie de l'Eurozone, l'excédent de la balance commerciale allemande (il demeurerait supérieur à +8% en 2016-2017) a un impact sur la performance économique de la zone euro dans son ensemble. La Commission préconise une hausse des salaires qui stimulerait la consommation intérieure (l'introduction d'un salaire minimum a eu un effet sur les bas salaires) ainsi qu'un effort en matière d'investissements publics. Quant à l'afflux massif de réfugiés, elle est d'avis que les fondamentaux économiques de l'Allemagne, parmi lesquels un marché du travail robuste et des finances publiques saines, constitue une base solide sur laquelle s'appuyer pour y faire face.
Les rapports sont censés orienter la réflexion des États membres dans la préparation de leurs programmes nationaux de stabilité et de réforme qu'ils transmettront en avril à la Commission. Après quoi, celle-ci présentera ses recommandations spécifiques par pays dans le cadre du processus budgétaire du 'Semestre européen'. (Mathieu Bion)