Bruxelles, 17/02/2016 (Agence Europe) - Les crash-tests entre les voitures et les piétons menés en laboratoire ne seraient pas adaptés à la réalité, a déclaré Richard Cuerden, spécialiste de la sécurité routière auprès de Engineering & technology, lors d'une audience publique sur la sécurité routière organisée par la commission des transports du Parlement européen, mardi 16 février.
La question est venue d'Olga Sehnalova (S&D, tchèque) qui s'est demandé, à l'image des tests en laboratoire des émissions polluantes en lien avec le scandale Volkswagen, si les crash-tests menés en laboratoire étaient également peu représentatifs de la réalité. La réponse du chercheur a été on ne peut plus claire: les crash-tests sont menés à une vitesse de 40 km/h et n'illustrent pas, par conséquent, la diversité des accidents avec des piétons et cyclistes. M. Cuerden a d'ailleurs reconnu le manque de données en condition réelle. Sa première recommandation a porté d'ailleurs sur l'amélioration de la collecte de données en Europe. Il a proposé, en ce sens, la création d'une banque de données européennes, voire internationales.
Parmi les autres recommandations faites, le chercheur, auteur d'une étude sur l'impact sur la sécurité routière des volumes et des poids de véhicules routiers, a proposé d'étendre les systèmes de freinage d'urgence, les mécanismes de contrôle de la vitesse, ainsi que les systèmes de caméra à l'arrière des véhicules qui s'activeraient lors des marches arrière. Il propose aussi une révision du règlement 78/2009 sur la réception des véhicules au regard notamment de la protection des piétons, pour se concentrer en particulier sur les parties supérieures des jambes et l'impact des crânes sur les pare-brises. Il avance aussi la mise en place de mécanismes intelligents de ceinture de sécurité, qui se comporteraient différemment en fonction de l'âge de la personne dans l'habitacle et de la violence, ainsi que de l'angle de l'impact. Ici, il soumet l'idée de l'intégration systématique d'airbags latéraux, « comme un rideau de protection ».
Les interrogations du côté des parlementaires ont été nombreuses et ont porté notamment sur la vitesse en zone urbaine, sur l'évolution des comportements des piétons et cyclistes, sur la question du bruit des véhicules toujours plus silencieux (notamment les véhicules électriques), sur l'éclairage des véhicules, ou encore l'émergence des voitures autonomes.
Sur le premier point, les parlementaires soutiennent l'idée de fixer une vitesse par défaut en ville de 30 km/h. Un avis que partage le chercheur. Pour la question des comportements, il a reconnu qu'il était nécessaire de mieux former les citoyens pour qu'ils soient plus vigilants aux piétons ou cyclistes. La question du relatif silence des véhicules électriques ne constituerait pas un problème, selon le chercheur, étant donné que le bruit de frottement des pneus sur les revêtements routiers serait plus fort que celui émis par la motorisation à une vitesse supérieure ou égale à 40km/h.
Enfin, M. Cuerden s'est longuement attardé sur la question des voitures autonomes. À ses yeux, il est nécessaire d'intégrer l'émergence de ce nouveau type de véhicules « qui va arriver sur nos marchés bien plus vite qu'on ne le croit » dans la réglementation européenne. Ces véhicules représentent, pour le scientifique, une aubaine pour réduire le nombre de blessés et de décès, dont la réduction actuellement stagne (EUROPE 11281), étant donné que la très grande majorité des accidents sont dus à des erreurs humaines. Il avertit pour autant son audience en rappelant que cette nouvelle génération de voitures ne constitue pas « une solution miracle » pour réduire le nombre de décès sur les routes. (Pascal Hansens)