Bruxelles, 03/02/2016 (Agence Europe) - Le retour des contrôles aux frontières aurait un coût économique supérieur à 100 milliards d'euros pour tous les pays participant à l'espace Schengen, selon une analyse qu'a publiée mercredi 3 février France Stratégie, un think thank directement rattaché au cabinet du Premier ministre français.
L'étude analyse les coûts de la fin de l'Espace Schengen de libre circulation à travers deux scénarios. Le premier prévoit un contrôle réduit des passages aux frontières pour les voitures particulières et un contrôle perlé des camions entraînant des ralentissements modérés aux frontières. Le second décrit un contrôle renforcé des passages en voitures particulières et un contrôle systématique des camions induisant un doublement des temps de passage par rapport au 1er scénario.
Selon les auteurs de l'étude, le coût à court terme pour l'économie française se situerait dans une fourchette entre 1 et 2 milliards d'euros, hors coûts budgétaires additionnels liés au rétablissement des contrôles douaniers. La moitié des coûts proviendrait d'une baisse de la fréquentation touristique, 38% d'un impact négatif sur les déplacements des travailleurs frontaliers et 12% des coûts additionnels du fret.
À plus long terme, des contrôles permanents et étendus aux frontières réduiraient de 10% à 20% les échanges commerciaux entre les pays de l'Espace Schengen. Cela reviendrait à introduire une taxe de 3% sur le commerce entre pays de la zone et se traduirait par une perte d'au moins 0,5% du PIB pour la France, soit 10 milliards d'euros, indique France Stratégie. Pour les pays de l'espace Schengen, l'impact serait plutôt de l'ordre de 0,8% du PIB de la zone, soit plus de 100 milliards d'euros. D'autres effets à long terme difficiles à évaluer sont à envisager, tels qu'une perte de mobilité pour les travailleurs, une réduction des investissements directs et des flux financiers.
« Bien que les estimations varient, le coût de la suppression de l'Espace Schengen sera très, très élevé », a commenté Margaritis Schinas, porte-parole de la Commission européenne. « Les contrôles aux frontières tels qu'ils fonctionnent vont nous coûter trois milliards d'euros si on continue comme ça », avait estimé le président de l'institution européenne, Jean-Claude Juncker, lors de ses voeux 2016 à la presse (EUROPE 11469). (Mathieu Bion)