Bruxelles, 29/01/2016 (Agence Europe) - Le groupe libéral du Parlement européen a dévoilé, vendredi 29 janvier, un plan d'action communautaire destiné à affronter la crise des réfugiés qui, selon Guy Verhofstadt (ADLE, belge), « est en train d'échapper à notre contrôle ».
À situation exceptionnelle, mesure exceptionnelle. Les libéraux suggèrent que le Conseil européen des 18 et 19 février active un article du traité sur le fonctionnement de l'UE (78.3) qui autorise le Conseil de l'UE à prendre des mesures temporaires destinées à épauler un ou plusieurs États membres confronté(s) à une situation d'urgence caractérisée par un afflux soudain de migrants issus de pays tiers. Sur cette base, l'UE mettrait sur pied immédiatement une force de réaction rapide à l'urgence migratoire ('European rapid refugee emergency force' ou ERREF) dotée de « 2 000 fonctionnaires nationaux et européens » et chargée de prendre en charge, « en coopération avec les autorités grecques », la frontière gréco-turque, a indiqué M. Verhofstadt. Pour ce faire, « aucune réglementation » n'est nécessaire, a-t-il assuré. Cette force, qui agirait sous l'autorité de la Commission européenne, serait compétente en matière de réception des demandeurs d'asile, de leur enregistrement (prise d'empreintes) et d'octroi du droit d'asile.
Dans un deuxième temps, la force ERREF serait intégrée au futur corps européen de garde-côtes et de garde-frontières dont la création a été proposée en décembre dernier par la Commission européenne (EUROPE 11454). Cette proposition doit être adoptée au plus vite et « les États membres qui s'opposent à la création du corps européen doivent quitter l'Espace Schengen », souligne le manifeste des libéraux. Ceux-ci estiment qu'une enveloppe de 600 millions d'euros est nécessaire pour que ce corps européen puisse fonctionner convenablement, une somme qui correspond, certes, « au quintuple du budget actuel de l'agence Frontex » mais qui est très faible, comparé aux moyens mis en oeuvre aux États-Unis pour protéger leurs frontières, a souligné l'ancien Premier ministre belge.
Sur les 3 milliards d'euros qui serviront à financer le plan d'action UE/Turquie destiné à endiguer le flux de migrants vers l'UE (EUROPE 11441), un milliard devrait aller directement à l'agence UNHCR des Nations unies pour améliorer les conditions de vie dans les camps de réfugiés et deux milliards devraient être distribués directement aux réfugiés de ces camps pour leur permettre de subvenir à leurs besoins de base. Rappelant que les Nations unies avaient réduit de 27 à 7 dollars mensuels l'argent distribué aux réfugiés, M. Verhofstadt a estimé que l'enveloppe de 2 milliards d'euros permettrait de distribuer mensuellement 80 euros à chaque réfugié, afin que les personnes concernées n'entreprennent pas le périlleux voyage vers l'UE.
Alors que la Grèce et l'Italie peinent à mettre sur pied les centres d'enregistrement de migrants ('hotspots'), le groupe ADLE est d'avis que ces 'hotspots' doivent être transformés en véritables centres de réception fonctionnant comme des 'zones de transit' où les migrants seraient accueillis, enregistrés, contrôlés, soignés, et où la distinction serait opérée entre réfugiés pouvant prétendre au droit d'asile dans l'UE et migrants économiques ne pouvant rester dans l'UE.
Par ailleurs, les libéraux plaident pour une nouvelle procédure unique de demande d'asile en Europe. Selon leur manifeste, « les critères liés au pays de première entrée serait supprimé au profit d'un mécanisme de distribution équitable et obligatoire entre les États membres » sur la base de critères « objectifs » tels que la population et la richesse. (Mathieu Bion)