Bruxelles, 29/01/2016 (Agence Europe) - Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les droits de l'homme a informé l'Union européenne des allégations d'exploitation et d'abus sexuels perpétrés sur des mineures et commis par des membres de l'opération militaire de l'UE en République centrafricaine (EUFOR RCA), qui avait été déployée sur place du mois de juin 2014 à la mi-mars 2015.
L'Union européenne prend très au sérieux ces allégations, a réagi, vendredi 29 janvier, la porte-parole de la Haute Représentante de l'UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Federica Mogherini. Dans un communiqué, le service européen pour l'action extérieure (SEAE) a indiqué qu'il avait été informé de ces allégations le 19 janvier par le Bureau du Haut-Commissariat.
Les faits reprochés aux membres de cette opération de l'UE, dont les contingents provenaient de 12 États membres de l'UE, de la Serbie et de la Géorgie, se seraient déroulés dans les environs ou à l'intérieur du camp de déplacés de M'Poko, situé près de l'aéroport de Bangui, au cours de l'année 2014. Rappelons que dans ce même camp, des abus sexuels auraient été commis par 14 militaires de l'opération française Sangaris en République centrafricaine, d'après des informations révélées en mai 2015. À l'époque, des soupçons pesaient déjà aussi sur des soldats géorgiens de l'opération de l'UE.
Le Haut-Commissariat a annoncé, vendredi 29 janvier, qu'« une équipe conjointe des Nations unies en République centrafricaine a récemment interrogé plusieurs filles qui ont déclaré avoir été exploitées ou abusées sexuellement par des soldats étrangers (et) quatre de ces filles, âgées de 14 à 16 ans au moment des faits, ont indiqué que leurs agresseurs appartenaient à des contingents opérant au sein de la force de l'UE (EUFOR RCA) ».
Deux de ces filles ont déclaré avoir été violées par des soldats d'EUFOR et deux autres ont expliqué avoir été payées pour avoir des rapports sexuels avec d'autres soldats de l'opération. « Bien que la nationalité de certains des soldats ne soit pas clairement établie, trois de ces filles ont déclaré qu'elles pensaient que leurs agresseurs faisaient partie du contingent géorgien », ajoute le communiqué.
Une ONG avait également informé l'UE d'une allégation d'abus sexuel. Toutefois, selon une source européenne, il n'est pas encore certain que ce cas fasse partie de ceux révélés par le Haut-Commissariat. Selon cette même source, moins de 10 membres d'EUFOR seraient concernés par les allégations révélées aujourd'hui.
La porte-parole de Mme Mogherini a aussi déclaré que le SEAE avait immédiatement proposé son aide au Haut Commissaire et son équipe, ainsi qu'aux États potentiellement concernés, pour coopérer sur le suivi de ces actes présumés. « Selon les règles des missions et opérations de l'UE, la responsabilité de toute enquête, action disciplinaire ou action pénale reste dans les mains des États contribuant » aux missions et opérations, a rappelé la porte-parole. Une source européenne a précisé que les États concernés enquêtaient sur ces allégations. Néanmoins, l'UE a envoyé un expert pour examiner les modalités de coopération dans ces procédures avec le Bureau du Haut Commissariat.
L'UE a rappelé qu'elle avait une politique de « tolérance zéro » concernant les mauvaises conduites sexuelles ou des activités criminelles. Tous les documents et instructions des missions et opérations de l'UE comprennent des règles strictes qui visent à prévenir de tels comportements, a précisé la porte-parole. Ces documents ont aussi pour objectif d'assurer que les autorités judiciaires nationales compétentes puissent correctement enquêter sur de tels incidents, a-t-elle ajouté. (Camille-Cerise Gessant)