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Bulletin Quotidien Europe N° 11427
POLITIQUES SECTORIELLES / (ae) jai

Les ministres veulent pouvoir freiner les mouvements des migrants

Bruxelles, 09/11/2015 (Agence Europe) - Réunis à Bruxelles pour une nouvelle rencontre informelle consacrée à la crise migratoire, les ministres de l'Intérieur de l'UE ont tenté, lundi 9 novembre, de donner de la crédibilité aux décisions adoptées en matière de répartition des réfugiés mais ils ont aussi planché sur de nouvelles mesures pour maîtriser les flux inédits de migrants.

Les ministres ont ainsi notamment ouvert la voie à la création de centres de traitement des demandes d'asile de migrants tout au long de la route des Balkans, centres où les migrants seraient identifiés, enregistrés et éventuellement renvoyés vers leur pays d'origine si leur demande de protection n'était pas fondée. L'objectif est ici « de ralentir les flux en cas d'afflux massif », a expliqué Jean Asselborn, le ministre luxembourgeois en charge de l'Asile et de l'Immigration. Pour lui, il est impossible de laisser la Grèce gérer toute seule l'arrivée parfois de jusqu'à 10 000 personnes en une seule journée et « en moyenne 5 000 personnes par jour », comme c'est le cas sur l'île de Lesbos.

Ces centres de traitement des demandes, venant en complément de la création de 100 000 places d'accueil tout au long de la route des Balkans décidée le 25 octobre dernier, pourraient ainsi être mis en oeuvre à la fois dans les pays de l'UE se situant sur cette route tout comme dans les pays des Balkans non membres de l'UE, selon M. Asselborn.

Ces centres auraient le même rôle que les « hotspots » mis en place en Italie et en Grèce en ce qui concerne le volet de l'enregistrement des migrants mais n'auraient pas forcément vocation à donner suite à un système de relocalisation, même si de futures réflexions sur ce point pourraient s'ouvrir. Ce nouveau concept devra toutefois encore être discuté plus en détails par les ministres. « La politique de laisser passer les gens aux frontières, ça doit être terminé », a averti le Luxembourgeois, reconnaissant cependant qu'il n'existe pas « de bouton » sur lequel appuyer pour arrêter les flux. « L'Europe doit rester ouverte mais il y a des règles qui doivent être respectées », a-t-il ajouté.

« On a discuté aussi pour la première fois du manque de coopération des migrants », a ajouté le responsable, par exemple dans la prise d'empreintes digitales et l'enregistrement. Les ministres dans leurs conclusions ont ainsi rappelé que l'acquis européen permettait plusieurs choses pour y faire face, et notamment la rétention en dernier ressort. M. Asselborn a aussi précisé que les migrants ne pouvaient pas eux-mêmes choisir le pays dans lequel ils veulent être relocalisés.

Les pays membres ont aussi décidé d'intensifier leur campagne de communication à l'égard des migrants notamment dans les pays tiers afin de les sensibiliser aux droits auxquels ils peuvent vraiment prétendre dans l'UE et éventuellement les dissuader de venir. Selon les conclusions, des officiers de liaison devraient en tout cas être établis prioritairement d'ici à la fin du mois de janvier 2016 dans des pays tiers comme l'Éthiopie, le Niger, le Pakistan et la Serbie. Les discussions sur les accords de réadmission et la politique de retour devraient aussi s'intensifier avec le Maroc, le Nigéria, le Pakistan, la Tunisie, la Turquie et l'Afghanistan. Ce dernier pays a toutefois été jugé problématique par le ministre allemand, Thomas de Maizière, en termes d'afflux pour son pays.

Sur le plan intérieur, la réunion de lundi devait aussi servir à accélérer la cadence en matière de relocalisations, alors que seulement 147 réfugiés, sur les 160 000 que les pays de l'UE se sont engagés à accueillir au mois de septembre, ont à ce jour été relocalisés depuis la Grèce et l'Italie. Le mouvement d'application des décisions est « trop lent », a jugé Thomas de Maizière en arrivant à Bruxelles. La réunion avait donc aussi comme but de remettre une pression sur l'Italie et la Grèce pour que les dispositifs dits de 'hotspots' soient entièrement opérationnels. Selon les conclusions, les 'hotspots' de ces deux pays devront être opérationnels d'ici à la fin novembre.

Mais les autres États membres ont aussi des engagements à tenir. Les ministres se sont ainsi fixé une série de deadlines à respecter, notamment en ce qui concerne l'aide en personnel que leur ont demandée les agences européennes Frontex et EASO au début du mois d'octobre. Les États membres devront donc dans l'idéal avoir signalé d'ici le 16 novembre prochain le nombre d'experts qu'ils peuvent mettre à disposition des deux agences qui doivent soulager les autorités grecques et italiennes dans la prise en charge des migrants, ainsi qu'avoir désigné des officiers de liaison pour mettre en oeuvre les relocalisations. Enfin, les ministres ont convenu qu'ils discuteraient en décembre de l'état de santé de la zone de libre circulation Schengen alors que plusieurs États membres ont réintroduit depuis mi-septembre des contrôles à leurs frontières intérieures sous le poids de la pression migratoire. Ils ont aussi accepté de poursuivre les travaux sur les propositions législatives en suspens, comme la liste des pays sûrs ou le mécanisme permanent de répartition des réfugiés, même si sur ce point les conclusions n'évoquent pas le terme de « permanent », un principe qui continue de fortement diviser les États membres. (Solenn Paulic)

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