Bruxelles, 05/11/2015 (Agence Europe) - Les grandes compagnies énergétiques et pétrolières ont un accès privilégié aux commissaires européens au Climat et à l'Énergie, selon une nouvelle étude publiée jeudi 5 novembre par l'organisation Corporate Europe Observatory (CEO).
En soulignant combien lesdits commissaires tiennent leur porte et leurs oreilles grandes ouvertes à ces lobbies, l'étude, intitulée « Cooking the Planet: Big Energy's year of privileged access to Europe's Climate Commissioners », dénonce l'emprise d'un secteur qui contribue grandement au changement climatique sur les décisions de la Commission en matière de climat et d'énergie,
L'étude se fonde sur l'analyse des données fournies par la Commission européenne. Elle montre que, pendant la première année de mandat de la Commission Juncker, 80% des réunions avec le commissaire européen à l'Action pour le Climat et à l'Énergie, Miguel Arias Canete, et avec le vice-président de la Commission responsable de l'Union de l'Énergie, Maros Sefcovic, ou avec leur cabinet respectif étaient celles de lobbyistes de l'industrie, au premier rang desquels les grandes compagnies productrices de combustibles fossiles.
Plus précisément, sur 516 réunions qui ont eu lieu entre le 1er novembre 2014 et le 1er octobre 2015, 413 ont été dédiées à l'industrie, 79 aux organisations d'intérêt public (comme les ONG, les syndicats, etc.) et 24 avec d'autres parties. Et 74% des « rendez-vous» prévus pour débattre des politiques du climat et de l'énergie ont été dédiés à l'énergéticien BP et aux pétroliers E-on, Statoil et Shell.
Dans son analyse, CEO fait la différence entre réunions et rendez-vous, ces derniers représentant le nombre de fois où le nom d'une partie est mentionné dans les calendriers des commissaires et/ou de leurs cabinet. Pour cette organisation, la promesse faite par le président Juncker de respecter « un équilibre dans la représentation des acteurs rencontrés par la Commission » n'est manifestement pas tenue.
CEO estime que cet accès privilégié des géants industriels qui ont intérêt à maintenir un modèle fondé sur les combustibles fossiles se reflète dans les politiques « pro-industrie» de la Commission, tant pour ce qui concerne l'Union de l'énergie, que la réforme du système d'échange de quotas d'émission (ETS) et la position de l'UE pour la COP 21. « C'est extrêmement préoccupant. Alors que la science nous dit que nous devons urgemment réduire les émissions de gaz à effet de serre, stimuler les renouvelables et augmenter sensiblement l'efficacité énergique, la Commission s'oriente dans la mauvaise direction », commente Belen Balnya, chercheur chez CEO. (Aminata Niang)