Bruxelles, 05/11/2015 (Agence Europe) - La Commission européenne est d'avis que l'afflux massif de réfugiés dans l'Union européenne, qui pèse sur les finances publiques des États membres concernés, aura un impact économique positif mais faible, de l'ordre de 0,2% à 0,3% du PIB d'ici à 2020.
« On entend parfois dans les discours politiques un argument sous-jacent qui est (…) que l'afflux de réfugiés aurait un impact négatif sur la croissance ou un effet d'éviction sur les marchés du travail. L'analyse que nous avons produite montre que - sous certaines conditions et cela ne se fait pas sans politique publique incitatrice, accompagnatrice et intégratrice - il y aurait plutôt un effet macro-économique favorable, légèrement positif, pas massif, plus important bien sûr dans les pays d'accueil. Cela vient conforter la politique que préconise cette Commission, depuis le début de la crise des réfugiés », a déclaré le commissaire aux Affaires économiques et financières, Pierre Moscovici, en présentant les prévisions économiques d'automne de la Commission, jeudi 5 novembre. Appelant à prendre les chiffres avec précaution, il a situé l'impact de l'afflux de réfugiés dans une fourchette de l'ordre de « 0,2% à 0,3% du PIB » d'ici à 2020.
Selon l'institution européenne, trois millions de personnes supplémentaires arriveront dans l'UE sur la période 2015-2017. Initialement, l'impact de leur accueil et leur insertion pèsera négativement sur les budgets nationaux: - pour les pays de transit, de 0,2% du PIB en 2015 avec stabilisation en 2016: - pour les pays d'accueil, de 0,2% du PIB en 2015 avec une légère augmentation en 2016 pour certains pays. En Suède, pays qui accueille le plus de réfugiés par habitant, l'impact est évalué à 0,5% du PIB.
Prenant l'exemple de l'Allemagne, pays de destination privilégié, la Commission évalue l'apport économique des migrants à 0,4% en 2016 et 0,7% du PIB d'ici à 2020 si les migrants disposent de qualifications équivalentes à celles de la main-d'oeuvre locale, ou à 0,4-0,5% du PIB à moyen terme si les migrants sont moins qualifiés que la population déjà présente sur le territoire allemand.
Faute de décision collégiale, le commissaire a refusé d'indiquer la façon dont la Commission tiendra compte de l'impact du défi migratoire dans son analyse des projets de budget 2016 qui sera présentée avec l'Eurogroupe extraordinaire du lundi 23 novembre. Devant le Parlement européen, le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, avait prôné la souplesse dans l'interprétation au cas par cas des règles budgétaires européennes (EUROPE 11419). L'Autriche, la Belgique, l'Italie et la Finlande ont fait mention de l'impact de l'accueil des réfugiés sur leurs finances publiques dans leurs projets de budget 2016. Au niveau international, la question du défi migratoire vue notamment sous l'angle économique sera abordée lors du dîner des leaders du G20, dimanche 15 novembre à Antalya (EUROPE 11424).
Une reprise modérée. Alors qu'elle prévoyait en mai une croissance moyenne du PIB de 1,5% dans l'Eurozone et 1,8% dans l'UE (EUROPE 11247), la Commission table désormais sur une croissance légèrement supérieure située à 1,6% dans l'UE19 et 1,9% dans l'UE28 en 2015. Pour 2016, la création de richesse devrait atteindre, à politique inchangée, 1,8% du PIB dans l'Eurozone et 2,0% au niveau de l'UE.
Une reprise économique modérée est bien là, portée par des « vents arrières » tels qu'un euro faible, des prix énergétiques faibles, une politique monétaire accommodante, une croissance de l'octroi de crédits et une consommation intérieure qui s'affermit, selon M. Moscovici. Il a noté que le ralentissement de l'économie mondiale, notamment en Chine, constituait un frein aux exportations européennes.
Comme toujours, les disparités demeurent élevées selon les États membres. En 2015, la croissance sera la plus forte en Irlande (+6% du PIB), à Malte et en République tchèque (+4,3%), en Pologne et en Roumanie (+3,5%), en Slovaquie (+3,2%), en Espagne et au Luxembourg (+3,1%). Elle sera modeste soutenue en Allemagne (+1,9%) et modeste en France (+1,1%) et en Italie (+0,9%). Seule la Grèce, qui fait l'objet d'un 3ème plan de sauvetage financier, sera en récession en 2015 (-1,4%) et le demeurera en 2016 (-1,3%).
Sur le plan du déficit public, la Commission se félicite de politiques globalement neutres sur le plan budgétaire. De fait, les déficits continuent de se réduire partout dans l'UE sauf en Grèce (-3,6% du PIB en 2014, -4,6% en 2015), en Lituanie (-0,7% en 2014, -1,1% en 2015) et au Danemark (+1,5% ; -3,3%), même si cette tendance se fait à un rythme inégal. En 2015, huit États membres auront un déficit supérieur ou égal à 3% du PIB: Croatie (-4,9%), Espagne (-4,7%), Grèce (-4,6%), Royaume-Uni (-4,4%), France (-3,8%), Danemark (-3,3%), Finlande (-3,2%), Portugal (-3,0%). En 2016, ce seuil de 3% du PIB sera encore dépassé par « la France » (-3,4%), « l'Espagne » (-3,6%) et « la Grèce » (-3,6%), a indiqué M. Moscovici.
À noter que la Commission a rendu une estimation plus pessimiste du déficit de l'Espagne pour 2015 et 2016 que dans son récent avis sur le projet espagnol de budget 2016 (EUROPE 11408).
Concernant la dette publique, l'amorce de repli se confirme en 2015 par rapport à 2014 avec une baisse du ratio moyen dette/PIB de 94,5% à 94,0% dans la zone euro et de 88,6% à 87,8%. Là encore, les différences nationales sont notables. Dans l'Eurozone, l'endettement continuera d'être le plus élevé en Grèce (194,8% du PIB en 2015 contre 178,6% du PIB en 2014), en Italie (133,0% contre 132,3%), au Portugal (128,2% contre 130,2%), en Belgique (stable à 106,7%), Chypre (106,7% contre 108,2%) et Espagne (100,8% contre 99,3%). Il sera le plus faible en Estonie (10,0%), au Luxembourg (22,3%), en Lettonie (38,3%).
Pays sous programme. En substance, l'analyse de la Commission est que la Grèce s'est tirée une balle dans le pied, alors même qu'elle connaissait des embellies depuis 2014. « L'infructueuse conclusion du programme d'ajustement économique, le référendum appelé en juin dernier, la fermeture des banques qui s'en est suivie et l'introduction de mesures de contrôle du mouvement des capitaux a augmenté l'incertitude et détérioré la perspective de croissance », écrit-elle dans son rapport. M. Moscovici a toutefois souligné la capacité du pays à rebondir au 2ème semestre 2016. « La pré-condition est la poursuite des réformes », a-t-il toutefois prévenu. Dans ses prévisions d'automne, la Commission anticipe qu'en 2017 la croissance en Grèce sera moindre que ce qu'elle prévoyait en mai pour 2016, avec une récession en 2015 (-1,4% du PIB) et en 2016 (-1,3%) avant un rebond en 2017 (+2,7%). En mai, elle prévoyait une croissance de 0,5% en 2015 et de 2,9% en 2016. Les chiffres de la dette (194,8% du PIB en 2015, 199,7% en 2016 et 195,6% en 2017) sont à prendre avec prudence, notamment du fait qu'ils prennent en compte l'entièreté de l'enveloppe du plan d'aide pour la recapitalisation des banques (25 milliards d'euros soit 14% du PIB) alors que les besoins des banques grecques s'élèvent à 14,4 milliards d'euros (EUROPE 11423).
Après trois ans de récession, Chypre a renoué avec la croissance au début de cette année même si l'île pourrait continuer de souffrir des sanctions à l'égard de la Russie et d'un rythme trop lent d'assainissement des prêts bancaires toxiques ('non performing loans'). La croissance chypriote sera de 1,2% du PIB en 2015, 1,4% en 2016 et 2% en 2017. La dette publique devrait repasser sous la barre des 100% et s'afficher à 98,7% en 2016 et 94,6% en 2017. Chypre pourrait en outre ne pas utiliser l'entièreté de la somme disponible dans le cadre de son plan d'aide (EUROPE 11406), avec des implications possibles sur la dette.
Hors zone euro. Les prévisions de croissance pour le Royaume-Uni, qui ne tiennent pas compte d'une potentielle sortie du Royaume-Uni de l'UE, restent largement inchangées depuis mai. La Commission prévoit toujours une croissance soutenue dans le pays: 2,5% du PIB en 2015, 2,4% en 2016, 2,2% en 2017. La croissance ne sera toutefois pas équilibrée. Ainsi la demande intérieure continue de croître rapidement alors que les exportations nettes continuent de peser sur la croissance. Le déficit britannique se maintient sur la pente descendante (3,9% du PIB pour la période 2015-2016, 2,4% pour 2016-2017 et 1,5% pour 2017-2018). En juin, le Conseil Ecofin a donné jusqu'à l'exercice 2016-2017 à Londres pour ramener son déficit sous 3% du PIB. La dette devrait se stabiliser en 2015 à 88,3% du PIB pour décroître en 2016 (88,0%) puis en 2017 (86,9%).
La Commission prévoit une croissance forte pour la Pologne sur la période 2015-2017 (3,5%), tirée par la demande interne et particulièrement la consommation privée. La croissance robuste des exportations vers l'UE ont plus que compensé les développements négatifs sur les marchés russe et ukrainien. Les exportations devraient en outre continuer de connaître une croissance robuste en raison du faible zloty, de coûts de production maîtrisés et de l'amélioration attendue dans la demande externe en 2016 et 2017. Toute aggravation de la crise russo-ukrainienne pourrait toutefois peser sur les exportations polonaises. Une incertitude existe quant aux initiatives que pourrait prendre le nouveau gouvernement élu fin octobre (EUROPE 11418). Il faudra voir ce que le gouvernement entreprendra, a indiqué M. Moscovici. (Mathieu Bion et Elodie Lamer)