Bruxelles, 08/10/2015 (Agence Europe) - Les ministres de l'Intérieur des États membres de l'UE, réunis jeudi 8 octobre à Luxembourg, se sont entendus sur une série d'initiatives pour renforcer la gestion des frontières extérieures de l'UE et - condition de leur soutien aux mesures d'accueil de réfugiés - accélérer les procédures de retour des migrants économiques ne pouvant pas rester dans l'UE. Les ministres ont aussi fait le point sur la mise en oeuvre des premières relocalisations de réfugiés, notamment depuis l'Italie, et sur l'état d'avancement des dispositifs 'hotspots' qui doivent être opérationnels à la fin du mois de novembre. Le commissaire aux Affaires intérieures et à la Migration, Dimitris Avramopoulos, et le président actuel du Conseil de l'UE, le Luxembourgeois Jean Asselborn, seront d'ailleurs le 9 octobre à Rome, puis à Lampedusa, d'où 16 réfugiés Érythréens doivent être relocalisés vers la Suède, avant de se rendre à Athènes pour discuter de l'avancement des hotspots.
Après le temps des décisions sur la relocalisation, les ministres ont donc essayé jeudi de définir la façon dont ils pourront à l'avenir gérer des crises migratoires et maîtriser les arrivées. «On a toujours dit que l'on travaillait dans une logique de paquet », a expliqué Jean Asselborn. « Il n'y a pas une seule mesure, mais un ensemble de mesures » en parallèle qui « peuvent produire leurs effets », a dit le ministre de l'Asile et de la Migration.
Concrètement, ce sont d'abord des conclusions sur le retour des migrants en situation irrégulière que les ministres ont adoptées. « On a toujours dit qu'il fallait protéger ceux qui ont besoin (de la protection internationale, NdlR), mais ceux qui n'en n'ont pas besoin vont devoir retourner dans leur pays d'origine », a expliqué M. Asselborn, ajoutant que ces retours sont une condition pour faire de la place aux personnes véritablement en besoin de protection. Ces conclusions reprennent le plan d'action sur les retours présenté le 9 septembre par la Commission et insistent notamment sur le rôle de l'agence Frontex au sein de laquelle sera créé un bureau pour les retours. Frontex viendra en renfort des États membres, qui restent compétents pour gérer ces retours. En octobre, « auront lieu 10 vols conjoints de retour par l'agence Frontex », a indiqué M. Asselborn, pour qui ce n'est pas suffisant. La coopération avec les pays d'origine ou de transit des migrants devra aussi être renforcée, les États membres voulant mettre l'accent sur l'Afrique de l'Ouest et la mise en oeuvre de l'Accord de Cotonou qui prévoit ces retours, mais reste inappliqué. Le dialogue devra aussi se poursuivre avec le Pakistan, a dit M. Asselborn. Le commissaire Avramopoulos a d'ailleurs prévu de s'y rendre fin octobre.
Les ministres veulent aussi renforcer leurs outils d'information, en élargissant, par exemple, le Système d'information Schengen, où devront être entrées toutes les décisions de retour prises par les États membres, ou encore le règlement EURODAC sur les empreintes digitales des demandeurs d'asile, qui devrait aussi comporter des informations sur ces décisions de retour. Le système de visas VIS doit, lui aussi, être adapté. Les ministres ont repris à leur compte le principe du « more for more » qui consiste à aider, notamment financièrement ou à travers les dialogues sur les visas, les pays tiers qui aident l'UE en reprenant leurs ressortissants sur leur territoire et à introduire une dose de conditionnalité. M. Asselborn a aussi annoncé le déploiement de personnel de liaison en charge de l'immigration dans un certain nombre de pays d'Afrique ainsi qu'au Proche et Moyen-Orient d'ici à la fin 2015.
Sur l'avenir des frontières extérieures, la Présidence luxembourgeoise a assuré que la majorité des États membres avait accepté le principe d'une gestion partagée, qui passera par un renforcement de l'agence Frontex et du personnel additionnel. «Rien ne peut fonctionner si les contrôles aux frontières extérieures sont défaillants », a dit Jean Asselborn et la question de la survie de Schengen serait posée. Les ministres se sont engagés jeudi à répondre favorablement à l'appel de Frontex qui, la semaine dernière, a demandé le renfort de 775 experts détachés en promettant 670 personnes, a précisé M. Asselborn.
Une partie du débat a aussi été consacrée au fameux système européen de garde-frontière qui fera l'objet de propositions de la Commission fin 2015. Les Français ont proposé un mécanisme en deux temps, via un système européen qui renforcerait les possibilités actuelles de déploiement de garde-frontières nationaux dans un point sensible de l'UE. Ce déploiement 'd'urgence' pourrait passer de six mois à un an. Dans un second temps, un corps de garde-frontières permanent et indépendant serait constitué et déployé dans les points sensibles sur décision des institutions européennes. Cette idée précise n'a pas été contestée mais n'a pas non plus fait l'objet d'un consensus. Le ministre italien, Angelino Alfano, l'a en tout cas encouragée. Le corps européen de gardes-frontières « est la stratégie pour le futur », a-t-il déclaré, a rapporté l'AFP. « Nous pensons que l'Europe est prête aujourd'hui pour un choix de ce genre ». Les ministres ont également souhaité que les propositions sur les 'Smart borders' que la Commission doit revoir prochainement servent cet objectif de renforcement des frontières avec l'utilisation des nouvelles technologies et de la biométrie.
Les ministres n'ont en revanche pas réellement avancé, jeudi, sur la liste des pays d'origine sûrs, à la fois pour des raisons techniques, mais aussi en raison de la situation en Turquie, qui va connaître des élections le 1er novembre et dont la situation sécuritaire pose question à certaines délégations. Idem pour le mécanisme permanent de répartition des demandeurs d'asile proposé le 9 septembre. Certaines délégations veulent en effet attendre une première évaluation des mesures de relocalisation d'urgence pour entamer ce dossier.
Présent à Luxembourg, le bureau 'Europe' du Haut-Commissariat aux réfugiés de l'ONU (UNHCR) a en tout cas estimé que ces mesures sur le retour étaient une « réponse logique et normale » à l'effort de solidarité et qu'elles permettaient de faire toute leur place aux personnes réellement dans le besoin. Le UNHCR a toutefois précisé que les procédures de base, comme l'interview des migrants, doivent être respectées notamment dans le cadre des travaux sur la liste des pays sûrs. Le UNHCR s'est en revanche interrogé sur le versement promis le 23 septembre d'un milliard d'euros d'aide humanitaire aux agences des Nations unies. « À ce jour, nous n'avons rien vu et le Programme alimentaire mondial non plus », a expliqué le directeur du bureau 'Europe', Vincent Cochetel. (Solenn Paulic)