Bruxelles, 16/09/2015 (Agence Europe) - C'est un message rassurant pour la COP 21 (Paris, 30 novembre-1er décembre) que Christiana Figueres, secrétaire exécutive de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (UNFCCC), a livré, mardi 15 septembre, aux députés de la commission de l'environnement du Parlement européen.
Rassurant, son message l'a été quant à l'état des négociations et quant à la perspective de conclure à Paris un accord qui « crée un élan ambitieux » et mette le monde sur la voie des 2 degrés Celsius, pour peu que les financements publics soient à la hauteur de l'enjeu. L'échange de vues qui a suivi a montré que les députés et l'ONU étaient sur la même ligne sur la nécessité, pour les pays développés, de tenir la promesse de mobiliser 100 milliards de dollars par an à compter de 2020 pour soutenir les efforts des pays en développement et sur celle d'intégrer dans l'accord de Paris le transport maritime international et l'aviation civile internationale - deux secteurs restés en marge de la lutte contre les changements climatiques au titre du Protocole de Kyoto.
« Limiter la hausse des températures à 2 degrés tout en défendant le développement durable, c'est l'objectif de l'accord de Paris. Le Parlement a déjà présenté ses projets pour que l'UE puisse travailler pendant la deuxième période de Kyoto. Pour l'après-2020, de nouveaux financements doivent être trouvés pour le Fonds vert pour le climat », a déclaré, en guise d'introduction, Giovanni La Via (PPE, italien) qui préside la commission parlementaire.
Christiana Figueres a remercié les députés de leur soutien en vue de la ratification de la deuxième période de Kyoto, soulignant l'importance de cet exercice par les États membres. « Au plan politique, l'engagement de tous les pays qui auront ratifié traduira leur engagement pour la COP 21 », a-t-elle estimé.
À ce jour, les préparatifs portent sur la rédaction du 'projet Zéro de l'accord de Paris', a indiqué Mme Figueres. « Après une grossesse de quatre ans, nous commençons à voir l'aboutissement du travail », a-t-elle annoncé, assurant que, dès la première semaine d'octobre, un projet d'accord beaucoup plus concis et un projet de décision l'accompagnant seront présentés.
« Vous allez être étonnés par les progrès. Après les réunions d'octobre, une pré-COP est prévue en novembre. Il y aura un accord à Paris et peut-être même pas de retard ni de coup d'éclat », a-t-elle pronostiqué. De quoi rassurer Julie Girling (CRE, britannique) qui s'interrogeait sur la capacité à progresser rapidement au plan technique dans les cinq jours de négociation restants avant Paris.
Remerciant l'UE d'avoir été « très rapide » à présenter son offre de contribution (INDC, selon le signe en anglais), Mme Figueres a indiqué qu'au 15 septembre, 62 INDC avaient été soumises à l'ONU, représentant 70% des émissions globales. « C'est le minimum des efforts que les pays pourraient entreprendre. Les plans nationaux déboucheront sur une panoplie de législations dans tous les pays. Mais ces contributions nationales ne nous permettront pas d'atteindre le maximum. Sans elles, nous serions à 4 ou 5 degrés d'ici la fin du siècle. Avec les INDC, nous serons à 3 degrés, mais cela reste inacceptable ».
Répondant aux questions des députés, Mme Figueres a précisé que l'Inde présentera son INDC le 27 septembre au plus tard, le Brésil, le 27 septembre, et l'Indonésie, « bientôt ». Pour créer les conditions d'un élan ambitieux, il faudra ne pas se contenter de ce minimum, mais conclure « un accord qui enclenche un processus à effet multiplicateur pour renforcer les ambitions au fil du temps ». Cela implique: - un processus de révision pour que tous les 4 à 10 ans (tous les 5 ans probablement) un bilan soit fait des efforts des différents pays en vue de les renforcer à la lumière de la science ; - un objectif clairement défini dans l'accord de Paris et des financements publics ; - une destination finale: la neutralité carbone à mi-siècle pour que l'on puisse mesurer l'écart entre les progrès accomplis et la destination finale.
Ces trois éléments forment les ambitions de l'ONU. « Il faudra encore les confirmer et les ancrer dans l'accord de Paris. Ce niveau d'ambition ne pourra pas être accepté par 195 pays sans le soutien technique et financier des pays développés, car il imposera une transformation complète des pays en développement », a prévenu Mme Figueres.
Et de donner raison à Bas Eickhout (Verts/ALE, néerlandais) qui reproche à l'UE «d'insister toujours sur le mélange de fonds publics et privés, alors qu'à Paris on parlera de finances publiques ». Le rapport de l'OCDE sur les flux financiers 2013 et 2014 pour savoir où on se situe pour le privé comme pour le public sera très utile, a-t-elle dit. Comme Peter Liese (PPE, allemand) et Matthias Groote (S&D, allemand), elle regrette que les émissions du transport maritime international et de l'aviation civile internationale ne soient pas incluses dans le projet d'accord. Pour encourager l'OMI et l'OACI, elle préconise d'encourager l'approche technologique. À Anne-Marie Mineur (GUE/NGL, néerlandaise) qui s'alarmait du prochain flux de réfugiés climatiques évoqué par M. Juncker, Mme Figueres a répondu: « certains pays ont prévu, dans la rubrique 'Pertes et dommages' du projet d'accord, quelque chose qui ressemble à un dispositif pour faire face à des migrations de grande ampleur. Cela fait peur, car il faut éviter ce scénario à tout prix par des mesures d'atténuation ». Mme Figueres a conclu en appelant à saisir « une chance unique »: celle de reconnaître le rôle des régions, des autorités locales, de la société civile, qui agissent pour contribuer à l'atténuation et à l'adaptation. « Acceptons de coopérer avec elles pour mesurer leurs efforts. Cela aidera les gouvernements à atteindre, voire dépasser, les objectifs qui sont les leurs !», a-t-elle lancé. (Aminata Niang)