Bruxelles, 16/09/2015 (Agence Europe) - Le Parlement européen a décidé, mercredi 16 septembre, d'approuver une procédure en urgence qui lui permettra ce jeudi de se prononcer sur le mécanisme de relocalisation d'urgence de 120 000 nouvelles personnes. Le Parlement européen étant seulement consulté, il s'agira d'envoyer un signal fort en vue du Conseil extraordinaire des ministres de la Justice et de l'Intérieur qui se réunira à nouveau mardi 22 septembre pour tenter d'adopter cette proposition de la Commission et de 'laver' le semi-échec d'une première réunion organisée lundi 14 septembre.
Suggérée par le président du Parlement européen, Martin Schulz, cette requête d'un vote en urgence a été adoptée à main levée. « La crise des réfugiés exige que l'on trouve une solution rapidement », avait justifié au préalable le président qui a fixé le vote des élus à 10h00 du matin. Sauf surprise, le PE devrait adopter ce mécanisme comme il l'a fait le 9 septembre en validant le dispositif de relocalisation d'urgence de 40 000 personnes proposé en mai.
Mais c'est sur un dispositif différent des propositions initiales de la Commission que le PE devra se prononcer, comme l'a indiqué, lors d'un débat au PE, le président en exercice du Conseil, Jean Asselborn, en charge de l'Asile et de l'Immigration, car la Hongrie ne veut en effet clairement pas bénéficier de la relocalisation de 54 000 personnes. La Hongrie ne devrait pas donc pas être considérée par le PE comme un pays bénéficiaire (elle ne devra pas non plus, très logiquement, faire partie des pays se voyant attribuer un quota de personnes à relocaliser).
Lors de ce retour sur la réunion du 14, la plupart des familles politiques ont exprimé leur déception quant à l'incapacité des ministres de l'Intérieur d'approuver un accord politique sur la relocalisation de 120 000 nouveaux demandeurs d'asile. « Pour nous, c'est une proposition réaliste, qui respecte la dignité et l'égalité de traitement, ça permet l'exercice de la solidarité entre tous les États membres ; c'est une proposition qui nous aide à construire l'Europe et le monde dans lequel nous croyons », a justifié le député PPE Esteban Gonzalez Pons. Le chef de file du S&D au PE, Gianni Pittella, a aussi estimé qu'il était temps « d'aller de l'avant », l'Italien insistant aussi sur les mesures de gestion des frontières extérieures et d'aide à la création des 'hotpsots', ces centres d'identification des migrants arrivés en Italie et en Grèce qui ont beaucoup de peine à démarrer.
Le leader belge du groupe ADLE, Guy Verhofstadt, a, de son côté, plaidé une fois de plus pour un Sommet européen qui plancherait sur une approche plus large de la crise des réfugiés, alors que d'autres familles politiques, comme le groupe CRE, ont redit leur refus des quotas et, aux extrêmes, le groupe de Marine le Pen a, lui, fustigé une politique « d'appel d'air ».
Cette idée d'un Sommet européen extraordinaire, sur laquelle le président du Conseil européen, Donald Tusk, doit trancher ce jeudi, n'est plébiscitée ni par la Présidence luxembourgeoise ni par la Commission. Le ministre Asselborn l'a répété mercredi: « je ne suis pas convaincu que la meilleure chose soit un Conseil européen », le ministre appelant à se souvenir du Sommet du 25 juin qui avait 'tué' les quotas obligatoires. Le ministre a toutefois reconnu que les discussions seraient difficiles mardi prochain. L'idée de la Présidence est d'éviter le passage au vote à la majorité qualifiée qui marquerait une rupture entre une Europe de l'Ouest et une Europe de l'Est dont les pays dits de Visegrad sont parmi les plus réfractaires au système de répartition. La Présidence essaiera de trouver une formule qui puisse embarquer tous les États membres et, notamment, la Slovaquie et la République tchèque, pays les plus virulents. Lundi 14, la Slovaquie avait ainsi exigé pendant les discussions que la mention de système « volontaire » soit inscrite dans les conclusions qui n'ont pu ensuite être adoptées, a relaté une source mercredi.
Des groupes de travail et deux réunions des représentants permanents (COREPER), dimanche 20 après-midi et lundi 21 septembre, sont prévus pour tenter de trouver des pistes de compromis. La piste des sanctions, brandie mardi par le ministre de l'Intérieur allemand, Thomas de Maizière, pour les pays récalcitrants, n'est pas une piste de travail. L'objectif de la Présidence est en tout cas de faire adopter dès mardi cette proposition de la Commission et, pour le Conseil Justice/Affaires intérieures du 8 octobre, une approche générale sur la liste des pays sûrs. Le mécanisme de répartition permanent et obligatoire voit, lui, son sort lié à celui que les ministres réserveront ce mardi au mécanisme de relocalisation de 120 000 nouvelles personnes.
La Commission européenne espère aussi que les ministres adopteront mardi prochain son mécanisme d'urgence, si possible par consensus, et souhaite qu'un Sommet extraordinaire ne soit convoqué que pour évoquer les grands enjeux, comme la Syrie, les moyens de fonctionnement de Frontex ou bien celui de l'espace Schengen, de plus en plus malmené. Ce mardi 16 septembre, c'est en effet la France qui a indiqué qu'elle était prête, elle aussi, à rétablir des contrôles à ses frontières, si la situation l'exigeait. (Solenn Paulic)