Bruxelles, 22/07/2015 (Agence Europe) - Seule une poignée de responsables politiques européens a réagi publiquement, lundi 20 juillet, aux résultats de la réunion extraordinaire des ministres de l'Intérieur de l'UE qui ont échoué à s'accorder sur la répartition de 40 000 demandeurs d'asile arrivés en Italie et en Grèce (EUROPE 11363).
Le leader italien du groupe des socialistes et démocrates (S&D) au Parlement européen, Gianni Pittella, a été de ceux-là et a jugé « ridicule » le fait que les ministres n'aient pas encore pu s'entendre sur ce partage. « Le fait que les États membres aient échoué à trouver un accord sur la relocalisation de seulement 40 000 personnes après 5 mois est ridicule », tout comme la quantité de temps et d'énergie dépensés, a jugé l'Italien. « Alors que certains États membres se chamaillent sur le fait de recueillir ou pas 250 ou 500 réfugiés, la Turquie, le Liban et la Jordanie en ont recueilli plus de 3,5 millions », a asséné le chef du S&D.
Lundi 20 juillet, en dépit des efforts et des espoirs de la Présidence luxembourgeoise du Conseil de l'UE, qui pensait finaliser avant fin juillet la répartition de ces 40 000 migrants entre les pays membres, les ministres n'ont pu s'accorder que sur la répartition de 32 256 migrants. L'Irlande, qui bénéficie de dérogations, a décidé de participer en prenant une part de 600 migrants, mais l'Autriche et la Hongrie se sont octroyé le droit de n'offrir aucune place de relocalisation.
Sur la réinstallation de 20 000 personnes réfugiées actuellement en dehors de l'UE, les engagements ont été meilleurs, à hauteur de 22 504 personnes et des transferts pourront être faits entre places de réinstallation et places de relocalisation. Cependant, les pays membres de l'UE à eux seuls n'auraient pas non plus atteint le seuil de 20 000 personnes réfugiés à accueillir fixé par la Commission européenne à la fin mai sans la participation des pays associés à l'UE comme la Norvège ou la Suisse. La Norvège a offert, à elle seule, 3 500 places et la Suisse 519. Sans le concours de ces pays et celui de l'Islande et du Liechtenstein, les États membres ne seraient parvenus à offrir que 18 415 places.
Sur son compte Twitter, l'Allemande Ska Keller (Verts/ALE), chargée de préparer l'avis du Parlement européen sur la relocalisation, s'est demandé comment les leaders européens pouvaient avoir une vision de la solidarité et de la politique commune d'asile « s'ils ne peuvent même accepter un si petit nombre », l'eurodéputée parlant même de « désastre ».
Le commissaire Dimitris Avramopoulos (Migration, Affaires intérieures et Citoyenneté) a jugé lundi soir que, bien qu'il « soit difficile de ne pas être déçu », des étapes très importantes ont été franchies, le responsable en charge de la Migration observant que certains États membres s'engagent pour la première fois dans des dispositifs de réinstallation. Le commissaire s'est dit confiant que le seuil de 40 000 serait atteint en décembre et, a-t-il rappelé, la Commission compte toujours proposer à la fin de l'année « un système fixe avec une clef de répartition pour gérer les crises à venir ».
Renvoyer aux chefs d'État ou de gouvernement, si le compte n'y est pas ?
Jean Asselborn, représentant de la Présidence luxembourgeoise, a expliqué lundi que la relocalisation commencerait avec une première tranche et qu'en cela l'objectif de la première année (20 000) était atteint. Cependant, a indiqué une source ultérieurement, « si le compte des 40 000 n'y est pas à la fin de l'année, nous serons en difficulté et il faudra peut-être alors renvoyer le dossier au niveau des chefs d'État ou de gouvernement ».
Cette source a également jugé difficile la position de l'Autriche, voire de la Hongrie, qui n'ont pris aucun migrant au titre de la relocalisation, ni, en ce qui concerne la Hongrie, au titre de la réinstallation. En effet, si le dernier Conseil européen avait décidé le 25 juin que la répartition des migrants se ferait sur base volontaire et par consensus, les conclusions stipulent que tous les États membres sont liés à cette décision de se partager ces 40 000 personnes.
Cet objectif de relocalisation fait d'ailleurs partie de la décision reposant sur l'article 78-3 du Traité, approuvée lundi par les ministres et qui a, elle, une valeur juridique contraignante. La Présidence luxembourgeoise dressera un état des lieux à la fin de l'année, possiblement en novembre, a indiqué M. Asselborn, dont le pays ne s'est d'ailleurs engagé à ce jour que sur 320 places de relocalisation contre les 368 proposées fin mai par la Commission.
Lundi, parallèlement à cette orientation générale approuvée sur ces mesures d'aide d'urgence à l'Italie et à la Grèce, ces deux pays se sont aussi engagés à mettre en oeuvre des 'hotspots' et la Commission pourra à tout moment suspendre le processus de relocalisation si la Grèce et l'Italie venaient à faillir à leurs obligations d'enregistrement et de prise des empreintes digitales des migrants.
Il a également été convenu que les nationalités pouvant prétendre à la relocalisation seraient étendues aux Irakiens et aux Somaliens et pas exclusivement aux Syriens et aux Érythréens. Le Conseil a aussi adopté une note invitant les États membres à suivre les recommandations de la Commission formulées fin mai sur la prise d'empreintes des migrants dans le cadre du respect du règlement EURODAC. (Solenn Paulic)