Bruxelles, 03/07/2015 (Agence Europe) - Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, Xavier Bettel, Premier ministre luxembourgeois, et Martin Schulz, président du Parlement européen, ont tous clairement suggéré aux Grecs, à la veille du référendum de dimanche 5 juillet, de répondre 'oui' à la question qui leur sera posée, à savoir s'ils sont en faveur ou non des propositions de réformes que leur pays devrait engager pour bénéficier de l'aide de la zone euro. Cette suggestion a été couplée à un avertissement sur les conséquences « dramatiques » d'un 'non'.
Un 'non' ne ferait qu'affaiblir la Grèce. « Si les Grecs votent 'non', la position grecque sera dramatiquement affaiblie », a insisté, à plusieurs reprises, M. Juncker, vendredi 3 juillet à Luxembourg, en se plaçant ainsi dans le sillage d'un avertissement similaire adressé la veille par le président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem (EUROPE 11349). Même son de cloche du côté de M. Bettel, qui a affirmé, aux côtés du président de la Commission, qu'« un 'oui' entraînera des négociations qui ne seront pas faciles et un 'non' entraînera des négociations encore plus difficiles ». Les deux responsables européens étaient réunis, avec le collège des commissaires, à Luxembourg, pour marquer le début de la Présidence luxembourgeoise du Conseil de l'UE.
Construire des ponts, en rétablissant la confiance. Mais que ce soit avec la Grèce ou le Royaume-Uni, la priorité de cette nouvelle Présidence du Conseil sera de créer des « ponts », a dit M. Bettel. Le Luxembourg veut le maintien de la Grèce au sein de la zone euro et le maintien du Royaume-Uni au sein de l'Union européenne, a-t-il insisté. Il a toutefois avisé que cela nécessitera forcément, dans le cas de la Grèce, de reconstruire une « confiance » qui a été mise à mal après cet épisode où il a « passé deux jours avec M. Tsipras à Bruxelles, et pas un mot sur un référendum» n'a été prononcé, l'annonce ayant été faite à Athènes le lendemain, lors d'une allocution télévisée.
Un référendum improvisé. Le Premier ministre du Luxembourg a aussi dénoncé un délai « pas idéal » pour organiser un tel référendum, car « les gens doivent savoir sur quoi ils vont voter et doivent pouvoir comprendre les arguments du 'oui' et du 'non' ». Ce n'est pas un vote pour ou contre le Premier ministre grec, a-t-il dit, car il s'agit surtout de déterminer dimanche quelle sera « la position de la Grèce dans l'Europe », « la position de la Grèce dans l'euro » et quels seront « l'avenir de l'euro, l'avenir de l'Europe ». Mais peu importe le choix que les Grecs feront, ce choix sera respecté, a assuré M. Bettel.
Le sort de M. Tsipras est en jeu. Si le président du Parlement européen voit dans ce référendum des enjeux similaires et a aussi appelé à voter 'oui', il ne partage pas l'avis du Premier ministre luxembourgeois quant au sort de M. Tsipras. Dans le cas où le 'oui' l'emporterait, M. Tsipras « devrait démissionner », un « gouvernement technique » de transition devrait être formé, avant que de « nouvelles élections » soient finalement convoquées, a-t-il estimé, dans un entretien publié dans Das Handelsblatt, vendredi 3 juillet. Un tel scénario, où le gouvernement de transition réussirait en plus à conclure un accord avec les institutions, signifierait aussi la fin du parti Syriza, a-t-il prédit. Selon lui, dans le cas où les Grecs voteraient en majorité 'non', « nous ne pourrions pas, avec la conscience tranquille, continuer de négocier ». Tout au plus, il y aurait « peut-être un programme d'urgence pour garder le pays en vie », a-t-il dit. Ces propos ont été mal perçus par le groupe GUE/NGL, qui a appelé M. Schulz à « cesser d'interférer avec le référendum, car cela constitue une violation grave de (son) rôle en tant que président » du PE. Le député Philippe Lamberts, du groupe des Verts, a aussi demandé des explications à M. Schulz.
Le FESF attendra pour réclamer ce qui est dû par Athènes. Le Fonds européen de stabilité financière (FESF) a annoncé, vendredi 3 juillet, que la Grèce était désormais officiellement « en défaut », après le non-remboursement des 1,6 milliard d'euros au FMI, mardi. Toutefois, le Fonds se réserve encore le droit de réclamer le remboursement anticipé des 130,9 milliards d'euros dus par Athènes, suivant ainsi la recommandation de la Commission européenne. Klaus Regling, le directeur exécutif du Fonds, a souligné néanmoins, dans un communiqué, que « cet événement de défaut cause une profonde préoccupation, (car) il rompt l'engagement pris par la Grèce à honorer ses obligations financières envers tous ses créanciers et ouvre la porte à de graves conséquences pour l'économie grecque et le peuple grec ». (Jan Kordys avec Lionel Changeur)