Institutions, quelques aspects à clarifier. Les considérations de cette rubrique d'hier sur les perspectives de l'UE appellent quelques remarques sur son fonctionnement institutionnel, qui évolue sensiblement et doit prouver son efficacité, tout en consolidant son caractère démocratique.
Eviter les malentendus. Les rapports entre les Institutions, chacune avec ses responsabilités et pouvoirs, ne sont pas toujours aisés. L'aspect le plus sensible concerne les relations entre le Parlement et la Commission. En décembre dernier, la présentation par Jean-Claude Juncker des intentions de la Commission qu'il préside avait d'abord suscité, parmi les députés, plusieurs réserves, parfois très vives, au moins sur un aspect.
M. Juncker avait annoncé au Parlement que la Commission réduira de façon rapide et radicale le volume de ses initiatives en se concentrant sur des projets susceptibles d'être adoptés par le Conseil sans complications. L'époque où la Commission présentait cent projets par an, voire plus, est, à son avis, dépassée. M. Juncker avait ainsi annoncé, avec son premier collaborateur M. Timmermans, que la Commission renoncerait à 83 actes législatifs sur 452 en chantier (EUROPE 11219).
Quelques parlementaires avaient exprimé avec vivacité, même devant la presse, leur désaccord et leur étonnement. À leur avis, M. Juncker avait donné l'impression de ne pas souhaiter une véritable coopération entre les Institutions (Commission et PE en particulier) et de réduire l'activité de l'UE à un seul dénominateur commun: les questions économiques. Considérer que la priorité de l'heure est le retour à la croissance et à l'emploi correspond, selon une partie du PE, à un repli des ambitions européennes.
C'est évidemment un malentendu. La volonté de la grande majorité du Parlement européen de jouer un rôle actif dans les orientations communautaires n'est pas en discussion. Les questions économiques représentent un élément essentiel, pour ne pas dire la base, du poids de l'UE dans le monde. Les tendances eurosceptiques ou anti-communautaires sont actuellement suffisamment représentées au sein du PE et il est inopportun de créer un conflit artificiel. La Commission est autonome dans ses initiatives, le Parlement est libre dans ses réactions et évaluations. À chacun ses responsabilités.
Simplifier et alléger les Sommets ? Donald Tusk, nouveau président du Conseil européen, a laissé clairement comprendre qu'il considère les Sommets souvent trop longs et que les textes qui en résultent sont surabondants. Les conclusions énumèrent toute une série de décisions qui sont prises auparavant au niveau des ministres des Affaires étrangères et l'un ou l'autre gouvernement y fait insérer telle ou telle remarque d'intérêt national, à faire valoir ensuite dans son pays d'origine.
Le résultat est que les conclusions des Sommets deviennent illisibles pour les opinions publiques et découragent la lecture des communiqués officiels (elles réduisent aussi l'intérêt et la curiosité pour la conférence de presse du président du Conseil européen, les journalistes se concentrant sur les conférences de presse « nationales » des différents chefs d'État ou de gouvernement).
À mon avis, Donald Tusk n'obtiendra qu'un aspect de sa réforme: rendre plus intéressantes et lisibles les conclusions. Mais les journalistes de tous les médias continueront à privilégier les points de presse de « leur » chef d'État ou de gouvernement et seront moins concentrés sur la conférence de presse communautaire du président du Conseil européen, entouré du président de la Commission et du président (semestriel) du Conseil de l'UE.
La Grèce et l'euro: confusion politique et juridique. Actuellement chacun interprète à sa manière les règles qui régissent la monnaie commune. Certains affirment que la Grèce ne peut pas rester dans la zone euro si elle n'en respecte pas les règles, d'autres estiment que l'appartenance à la monnaie unique est irrévocable. Et pour d'autres encore, le nouveau gouvernement grec né après les élections de la fin janvier refusera de respecter les règles et devra quitter l'euro automatiquement, quand certains sont convaincus que c'est juridiquement impossible. Nombreux sont aussi ceux qui affirment que, pour quitter la zone euro, il faut sortir en même temps de l'UE.
On attend avec impatience le résultat des élections du 25 janvier.
On le sait, les querelles juridiques peuvent durer longtemps, alors que d'ici quelques semaines des décisions majeures devront être prises ; la zone euro doit évidemment continuer à fonctionner d'une manière ou d'une autre pour éviter la confusion sur les marchés et les spéculations dans le monde de la finance (mais elles sont déjà là !). Il est indispensable que les autorités politiques agissent rapidement, mais on ne sait pas encore comment.
(FR)