Bruxelles, 03/10/2014 (Agence Europe) - Un poste de commissaire chargé de l'Union de l'énergie ainsi que de vice-président appelé à orienter et coordonner le travail des futurs commissaires en charge des portefeuilles Climat/Énergie, Transports, Marché intérieur/Industrie, Recherche, Agriculture, Environnement/ Pêche et Politique régionale: telle est la lourde tâche qui incombera, au sein de la future Commission Juncker, à la libérale slovène Alenka Bratusek, si elle est confirmée par le Parlement européen. L'ex-Premier ministre slovène, dont le pays est partenaire du projet de gazoduc South Stream piloté par Gazprom, se voit ainsi chargée d'un poste hautement symbolique à l'heure de vives tensions avec la Russie. Mme Bratusek devra lancer le chantier de l'Union de l'énergie, au lendemain d'une gestion quinquennale au bilan plus que mitigé entreprise par le commissaire à l'Énergie sortant, l'Allemand Günther Oettinger.
De Ljubljana à Bruxelles, Alenka Bratusek a eu, à 44 ans, une ascension fulgurante. Diplômée en sciences et technologie de l'université de Ljubljana en 1994, et titulaire d'une maîtrise en administration des affaires, Mme Bratusek a d'abord été fonctionnaire dans plusieurs ministères slovènes entre 1995 et 2008: aux Affaires économiques, aux Finances puis au Budget, où elle intègre l'équipe de préparation de la Présidence slovène du Conseil de l'UE en 2008. Elle s'engage en politique au centre-gauche aux élections municipales de 2006 et aux législatives de 2008. En 2011, elle rejoint le parti socialiste et se fait élire à l'assemblée slovène. Elle est portée en janvier 2013 à la présidence du parti Slovénie positive, puis devient deux mois plus tard présidente du gouvernement à la tête d'une alliance de centre-gauche, devenant ainsi la première femme dirigeant le gouvernement slovène. Elle mène alors une politique d'austérité drastique pour stabiliser les finances publiques et elle organise la recapitalisation d'un secteur bancaire slovène malade, sans avoir recours à l'aide financière internationale. Une performance qui s'est toutefois révélée très impopulaire aux yeux de l'opinion publique slovène et qui conduit la coalition menée par Mme Bratusek à sa perte au printemps 2014 et à des élections législatives anticipées. Lâchée par Slovénie Positive, Mme Bratusek fonde son propre parti, mais elle subit une lourde défaite électorale. Avant le terme de son mandat en juillet 2013, Mme Bratusek, qui veut rebondir à Bruxelles, s'auto-désigne au sein d'une liste de trois candidats pour le poste de commissaire slovène qu'elle adresse au futur président Juncker. Un geste qui suscite l'ire de ses anciens alliés et du leader de la nouvelle coalition au pouvoir, Miro Cerar.
Si elle est confirmée à son poste, Mme Bratusek fera face à une montagne: comme le précise la lettre de mission adressée par le président Juncker, elle devra, en tant que commissaire, conduire le projet d'une Union de l'énergie « résiliente », cohérente avec les impératifs climatiques, « en coordonnant des projets clés », comme indique sa lettre de mission. « Nous devons mettre en commun nos ressources, combiner nos infrastructures et unir notre pouvoir de négociation vis-à-vis des pays tiers. Nous devons diversifier nos sources d'énergie et réduire la forte dépendance énergétique de plusieurs de nos États membres », insiste son ordre de mission. « Si les prix de l'énergie dans les États membres de l'Est deviennent trop chers, que ce soit en termes commerciaux ou politiques, l'UE devra être capable de passer rapidement à d'autres chaînes d'approvisionnement », précise M. Juncker. Le grand défi de Mme Bratusek sera de piloter l'intégration complète du marché intérieur de l'énergie, un objectif politique théorique qui a été fixé à la fin 2014 par le Conseil européen. L'ex-Premier ministre slovène devra aussi coordonner des actions spécifiques pour renforcer la sécurité énergétique à l'échelle européenne, avec la tâche d'éviter des pénuries d'énergie possibles dans les trois à douze premiers mois de son mandat. Un défi de taille à la lumière de la crise ukrainienne et des tensions actuelles avec la Russie. « La dépendance énergétique de l'Europe devrait être réduite par la diversification des sources et des voies d'importation d'énergie et la mise en commun de notre pouvoir de négociation », insiste son ordre de mission.
En tant que vice-présidente, Mme Bratusek devra aussi se concentrer sur la coordination des efforts de la Commission pour que l'UE atteigne, sous les contraintes climatique et de compétitivité, ses objectifs énergétiques aux horizons 2020 et 2030. « Nous avons besoin de renforcer la part des énergies renouvelables sur notre continent, pas seulement pour des raisons de politique climatique responsable, mais aussi car il faut une politique industrielle permettant d'avoir une énergie abordable disponible à moyen terme », souligne la lettre de mission signée par le président Juncker, qui veut faire de l'UE le « numéro un mondial des renouvelables ».
Enfin, Mme Bratusek devra aussi, au cours des trois premiers mois de son mandat, soutenir le vice-président Jyrki Katainen (Croissance et Emploi) dans la préparation du paquet investissement promis par M. Juncker. Un paquet qui devrait contribuer à mobiliser un soutien public supplémentaire pour les infrastructures de réseaux d'énergie, les renouvelables et l'efficacité énergétique. (EH)