Bruxelles, 03/10/2014 (Agence Europe) - Exercices hautement sensibles et cruciaux pour le Parlement européen, qui peut montrer l'étendue de ses pouvoirs aux États membres, les premières auditions des commissaires candidats de l'équipe Juncker, qui se sont déroulées du 29 septembre au 2 octobre, ont tenu toutes leurs promesses et déjà donné quelques sueurs froides à certains candidats. À l'issue de la première semaine, cinq candidats (sur les 21 déjà auditionnés) ont ainsi été invités à reprendre leur copie. Jonathan Hill, le Britannique affecté à la Stabilité financière et aux Services financiers, est le premier à être passé sous les fourches caudines du Parlement. En plus d'avoir à répondre à 23 questions écrites supplémentaires d'ici au 6 octobre, il devrait repasser devant les députés lors d'un échange de vues en début de semaine sur quelques sujets où il s'était montré imprécis. Le Français Pierre Moscovici, affecté aux Affaires économiques et financières, aux Douanes et à la Fiscalité, a, lui aussi, échappé de peu à un nouvel oral et réussi à sauver sa tête in extremis grâce à d'ultimes négociations entre les groupes politiques. Finalement, il n'aura qu'à répondre par écrit à 9 questions écrites d'ici lundi mais les députés allemands de la CDU maintiendraient de fortes réserves à son égard.
Autres concernés: la Tchèque Vera Jourova aura, elle, à répondre à pas moins de 32 questions écrites, tout comme Tibor Navracsics qui a lui aussi vécu mercredi une attaque en règle de certains eurodéputés sur ses liens avec Viktor Orban, le Premier ministre hongrois, régulièrement en délicatesse avec l'UE et ses droits fondamentaux. Le candidat à la Culture, à l'Éducation et à la Citoyenneté a reçu seulement 6 questions écrites, mais certaines d'entre elles portent sur des sujets essentiels, comme la loi hongroise sur les médias et ses interférences possibles avec les valeurs de l'UE. Vera Jourova a visiblement déçu les députés et devra à la fois préciser ses intentions sur l'accord 'Safe Harbour' (données personnelles d'Européens gérées par les compagnies américaines), que Viviane Reding a promis de faire amender par les États-Unis, comme sur la libre circulation, soumise aux attaques de David Cameron.
Enfin, l'autre candidat mis en difficulté est sans conteste l'Espagnol Miguel Arias Canete, nommé au Climat et à l'Énergie, et livré mercredi 1er octobre à un feu nourri de questions sur ses relations avec l'industrie pétrolière et son beau-frère, au cœur de possibles conflits d'intérêts. Les députés attendent une nouvelle évaluation juridique de la situation de l'Espagnol et de sa déclaration d'intérêts financiers. Parallèlement à ces candidats, d'autres commissaires-candidats ont également passé un moment difficile, comme la Suédoise Cecilia Malsmtröm, nommée au Commerce, qui a dû être confirmée par un vote. L'actuelle commissaire aux Affaires intérieures avait ouvert le bal des auditions sur un véritable quiproquo concernant ses réponses écrites envoyées aux députés. Heureusement pour M. Juncker, certaines candidatures ont été accueillies très positivement: c'est le cas de Maros Sefcovic aux Transports, de Phil Hogan à l'Agriculture (un vote a toutefois été demandé) ou de la Polonaise Elzbieta Bienkowska au Marché intérieur et de Kristalina Georgieva au Budget et aux Ressources humaines pour ne citer qu'eux.
Guerre PPE/S&D
Cette première semaine inquiète-t-elle le président Jean-Claude Juncker ? Officiellement, non, le président ayant d'ailleurs fait savoir par ses porte-parole qu'il avait trouvé très satisfaisante la performance de ses candidats. Le second oral de rattrapage de M. Hill ne se justifiait d'ailleurs pas pour la Commission, ont jugé certaines sources. À ce stade, la sérénité est donc de mise et le président de la Commission ne planche pas encore sur une hypothèse de changement de portefeuilles ou de remaniement plus profond. Par le passé, rappelle-t-on, de nombreux commissaires-candidats ont été soumis à une procédure de questions supplémentaires avant d'avoir été confirmés - ce fut le cas de Viviane Reding - ou même convoqués pour un nouvel examen oral. Jean-Claude Juncker suit toutefois la situation de très près et est en contact intense, 24 heures sur 24, avec le Parlement et ses composantes, fait-on savoir. Et ce n'est qu'après la dernière audition, à savoir celle du Néerlandais Frans Timmermans, prévue mardi 7 octobre, que seront tirées avec le président du Parlement européen, Martin Schulz, toutes les conclusions. C'est aussi à ce moment-là que seront décidées d'éventuelles modifications.
Mais M. Juncker doit néanmoins composer avec des éléments pas forcément rationnels et qu'il a d'ailleurs peut-être directement provoqués en procédant à des nominations iconoclastes. Car la situation s'est indéniablement tendue mercredi 1er octobre et jeudi 2 octobre avec les auditions de MM. Canete et Moscovici qui ont fait voler en éclat le pacte tacite de non-agression noué entre le PPE et le PSE. Les conservateurs européens avaient menacé les sociaux-démocrates de représailles si l'Espagnol était contesté et de s'en prendre alors à l'icône des sociaux-démocrates, à savoir Pierre Moscovici. Le sort des deux hommes serait d'ailleurs lié au point qu'ils feront l'objet d'un vote le même jour. Les socialistes français ont dénoncé un chantage. Mais le groupe S&D aurait aussi promis de faire tomber toute la Commission Juncker si Pierre Moscovici était recalé, ont rapporté plusieurs médias. La semaine qui s'annonce ne sera pas plus reposante pour M. Juncker: la Slovène Alenka Bratusek sera entendue lundi soir et est déjà très contestée pour s'être auto-désignée commissaire. (SP)