Bruxelles, 03/10/2014 (Agence Europe) - Federica Mogherini, qui devrait remplacer Catherine Ashton au poste de Haute Représentante pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, sera auditionnée lundi 6 octobre en commission des affaires étrangères du Parlement européenne. « La Haute Représentante de l'Union pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité sera la ministre des Affaires étrangères de l'Europe », a précisé la Commission dans sa présentation. Mme Mogherini conduira la politique extérieure de l'UE ainsi que ses représentations dans les pays tiers et auprès des organisations internationales et sera en charge du projet 'Une Europe plus forte sur la scène internationale'. M. Juncker souhaite qu'elle demande aux commissaires compétents de la suppléer quand elle le jugera nécessaire afin qu'elle puisse « concentrer davantage ses efforts sur les véritables défis géopolitiques ». Elle présidera au moins une fois par mois le groupe de commissaires liés à l'action extérieure pour développer une approche commune, qui se réunira dans divers formats thématiques et/ou géographiques.
Actuelle ministre des Affaires étrangères italienne, Mme Mogherini devra prouver qu'elle n'a pas obtenu le poste uniquement parce qu'elle est femme et socialiste et qu'elle n'est pas une copie de Catherine Ashton. Dirigeant la diplomatie italienne depuis seulement sept mois, la politicienne a multiplié les voyages à l'étranger: plus d'une soixantaine. Échaudés pour certains par Catherine Ashton, les députés devraient longuement questionner l'Italienne sur ses connaissances en matière d'affaires étrangères. « Je ne la connais pas, personne ne la connaît et cela n'est pas un atout », a expliqué un député européen influent. Dans ses réponses aux questions écrites des députés européens, Mme Mogherini a voulu mettre fin à la question, soulignant qu'elle avait « affaire à la politique étrangère depuis les 20 dernières années », que ce soit à travers la société civile, dans son propre parti politique, dans les institutions italiennes et, désormais, en tant que ministre.
Critiquée pour s'être rendue à Moscou, alors qu'elle était la veille à Kiev, Mme Mogherini devra prouver que sa position envers la Russie sera ferme alors que la question ukrainienne sera un des points centraux du début - au minimum - de son mandat. Celle qui a écrit son mémoire de philosophie politique sur le rapport entre la religion et la politique dans l'Islam devrait aussi être interrogée sur la politique de l'UE envers le Moyen-Orient ou encore les pays du printemps arabe.
Si l'audition pourrait porter sur des questions précises, concernant l'un ou l'autre des pays, les questions écrites des députés à Mme Mogherini sont elles plus générales. Ils souhaitent ainsi savoir comment elle compte mettre en oeuvre les Conclusions du Conseil européen de décembre 2013 sur la révision des priorités stratégiques de l'UE pour la politique étrangère et de sécurité et sur les progrès accomplis sur la coopération européenne en matière de défense.
Mme Mogherini, qui a été membre de la commission de la défense de la Chambre des députés italiens et de la délégation italienne à l'Assemblée parlementaire de l'OTAN, devra montrer qu'elle est Haute Représentante pour les Affaires étrangères ET la Politique de sécurité, alors que l'aspect 'défense' a souvent été délaissé par Mme Ashton. Dans ses réponses écrites, l'Italienne de 41 ans revient longuement sur la défense.
Les députés devraient aussi s'intéresser à la manière dont elle compte assurer la coordination, la cohérence et l'efficacité de l'action extérieure de l'UE ou encore les mesures concrètes qu'elle compte prendre pour améliorer la coordination entre les politiques extérieures et la dimension internationale des politiques internes. Mme Mogherini a d'ailleurs insisté sur une coopération « indispensable » avec les États membres, rappelant que ses domaines d'action restaient « largement intergouvernementaux ». « Et face à des défis internationaux de plus en plus nombreux, l'UE ne peut être efficace que dans l'action collective de tous les acteurs nationaux et européens », a-t-elle expliqué.
« Comment allez-vous faire le meilleur usage de votre position 'triple casquette' pour développer une stratégie à long terme d'une politique étrangère de l'UE efficace et pertinente et prendre des initiatives institutionnelles et politiques à cet égard ? », voulaient aussi savoir les députés. M. Juncker souhaite d'ailleurs que Mme Mogherini soit davantage investie dans son rôle de vice-présidente de la Commission européenne que ne l'était Catherine Ashton. Son bureau sera donc dans le bâtiment de la Commission, le Berlaymont, et non pas dans celui du SEAE. Autre point de distinction avec Catherine Ashton, Mme Mogherini s'est aussi engagée à être « présente au Parlement aussi souvent que possible ». (CG)