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Bulletin Quotidien Europe N° 11169
ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES / (ae) Économie

J. Katainen, grande maldonne ou grande méprise ?

Bruxelles, 03/10/2014 (Agence Europe) - Lorsque le président élu de la future Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a désigné le Finlandais Jyrki Katainen pour mener son grand plan d'investissement de 300 milliards d'euros, quelques sourcils se sont levés dans le parterre de journalistes venus assister à la conférence de presse. M. Katainen, ancien Premier ministre de Finlande, a vu sa réputation le précéder dans la capitale belge. Celui que le Financial Times appelle le 'faucon budgétaire' ('fiscal hawk') a déjà dû faire face à plusieurs députés virulents lorsqu'il a été auditionné en juillet pour reprendre le poste de commissaire aux Affaires économiques et monétaires.

Si lui-même semblait conscient de sa réputation, ceux qui le connaissent s'en étonnent. « Je suis vraiment surprise de toute cette discussion qui a lieu ici », explique Henna Virkkunen, alliée de son parti, qu'il connaît depuis vingt ans. Sur la scène politique intérieure, dit-elle, il ne s'est pas fait remarquer en taillant dans les dépenses publiques. « Lorsqu'il était ministre des Finances, l'économie se portait plutôt bien ; à ce moment-là, on investissait davantage, par exemple, dans l'éducation », poursuit Mme Virkkunen. Car selon elle, M. Katainen était surtout un ardent défenseur de l'État providence ('welfare state'). D'où le besoin de finances publiques fortes, explique une source.

« Pendant ses années en tant que ministre des Finances, les dépenses publiques étaient à la hausse », raconte pour sa part Olli Koski, économiste en chef du syndicat finlandais SAK. La politique budgétaire menée visait à stimuler l'économie, poursuit M. Koski. Quand la crise est arrivée, le changement de stratégie a suivi.

En 2011, les résultats des élections nationales ont fait du parti eurosceptique 'les Vrais Finlandais' la troisième force politique du pays. M. Katainen est alors devenu Premier ministre d'un gouvernement qui représentait les différents tons du nuancier politique, notamment avec la présence du parti socialiste, mais sans les 'Vrais Finlandais'. « Ses politiques ont alors clairement intégré différentes valeurs et priorités », juge Pekka Ristelä, directeur de la représentation permanente des syndicats finlandais auprès de l'UE. Lorsqu'il dirigeait le gouvernement finlandais, « plusieurs sortes de politiques ont été mises en place, allant de coupes dans les dépenses aux augmentations de certaines prestations sociales », explique-t-il.

Une source finlandaise le décrit pour sa part comme « une colombe pour la Finlande et un faucon pour les autres États ». Celui qui était à la tête d'un des derniers pays 'triple A' de la zone euro a préconisé depuis plusieurs années une stricte discipline budgétaire combinée à des réformes structurelles. Il avait cosigné une lettre allant dans ce sens avec les Pays-Bas et la Suède en octobre 2011. La même année, il appelait les pays visés par la spéculation, notamment le Portugal, « à faire plus d'efforts ». Il est en outre un farouche opposant aux euro-obligations. Sven Giegold, député des Verts/ALE au Parlement européen, lui avait en plus reproché en juillet d'avoir réclamé des garanties sur les prêts accordés à la Grèce. « J'ai représenté les politiques responsables », s'était défendu M. Katainen. Mais de plusieurs côtés, on rappelle qu'il s'agissait d'une condition du parti socialiste finlandais pour entrer dans un gouvernement aux côtés de M. Katainen. « M. Katainen ne l'aurait jamais demandé de lui-même », estime M. Koski.

Quant à savoir s'il est la bonne figure pour porter le plan d'investissement de M. Juncker, Mme Virkkunen en est convaincue. « C'est un champ dans lequel il est fort, il s'intéresse au futur ». Son 'background' ne devrait pas trop le gêner lors des auditions devant le PE, puisque c'est M. Moscovici qui hérite en principe des Affaires économiques. « Il fera moins de mal » dans sa nouvelle fonction de vice-président à la Croissance, aux Investissements, à l'Emploi et à la Compétitivité, explique M. Giegold, plus modéré dans ses critiques depuis sa rencontre avec le Finlandais. Il a apprécié l'ouverture de M. Katainen aux idées de son groupe. Quant aux réponses écrites que M. Katainen a données sur le plan d'investissement, elles montrent « qu'il ne sait pas où trouver les 300 milliards ». « Il n'a pas encore de mandat », justifie-t-on, dans l'entourage du Finlandais. (EL)

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