Bruxelles, 20/08/2014 (Agence Europe) - Le ministre français des Finances et des comptes publics, Michel Sapin, demande une réorientation de la politique budgétaire européenne « en adaptant le rythme de la réduction des déficits publics à la situation économique actuelle ».
« Conséquence directe d'une croissance en berne et d'une inflation insuffisante, la France n'atteindra pas cette année son objectif en terme de déficit de ses finances publiques (…). Moins de croissance, moins d'inflation entraînent mécaniquement moins de recettes, et donc plus de déficit que prévu, malgré la réalité des efforts pour le réduire », a déclaré le ministre dans une tribune publiée lundi 18 août dans le journal Le Monde. Selon les engagements pris au niveau européen, le déficit français devrait être ramené sous la barre des 3% du PIB en 2015. Il sera « supérieur à 4% du PIB en 2014 », a admis M. Sapin alors que le gouvernement français tablait jusqu'ici sur un déficit de l'ordre de 3,8% cette année. Une situation qui pose clairement la question du respect de l'objectif fixé pour 2015, celui-ci ayant été déjà repoussé deux fois.
La difficulté française à assainir ses finances publiques est notamment due à une croissance en berne. En stagnation au 1er semestre 2014, celle-ci ne devrait pas dépasser 0,5% du PIB cette année et « rien ne nous permet, à l'heure actuelle, de prévoir, pour 2015, une croissance très supérieure à 1% », a indiqué M. Sapin. Ce phénomène de croissance atone touche l'ensemble de l'Europe (EUROPE 11135).
Face à cette situation, le ministre assure que, malgré la grogne sur le plan intérieur, le gouvernement français maintiendra le cap la politique dite de l'offre qui a été engagée: concrétisation du 'pacte de responsabilité' redonnant 40 milliards d'euros aux entreprises pour qu'elles investissent et embauchent, poursuite de la diminution des déficits publics « à un rythme approprié », baisse des dépenses publiques de 50 milliards d'euros d'ici à 2017 dont 21 milliards en 2015, réforme territoriale et simplification administrative, lutte contre les monopoles indus, adaptation des professions réglementées.
Soulignant l'urgence d'agir aussi au niveau européen, M. Sapin a estimé que la BCE devait « aller jusqu'au bout de ses possibilités » pour lutter contre la faible inflation persistante (0,4% en juillet dans la zone euro). Un appel du pied, sans le dire, au lancement d'une opération de rachat massif d'actifs publics et privés ('quantitative easing' à l'européenne). L'Europe devrait également promouvoir une politique favorable à l'investissement public et privé. (MB)