Bruxelles, 04/06/2014 (Agence Europe) - La zone euro pourrait accueillir un nouveau membre dès le 1er janvier 2015. Mercredi 4 juin, la Commission a rendu son rapport de convergence et proposé que la Lituanie puisse adopter la monnaie unique dès le début de l'année prochaine. Le Conseil des ministres devra endosser cette recommandation. Cette adhésion sera discutée par le Conseil européen des 26 et 27 juin, puis au sein du PE, et fera ensuite l'objet d'une décision « probablement dans la seconde moitié de juillet », selon le commissaire aux Affaires économiques et monétaires, le Finlandais Olli Rehn. Dans le même temps, la Commission a constaté dans son rapport que les sept autres pays qui adopteront un jour l'euro n'étaient pas encore prêts.
Lituanie, 19ème pays de l'eurozone. Vilnius remplit les quatre critères de convergence et qualitatifs. En ce qui concerne l'inflation, sur la période de douze mois achevée en avril 2014, le taux moyen de la Lituanie a été de 0,6%, soit nettement en deçà de la valeur de référence fixée à 1,7% pour ce même mois. Il devrait le rester aussi dans les mois à venir, selon la Commission. La BCE opte pour un ton un rien plus prudent. Dans son propre rapport publié le même jour, elle souligne que le faible niveau actuel de l'inflation « reflète principalement des facteurs temporaires ». Et d'ajouter que « des inquiétudes existent donc quant au caractère durable de la convergence en termes d'inflation en Lituanie », en raison de la difficulté éventuelle à « maîtriser les pressions domestiques sur les prix et éviter la surchauffe de l'économie dans un environnement de taux de change fixes ». Le processus de rattrapage devrait creuser l'écart d'inflation entre la Lituanie et la zone euro à moyen terme, les niveaux du PIB par habitant et des prix étant toujours inférieurs à ceux de la zone euro. Interrogée sur cette divergence de lecture, Olli Rehn a répondu qu'il y avait un « degré significatif de convergence entre les deux rapports », avec certaines nuances différentes. Il a également rappelé que ce genre de différences avait pu être constaté dans le cas de l'Estonie et de la Lettonie.
Sur la question de l'état des finances publiques, la Lituanie fait figure de bonne élève. Son déficit public s'est inscrit à 2,1% en 2013 (soit sous le seuil symbolique de 3%) et devrait se maintenir en 2014. La dette publique est bien en deçà de la limite fixée à 60% (39,4% fin 2013). Dans le mécanisme de change II, dont la Lituanie est membre depuis le 28 juin 2004, le taux de change d'un État hors zone euro n'est autorisé à fluctuer que de 15% autour du cours pivot. Le litas, la monnaie nationale, n'a connu aucune tension et ne s'est pas écarté du taux pivot du mécanisme de change II sur la période de référence de deux ans. Enfin, sur l'année qui s'est achevée en avril dernier, le taux d'intérêt moyen à long terme lituanien s'est établi à 3,6%, soit nettement en deçà de la valeur de référence de 6,2%.
La Commission précise également que la législation lituanienne dans le domaine monétaire est « totalement compatible » avec celle de l'UE. D'autres facteurs ont également été examinés: le solde extérieur lituanien s'est sensiblement amélioré au cours des dernières années et l'économie est bien intégrée dans celle de l'UE, grâce aux échanges commerciaux et de main-d'oeuvre. Le secteur financier du pays est également fortement intégré dans celui de la zone euro, avec un niveau élevé de capitaux étrangers dans le système bancaire.
« L'adoption de l'euro est une réussite majeure durement gagnée et bien méritée », mais cela doit être perçu comme un point de départ et non d'arrivée, a expliqué M. Rehn. « Il sera essentiel de continuer avec des politiques économiques saines », a-t-il ajouté. Du côté des Lituaniens, le Premier ministre, Algirdas Butkevicius, a évoqué une étape stratégique pour le pays vers une croissance économique plus rapide. Même son de cloche du côté du ministre des Finances, Rimantas Sadzius, pour qui l'appartenance à l'union monétaire signifie plus de confiance de la part des partenaires internationaux, de plus larges investissements, un chômage plus bas et des revenus en hausse pour les citoyens.
La Roumanie mise sur 2019. Si le prochain examen n'aura lieu que dans deux ans, le commissaire Olli Rehn a précisé que seule la Roumanie avait fait part de ses plans quant à son entrée dans la zone euro, qu'elle espère voir se réaliser en 2019. La Roumanie est le seul pays candidat à l'euro à ne pas remplir le critère lié à la stabilité des prix pendant la période de référence (inflation à 2,1%) et restera au-delà de la valeur de référence dans les mois à venir. Aucun des sept pays (Bulgarie, République tchèque, Croatie, Hongrie, Pologne, Roumanie et Suède) n'est membre du mécanisme de change II. La monnaie roumaine s'est en outre dépréciée de manière temporaire vis-à-vis de l'euro mi-2013 et au début de 2014. Aucun des sept pays ne présente un cadre juridique totalement compatible avec l'ensemble des exigences relatives à l'adoption de l'euro. Les incompatibilités concernent l'indépendance de la banque centrale et, à l'exception de la Croatie, il en existe avec l'interdiction du financement monétaire ainsi qu'en ce qui concerne l'intégration juridique des banques centrales respectives dans l'Eurosystème. Tous remplissent par contre le critère des taux d'intérêt à long terme. Enfin, en ce qui concerne les finances publiques, la République tchèque pourrait sortir de la procédure de déficit excessif cette année, si le Conseil suit la recommandation de la Commission. Pour la Croatie et la Pologne, les dates butoir fixées (respectivement 2016 et 2015) laissent penser que ces deux pays seront dans les clous sur le plan budgétaire pour le prochain rapport de convergence. Les dettes croate et hongroise se maintiendront au-delà du seuil fatidique jusque 2015 (69,2% et 78,9% du PIB respectivement). La Suède, la République tchèque, la Roumanie, la Bulgarie et la Pologne resteront quant à elles bien en deçà. Olli Rehn a précisé que les dates objectif se devaient d'être « crédibles et soutenues par un engagement politique concret ». (EL)