Bruxelles, 24/04/2014 (Agence Europe) - Un rapport de Transparency international publié jeudi 24 avril met à mal l'imperméabilité des institutions européennes à la corruption. Ce premier rapport sur le système d'intégrité de l'UE met en lumière des défaillances à propos du registre des lobbyistes, de la protection des dénonciateurs et critique les prises de décision derrière des portes closes.
Publié à un mois des élections au Parlement européen, ce rapport risque de renforcer la défiance des électeurs. 70% des citoyens sont convaincus que la corruption existe au sein des institutions européennes, selon une récente étude Eurobaromètre citée par Transparency international. Celui-ci estime que les « fondations » des institutions de l'UE sont bonnes pour éviter la corruption (transparence de l'information, investigation en cas de fraude), mais qu'elles sont fragilisées à cause de règles peu claires, du manque de leadership politique ou encore de mauvaises pratiques. L'organisation en déduit que le risque de corruption existe bien au niveau européen.
Transparency international insiste pour que l'inscription au registre des lobbyistes devienne obligatoire, alors que, selon des estimations, 15 000 d'entre eux sont établis à Bruxelles. Trop de cabinets d'avocats refusent toujours de s'enregistrer au nom du secret de la clientèle, affirme une source chez Transparency International. L'organisation regrette que le grand public n'ait pas connaissance des intérêts extérieurs qui influencent les législations européennes.
Transparency international déplore aussi que sur les dix institutions européennes examinées dans ce rapport, seule la Commission européenne ait établi des règles internes protégeant les auteurs de dénonciations de pratiques frauduleuses. Une culture de transparence devrait devenir la norme pour que le personnel se sente suffisamment « en sécurité pour parler », explique cette même source. Transparency international regrette que les institutions n'aient pas davantage recours à l'instrument qui permet d'exclure des contrats les entreprises réputées corrompues. Sept entreprises ont été exclues à ce jour sur plus de trente qui ont fourni des services aux institutions entre 2010 et 2013.
Les avoirs des commissaires ou députés européens ne sont pas soumis à une vérification exhaustive, ce qui est pourtant essentiel pour garantir qu'il n'y a pas d'enrichissement illicite, fait valoir Transparency International. Autre lacune relevée: l'autorégulation est la norme s'agissant des exigences éthiques imposées aux décideurs de haut niveau, telles que les périodes de gel des activités après un poste dans les institutions de l'UE. L'organisation note que d'anciens membres d'institutions européennes siègent dans les comités d'éthique, ce qui remet en question l'indépendance de ceux-ci. Le directeur du bureau européen de Transparency international, Carl Dolan, estime que les élections de mai sont une occasion à saisir pour les institutions européennes. « Si le nouveau leadership européen fait preuve de sérieux pour endiguer le déclin de la confiance, les risques de corruption doivent être traités avant qu'ils ne deviennent des scandales de corruption », conclut-il. (MD)